{"id":221019,"date":"2026-09-08T18:01:25","date_gmt":"2026-09-08T16:01:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=221019"},"modified":"2026-09-10T08:11:32","modified_gmt":"2026-09-10T06:11:32","slug":"chroniques-09-10-en-decroissant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-09-10-en-decroissant\/","title":{"rendered":"#chroniques #09 #10 | En d\u00e9croissant"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20161028_171517-576x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-221020\" style=\"aspect-ratio:0.5625074648231347;width:287px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20161028_171517-576x1024.jpg 576w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20161028_171517-236x420.jpg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20161028_171517-768x1365.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20161028_171517-864x1536.jpg 864w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20161028_171517-1152x2048.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20161028_171517-rotated.jpg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 576px) 100vw, 576px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Cygne<br><\/strong>D\u00e8s que je peux m&rsquo;\u00e9chapper pour prendre l&rsquo;air dans cette banlieue o\u00f9 je dois r\u00e9guli\u00e8rement me rendre pour raison familiale, comme on \u00e9crit sur les carnets de correspondance afin de ne pas s&rsquo;\u00e9pancher ou pour couvrir un mensonge, je vais au parc, direction le plan d&rsquo;eau. La question qui me pr\u00e9occupe mais que j&rsquo;ai toujours totalement oubli\u00e9e depuis ma derni\u00e8re visite est celle du couple de cygnes.<br>Une ann\u00e9e ils ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s \u00e0 coups de pierre puis deux nouveaux furent r\u00e9introduits, souvent je vois les enfants chasser les volatiles \u00e0 coup de pierres ou de b\u00e2ton, canards oies poules d&rsquo;eau, les parents sont \u00e0 c\u00f4t\u00e9, je ne comprends pas leur non-\u00e9ducation, ni qu&rsquo;ils ne voient pas, ni qu&rsquo;ils n&rsquo;interrompent pas leur conversation au portable. Sans doute n&rsquo;avons-nous pas les m\u00eames rep\u00e8res ou valeurs. Une fois je me suis approch\u00e9e si pr\u00eat avec mon regard noir que le p\u00e8re a fini par fait signe \u00e0 son gosse d&rsquo;arr\u00eater. Je savais que \u00e7a lui co\u00fbtait car les cygnes il s&rsquo;en foutait. La violence de son gosse aussi.<br>La derni\u00e8re fois les cygnes avaient quatre petits au plumage sombre qui glissaient en silence derri\u00e8re leur couple en majest\u00e9. Aujourd&rsquo;hui le couple est seul, aucune trace des quatre petits. Ils ont, non pas grandi, mais disparu. Tels des enfants pass\u00e9s \u00e0 l&rsquo;as dans une g\u00e9n\u00e9alogie.<br>Par contre les oies qui nagu\u00e8re s&rsquo;arr\u00eataient chaque ann\u00e9e sur le chemin de leur migration et depuis dix ans sont rest\u00e9es, les oies se sont multipli\u00e9es, j&rsquo;en compte une soixantaine adultes et adolescentes, les Bernaches du Canada, dont sans consultation de l&rsquo;IA j&rsquo;ai bien compris qu&rsquo;elles devenaient nuisibles. Leur d\u00e9jections de la taille des crottes de chien couvrent les pelouses, l&rsquo;eau est truff\u00e9e d&rsquo;algues et je me demande si les cygnes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Le r\u00eave<\/strong><br>Nous roulions \u00e0 deux sur une autoroute en des temps troubl\u00e9s.<br>Soudain les voitures devant nous furent aval\u00e9es par un mur d&rsquo;eau semblable \u00e0 des chutes gigantesques, hautes comme des montagnes et surgies de nulle part, qui absorbaient tout dans un fracas d\u00e9cha\u00een\u00e9 d&rsquo;apocalypse.<br>Notre voiture s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e. Avant les chutes. Nous deux dans le cockpit de notre petite voiture.<br>Il y avait dans le ciel deux immenses personnages qui discutaient, rigolards. L&rsquo;un ressemblait \u00e0 un g\u00e9nie surgi d&rsquo;une lampe \u00e0 huile orientale, gras, joyeux, tout en courbes, avachi dans les nuages et d\u00e9contract\u00e9. Je savais que c&rsquo;\u00e9tait un ange. L&rsquo;autre \u00e9tait de la m\u00eame taille, immense, mais je ne l&rsquo;ai pas per\u00e7u, ni aper\u00e7u. Ses traits \u00e9taient \u00e0 peine esquiss\u00e9s en gris p\u00e2le comme si le dessinateur n&rsquo;avait pas eu le temps de finir avant mon r\u00e9veil. Qui \u00e9tait ce deuxi\u00e8me\u00a0?<br>Si nous formulons l&rsquo;hypoth\u00e8se que le dessinateur c&rsquo;est moi, il me faudrait retrouver ce moi qui dessine quand je dors.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Le miracle des feuilles<\/strong><br>Au-dessus de toutes les beaut\u00e9s visuelles capables de m&rsquo;\u00e9mouvoir, il y a les feuilles d&rsquo;arbres s&rsquo;agitant dans la lumi\u00e8re, ou les ombres de ces feuilles d&rsquo;arbre sur un support blanc. La toile id\u00e9ale serait ces ombres en gris cendr\u00e9 sur une surface blanche, mais je n&rsquo;ai jamais rencontr\u00e9 cette toile id\u00e9ale. Et je ne sais ni peindre ni dessiner, pas m\u00eame en r\u00eave.<br>Un jour d&rsquo;\u00e9t\u00e9 nous \u00e9tions allong\u00e9s quasi nus sous les peupliers au bord d&rsquo;un \u00e9tang. Alors que je me fondais dans mon paradis de soleil glissant ses rayons dans les feuillages, au son de papier froiss\u00e9 propre aux peupliers quand une brise les agite, en m\u00eame temps que je go\u00fbtais les ombres oscillant sur les corps, exaltant le fait d&rsquo;\u00eatre simplement vivant, et souhaitant vivre et revivre pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, l&rsquo;autre me dit\u00a0: non\u00a0! tu veux \u00eatre r\u00e9incarn\u00e9e des milliers de fois, autant que les feuilles de ce peuplier\u00a0? ce \u00e0 quoi je r\u00e9pondis\u00a0: oui, je veux. Je veux m\u00eame bien devenir le peuplier.<br>Nous ne nous sommes pas revus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Solitude et fausse solitude<\/strong><br>Quand son corps va mal et qu&rsquo;elle pense \u00e0 la mort, la solitude entre dans ses r\u00e9criminations contre son sort <em>et une telle a son fils qui s&rsquo;occupe d&rsquo;elle, et l&rsquo;autre vit avec sa petite fille, et la troisi\u00e8me a son fils qui passe toutes les semaines, et la quatri\u00e8me a pour m\u00e9decin sa petite fille<\/em> mais par contre quand elle va bien et qu&rsquo;elle envisage d&rsquo;atteindre ses cent ans voire de ne plus mourir, elle dit <em>finalement c&rsquo;est bien d&rsquo;\u00eatre seule, on mange ce qu&rsquo;on veut, on regarde ce qu&rsquo;on veut<\/em> (merci Vincent Bollor\u00e9) <em>on ne s&rsquo;habille que si on veut, on n&rsquo;a pas d&rsquo;horaires<\/em> elle dit cela quand on lui annonce la visite d&rsquo;un petit-fils qui sera suivie de celle de l&rsquo;autre petit-fils. Pour que personne ne vienne\u00a0? Seulement les fid\u00e8les figures de la TV\u00a0? Alors on va la voir ou on va pas la voir\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Pri\u00e8re pour un pr\u00eatre<\/strong><br>On le nommait Ato, d&rsquo;un surnom donn\u00e9 par des enfants. Il \u00e9tait aum\u00f4nier de prison, pr\u00eatre des prisonniers, des femmes de prisonniers, des enfants de prisonniers.<br>Il disait tranquillement de son air humble <em>je ne sais pas si je crois, je ne sais pas si tout cela est vrai, je ne sais pas si le Christ a exist\u00e9, ni s&rsquo;il est ressuscit\u00e9.<\/em><br>Qu&rsquo;Ato ne sache pas s&rsquo;il croyait me p\u00e9trifiait, me coupait la parole, me coupait la pens\u00e9e. \u00a0\u00c7a pr\u00e9cipitait en vrac dans mon cerveau de jeune femme le sens de la vie, le doute comme fondation, la puissance du don de soi sans r\u00e9compense, l&rsquo;insignifiance des croyances mais la force des actes, la possible perte des valeurs pour tous qu&rsquo;impliquerait la perte de Dieu pour quelques-uns, l&rsquo;insupportable id\u00e9e de la mort \u00e9ternelle.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Le\u00e7on de piano<\/strong><br>Exceptionnellement mon prof de piano me donnait un cours dans une \u00e9cole normale o\u00f9 elle travaillait. Soudain elle fut appel\u00e9e hors de la salle et je me retrouvais seule au tabouret, \u00e0 me gratter la t\u00eate et ramener une excroissance\u00a0: c&rsquo;\u00e9tait un poux, que j&rsquo;\u00e9crasai vivement entre deux ongles, le c\u0153ur battant, m&rsquo;essuyant les mains sur mon gilet. La dame n&rsquo;avait rien vu. Aucun souvenir du Mozart ou du Czerny, aucun souvenir sinon la honte et la peur que les poux ne sautent sur mon professeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>La robe blanche<\/strong><br>Cette robe est longue et blanche et la photo en noir et blanc. Rose pose sous une tonnelle de rosier grimpant. Rose sourit. C&rsquo;est le d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;on sourit sur les photos. On ne voit pas la trace des coups. Ni la fatigue des cinq naissances. Elle est jeune. Quelle que soit la date elle est pr\u00e8s de sa mort. La veille le juge a refus\u00e9 qu&rsquo;elle quitte son mari. Le lendemain au fond du jardin, les restes de la chemise de nuit sont \u00e9parpill\u00e9s sur les rails.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Le petit monstre<\/strong><br>Le petit monstre vert \u00e9tait notre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Il y avait aussi le crystal, le sunshine, le buvard, le mellow yellow. Mais le petit monstre vert \u00e9tait le mieux dos\u00e9, bien \u00e9quilibr\u00e9 entre hallucinog\u00e8ne et amph\u00e9tamines. Parfait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Annonciation<\/strong><br>On ne nous a pas annonc\u00e9 que nous portions des dieux.<br>On nous a m\u00eame dit que nous n&rsquo;en porterions pas.<br>Eh bien si\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Je prends en charge le monde<\/strong><br>Eh bien non\u00a0!<br>Si\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CygneD\u00e8s que je peux m&rsquo;\u00e9chapper pour prendre l&rsquo;air dans cette banlieue o\u00f9 je dois r\u00e9guli\u00e8rement me rendre pour raison familiale, comme on \u00e9crit sur les carnets de correspondance afin de ne pas s&rsquo;\u00e9pancher ou pour couvrir un mensonge, je vais au parc, direction le plan d&rsquo;eau. 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