{"id":221427,"date":"2026-09-13T17:26:59","date_gmt":"2026-09-13T15:26:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=221427"},"modified":"2026-09-15T07:55:17","modified_gmt":"2026-09-15T05:55:17","slug":"chroniques-9-et-10-de-la-matiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-9-et-10-de-la-matiere\/","title":{"rendered":"#chroniques #09 #10 | de la mati\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong> Aller vers<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Encore un jour o\u00f9 chercher les lumi\u00e8res aux alentours de soi. Les souvenirs de chagrins r\u00e9sonnent, s&rsquo;insinuent comme une m\u00e9lop\u00e9e qui trace son sentier, raye les bas-c\u00f4t\u00e9s des talus d&rsquo;une trace rouge qui fuit et que l&rsquo;on retrouve un peu plus loin. Inventer une fugue et les entra\u00eener sur des terres inabord\u00e9es, finir par d\u00e9lier les n\u0153uds qui enserrent, ouvrir les paumes au-dessus d&rsquo;une eau. Faire face \u00e0 la m\u00e9tamorphose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si \u00e9crire \u00e9tait une mani\u00e8re de se donner du temps, ou plus exactement d&rsquo;\u00e9tirer le temps, de lui donner de l&rsquo;ampleur, d&rsquo;agrandir l&rsquo;espace o\u00f9 l&rsquo;errance nous porte. Mettre \u00e0 jour un ailleurs o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tale une mati\u00e8re mall\u00e9able et bougent des ombres au bruit de paille. Dans ce repli, se laisser guider par une m\u00e9sange ou un merle, abandonner le r\u00e9el au bas du talus et avancer dans ce sortil\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e0 o\u00f9 se terre l&rsquo;invisible, o\u00f9 rampent des sensations, des intuitions, l\u00e0 o\u00f9 pr\u00e9vaut la poussi\u00e8re, pr\u00e8s de la terre, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il est bon de se tenir. Dans cette obscurit\u00e9 d&rsquo;ombres. Dans ce recoin de taupini\u00e8re o\u00f9 brillent parfois quelques lueurs. \u00c0 l&rsquo;abri d&rsquo;un r\u00e9el dont on ne peut se d\u00e9p\u00eatrer, qui englue ou paralyse. Le temps d&rsquo;une hibernation, de s&rsquo;extraire du tourbillon est n\u00e9cessaire, comme de manger du chocolat ou des cerises. Plus tard on reviendra \u00e0 la lumi\u00e8re du jour, on effritera les murs de silence dont la n\u00e9cessit\u00e9 se fait criante. On parlera \u00e0 nouveau. Des mots s&rsquo;articuleront entre les l\u00e8vres. On reviendra vers les autres. On rira avec eux. On tentera de maintenir l&rsquo;\u00e9quilibre des plateaux du bien vivre, du bien \u00eatre. On fera peut-\u00eatre semblant. Et on poursuivra le chemin. Un peu plus serein.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong> Suivre sa pente<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alimenter son paysage int\u00e9rieur d&rsquo;images mentales, de visions \u00e9voqu\u00e9es entre les pages de livres aim\u00e9s, au cours de songes les yeux clos, ou regardant d\u00e9filer des images sur des \u00e9crans. Laisser se perdre l&rsquo;esprit, divaguer dans un bel aujourd&rsquo;hui, et faire collection de ces silences, de ces murmures attentivement \u00e9cout\u00e9s et des gestes induits par ces ajours. Colliger le tout dans une feuille d&rsquo;acanthe enrob\u00e9e de petites branches de lichens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au milieu des choses encore un peu encr\u00e9es sur les feuilles manuscrites, on retrouve parfois les lieux o\u00f9 cela fut inscrit. Telle marche d&rsquo;escalier face au jardin d&rsquo;enfance, tel petit coin d\u00e9nich\u00e9 au sein d&rsquo;une maison de vacances o\u00f9 parvenir \u00e0 s&rsquo;exiler, tel fauteuil en rotin devant une bonne flamb\u00e9e&#8230; L\u00e0, s&rsquo;allumaient les mots, les phrases que l&rsquo;on s&rsquo;imaginerait inoubliables, pens\u00e9es \u00e9parses d&rsquo;un jour qui sans eux n&rsquo;aurait pas exist\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela ne peut durer qu&rsquo;un instant, ou bien quelques minutes. Se tenir sur le seuil. R\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;invitation du dehors. S&rsquo;interroger sur le c\u00f4t\u00e9 de la balade \u00e0 emprunter. Partir sur la gauche signifierait rencontrer des gens, avoir \u00e0 parler, partir sur la droite au risque d&rsquo;avoir \u00e0 affronter les chiens mena\u00e7ants de la ferme d&rsquo;en haut, ou se diriger vers le chemin d&rsquo;en-bas, celui sans emb\u00fbches et toujours fid\u00e8le. C&rsquo;est ainsi pour les livres. Sur quel rayon de la biblioth\u00e8que se servir. Laisser faire le hasard, laisser courir les doigts sur des couvertures et hop prendre celui dont on ne sait rien mais dont on ressent l&rsquo;appel. Ou bien rester sur des valeurs s\u00fbres, pr\u00e8s des auteurs reconnus et plonger dans quelque relecture dont renaissent des saveurs oubli\u00e9es. Marcher sur le chemin d&rsquo;en-bas, le livre \u00e9lu dans le sac.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong> Si j\u2019\u00e9tais moi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sans vie int\u00e9rieure, la vie n&rsquo;est rien. C&rsquo;est \u00e0 dire sans cet arr\u00eat que l&rsquo;on s&rsquo;octroie pour prendre le temps du rien, s&rsquo;extirper du vertige o\u00f9 l&rsquo;on se tient \u00e0 marcher aux lisi\u00e8res de soi comme sur la bordure d&rsquo;un trottoir et l\u2019on pense \u00e0 Virginia Woolf. Ce temps avec ce pas de c\u00f4t\u00e9, pas chass\u00e9 face au trop-plein de pens\u00e9es, regard d\u00e9cal\u00e9 sur un quotidien dont on n&rsquo;a plus la main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9tang assez vaste auquel je rends visite de temps \u00e0 autre semble aujourd&rsquo;hui recouvert de g\u00e9latine. C&rsquo;est noir, lisse et l\u00e9g\u00e8rement repoussant, c&rsquo;est du moins ce que j&rsquo;en per\u00e7ois. Pr\u00e8s du bord oppos\u00e9 quelques canards barbotent sans se soucier des sensations qui m&rsquo;envahissent. C&rsquo;est de l&rsquo;eau, c&rsquo;est leur univers et ils ne se posent pas de questions existentielles auxquelles on n&rsquo;a jamais de r\u00e9ponses. \u00catre un canard pourrait finalement s&rsquo;av\u00e9rer reposant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les recoins de nos vies minuscules, garder corps. Et mots. Sans autre boussole que ce qui fr\u00e9mit en notre intime. Prendre image chez le petit enfant qui d\u00e9couvre l&rsquo;\u00e9quilibre de la marche, rit de cette victoire incroyable et avance, avance encore plus loin. Dans le risque de son pas. Et le d\u00e9sir du pas d&rsquo;apr\u00e8s. De soi \u00e0 hors de soi. Vers la main tendue et les bras ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong> Presque<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 se relire de temps \u00e0 autre<em>,<\/em> on prend note des mots ou expressions qui reviennent avec r\u00e9gularit\u00e9 dans nos textes. Ces r\u00e9p\u00e9titions qu\u2019il faut chasser, sauf volont\u00e9 claire et nette de les consid\u00e9rer comme fondatrices. On sait de certains mots qu\u2019ils vont se fondre dans un paragraphe, car on ne peut s\u2019en emp\u00eacher, ils nous sont n\u00e9cessaires, ils sont mati\u00e8re m\u00eame de ce qui peut s\u2019\u00e9crire. D\u2019autres ne traversent pas ou avec une grande parcimonie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Presque&nbsp;:<\/em> <em>Adverbe de quantit\u00e9 qui signifie qu&rsquo;une pr\u00e9dication n&rsquo;atteint pas le degr\u00e9 o\u00f9 elle serait pleinement appropri\u00e9e, mais qu&rsquo;elle s&rsquo;en approche de si pr\u00e8s qu&rsquo;elle en est comme \u00e9quivalente<\/em>. C\u2019est la d\u00e9finition donn\u00e9e par le Tr\u00e9sor de la langue fran\u00e7aise. En fouillant dans le flux des textes que j\u2019\u00e9cris, je m\u2019aper\u00e7ois que je n\u2019utilise <em>presque<\/em> pas cet adverbe. \u00c0 la diff\u00e9rence du <em>peut-\u00eatre<\/em> qui se r\u00e9pand plus vite que la foudre et dont je traque les traces en permanence. Ou le <em>parfois<\/em> qui permet des transitions et des \u00e9chapp\u00e9es salutaires de phrases.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais il me semble que le <em>presque<\/em> me fuit ou que je le tiens \u00e0 distance. Je ne le pratique gu\u00e8re. Pourtant il n\u2019est pas pour me d\u00e9plaire. Entre le presque et le peut-\u00eatre la diff\u00e9rence n\u2019est pas si grande pourtant. Mais dans l\u2019un il semble qu\u2019il y ait une part de volont\u00e9, du courage m\u00eame, et dans l\u2019autre on laisse faire et le hasard ou plut\u00f4t l\u2019incertitude prennent les r\u00eanes de ce qui peut advenir. Avec le <em>presque<\/em> on n\u2019est pas loin du but. Avec le <em>peut-\u00eatre<\/em>, on peut encore esp\u00e9rer, tout peut arriver. On n\u2019est pas seul ma\u00eetre \u00e0 bord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un instant fugace<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le monde autour de moi m&rsquo;est \u00e0 peine visible. Je laisse chaque instant recouvrir le pr\u00e9c\u00e9dent. Et je laisse advenir ce qui doit. Je cueille des mots qui se distillent \u00e0 la radio, sur des th\u00e9matiques qui me sont inconnues et je bois aux nouvelles sources qui jaillissent. Des musiques, des \u00e9changes, des pens\u00e9es se partagent, et la journ\u00e9e se traverse sur un air de Faur\u00e9 <em>Cantique de Jean Racine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment capter ce qui surgit \u00e0 chaque instant et qui s&rsquo;effiloche dans l&rsquo;indiff\u00e9rence? L&rsquo;attention \u00e0 porter \u00e0 chaque petite chose, \u00e0 chaque d\u00e9tail de vie qui se colle sur la r\u00e9tine nous fait rester vivant, nous contraint \u00e0 la vigilance. Et \u00e9crire pour imprimer le tout dans ce mental plein de b\u00e9ances qui se creusent de plus en plus profond\u00e9ment. Les heures qui passent ainsi sont porteuses d&rsquo;\u00e9clats, et d&rsquo;\u00e9clairs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On est toujours sur un fil entre deux extr\u00e9mit\u00e9s. Et l&rsquo;instabilit\u00e9 permanente du fil nous conduit \u00e0 une attention sans repos. Par chance, l&rsquo;imagination ouvre les portes au risque sans effroi. Et permet d&rsquo;\u00eatre au monde, de le parcourir, de vivre dans cet \u00e9cart \u00f4 combien salutaire. Et le symbolisme n&rsquo;est jamais tr\u00e8s loin qui aide \u00e0 tenir sa verticalit\u00e9, \u00e0 poursuivre son cheminement sur le fil, m\u00eame avec vertige.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si peu dans le pr\u00e9sent de cet instant, celui qui a une valeur dont on n&rsquo;a pas le loisir de go\u00fbter la saveur, si peu dans le ici, mais toujours en \u00e9cho \u00e0 me rem\u00e9morer un moment du pass\u00e9 dont on corrigerait bien quelques asp\u00e9rit\u00e9s, ou alors dans le songe d&rsquo;un futur o\u00f9 \u00eatre, et r\u00e9aliser les projets qui me tiennent \u00e0 c\u0153ur. Seule l&rsquo;\u00e9criture crie l&rsquo;instant, lui donne corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong> R\u00eave<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Recevoir des nouvelles par le biais de r\u00eaves est toujours passionnant. Une personne d\u00e9barque dans votre vie avec la simplicit\u00e9 d&rsquo;un enfant, comme si vous l&rsquo;aviez vue la veille, alors m\u00eame que l&rsquo;on sait pertinemment qu&rsquo;elle est morte depuis pr\u00e8s de trente-cinq ans. Le visage paisible, elle vous suit car vous \u00eates venu la chercher pour la reconduire chez elle. Ne pas raisonner et accueillir simplement ce qui doit \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il para\u00eet que cette nuit j\u2019ai fait un cauchemar, que j\u2019ai cri\u00e9 <em>au secours<\/em>, et qu\u2019ensuite je me suis mise \u00e0 chanter <em>moi je construis des marionnettes avec de la ficelle et du papier,<\/em> avec justesse mais avec cette voix issue d\u2019un autre monde. Je n\u2019ai aucun souvenir ni soubresaut de tout cela. Un enregistreur de r\u00eaves serait le bienvenu&nbsp;: au matin on regarderait la vid\u00e9o des aventures nocturnes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vouloir rattraper le parcours des r\u00eaves, en conserver quelques images, mettre des mots dessus et tenter d\u2019en d\u00e9chiffrer l\u2019arri\u00e8re-pays. \u00c9crire ce qui \u00e9merge de ces songes au r\u00e9veil. Il semble que plus on y pr\u00eate attention, plus les souvenirs du matin s\u2019enrichissent. C\u2019est une sorte de travail \u00e0 faire. Peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 force de les noter on p\u00e9n\u00e9trera plus loin dans cette zone de soi, et que ce sera une \u00e9vidence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong> Je ne sais pas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre chien et loup, ils parlent, discutent, \u00e9changent des id\u00e9es, certains des certitudes. Cela commence avec lenteur, et m\u00eame une forme d\u2019\u00e9coute entre eux, puis tr\u00e8s vite, le ton monte, les certitudes s\u2019ass\u00e8nent, l\u2019autre devient celui qu\u2019il faut convaincre, celui qu\u2019il faut manger si l\u2019on ne veut pas soi-m\u00eame \u00eatre mang\u00e9. La joute verbale s\u2019intensifie, les lances sont sorties, cela ferraille dur, cela pique un peu. On ne s\u2019entend plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis sans illusions. L\u2019\u00e9coute cela s\u2019apprend et pour certains il est d\u00e9j\u00e0 trop tard. Les ego sont trop grands, le besoin d\u2019\u00eatre le plus fort toujours bien pr\u00e9sent. C\u2019est comme si un \u00eatre mal\u00e9fique \u00e9tait entr\u00e9 en chacun d\u2019eux, ils s\u2019agitent et gonflent leur poitrine, leurs doigts tapotant le bois de la table \u00e0 d\u00e9faut du visage de l\u2019autre. Entre les chiens et les loups des os \u00e0 ronger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfonc\u00e9e dans mon fauteuil, j\u2019attends que tout se passe. Je compterais bien les points mais cela ne m\u2019int\u00e9resse pas. Ce genre d\u2019\u00e9changes me laisse dans la marge. J\u2019attends que l\u2019on passe \u00e0 autre chose, \u00e0 faire de la musique, \u00e0 chanter, \u00e0 aller se promener. Et si l\u2019un a l\u2019audace de me demander ce que j\u2019en pense, je r\u00e9ponds avec un sourire, d\u2019un ton paisible&nbsp;: je ne sais pas&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong> Traduire en cherchant \u00e0 ne pas trahir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crire entre les deux oreilles. \u00c9crire dans la r\u00e9sonance. Divaguer m\u00eame si encore sous perfusion. Nourrie des \u00e9chos qui s&rsquo;interpellent, se coupent la parole, surgissant de tous c\u00f4t\u00e9s, poursuivre son sillon comme une denteli\u00e8re, cr\u00e9ant un nouveau motif autour des \u00e9pingles piquet\u00e9es sur le carreau, les fuseaux cliquetant, dansant au-dessus, nouant les fils de coton, s&rsquo;amplifiant, se perdant en digressions, une boucle suscitant une autre boucle, s&rsquo;\u00e9garant dans les marges<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En avant de ce qui cherche \u00e0 s\u2019\u00e9crire, avant m\u00eame d\u2019\u00eatre \u00e9nonc\u00e9e, une parole. Mais entre les deux l\u2019interstice qui a\u00e8re les mots. Et le seuil o\u00f9 l\u2019on se tient et que l\u2019on ne franchit pas. De cette langue qui est en traduction, l\u2019\u00e9trang\u00e8re, faire son nid et se laisser porter par l\u2019\u00e9corchure des mots. On se retrouve toujours sur son chemin. Enjamber les intervalles comme on saute les foss\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rendre ou donner leur poids aux mots que l\u2019on lit. C\u2019est mani\u00e8re de les honorer et de se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ce qu\u2019ils peuvent vouloir nous dire. C\u2019est particuli\u00e8rement vrai si l\u2019on cherche \u00e0 traduire d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre. On se tient dans l\u2019entre-deux&nbsp;; on cherche \u00e0 maintenir l\u2019\u00e9quilibre entre les sens, \u00e0 faire r\u00e9sonner la tension entre les deux langues. On se rev\u00eat de l\u2019habit du peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un degr\u00e9 au-dessus\u00a0: le silence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Un coin, un recoin ou une encoignure<\/em><em>*<\/em><em>,<\/em> c&rsquo;est l\u00e0 que se tenir est capital. Pour lire, pour \u00e9crire, pour laisser les pens\u00e9es voguer, se diluer, essaimer. Et pour se tenir \u00e0 distance d&rsquo;un monde dont on ne peut rien faire. Cheminer vers son phare int\u00e9rieur, bien prot\u00e9g\u00e9 par les parois de papier, et se laisser guider dans les m\u00e9andres de ses pens\u00e9es. Comme errer en s\u00e9curit\u00e9 dans un royaume interm\u00e9diaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un entre-deux o\u00f9 se mouvoir, comme un espace sur\u00e9lev\u00e9 ou en retrait, o\u00f9 vivre se poursuit mais d&rsquo;une autre mani\u00e8re. Les bruits sont autres, les arbres ont d&rsquo;autres peaux, les couleurs de la terre une autre teinte. C&rsquo;est un autre lieu o\u00f9 se parle le silence. Des gestes se d\u00e9font, des murmures se d\u00e9posent du bout des doigts, \u00e0 pas plus lents, les pens\u00e9es s&rsquo;infiltrent dans cette arch\u00e9ologie des jours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce boisseau, le lieu de l\u2019enfance ressuscit\u00e9e et le lieu de mon devenir. C&rsquo;est l\u00e0, face \u00e0 soi et en soi, bien r\u00e9el. Tout est endormi autour, m\u00eame les oiseaux semblent somnoler. Se tenir dans l&rsquo;anse de ce silence, en faire des provisions pour les heures \u00e0 venir. C&rsquo;est comme une page entortill\u00e9e autour de soi. Un fr\u00e9missement du simple, du pas grand-chose, du vrai. C&rsquo;est un linceul d&rsquo;encre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>*Pascal Quignard<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong> Sur l\u2019acte d\u2019\u00e9crire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme un instrument en m\u00e9tal que l&rsquo;on heurte par m\u00e9garde, puis sur lequel on prend plaisir \u00e0 marteler des suites de sons, ainsi r\u00e9sonne ce qui s&rsquo;\u00e9crit. Tu lis, tu entends, tu \u00e9cris. Sonnailles de troupeaux de mots en baguenaude. Les sons se rapprochent, enflent, puis s&rsquo;\u00e9loignent. Un ou deux mots sont laiss\u00e9s \u00e0 nos pieds, dont il faut prendre soin et les entra\u00eener avec nous dans une autre aventure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Suffit<\/em> <em>d\u2019entamer le tunnel d\u2019une phrase<\/em><em>*<\/em> et se laisser emporter. Cela vaut pour la lecture. Mais aussi pour l&rsquo;\u00e9criture. Le temps s&rsquo;articule alors d&rsquo;une toute autre mani\u00e8re. Le temps \u00e9prouv\u00e9 se conjugue avec distorsion et s&rsquo;\u00e9loigne d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle on pr\u00e9f\u00e8re son propre r\u00e9el. On se recroqueville dans cette orni\u00e8re choisie, le regard port\u00e9 sur un horizon autre, hors de tout pr\u00e9sent, et porteur d&rsquo;ailes aux lettres de r\u00eaverie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Est-ce que, dans ce geste d\u2019\u00e9criture, on se met en d\u00e9s\u00e9quilibre? Ou au contraire ne chercherait-on pas \u00e0 retrouver une position qui semble faire d\u00e9faut dans la vie quotidienne. Voil\u00e0 le genre de questions qui soudainement se posent au petit matin, entre caf\u00e9 et tartines de confiture, lorsque les yeux s\u2019immergent dans le bol des id\u00e9es noires. Une chose est s\u00fbre, sans \u00e9criture, il me semble bien que je bo\u00eete.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crire par petits bouts, par petites touches, autrement dit par fragments n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que se tenir au centre d&rsquo;une toile dont on fait vibrer de temps \u00e0 autre un fil, qui par tremblement en suscite un autre, et encore un autre. \u00c9crire par ondes successives et tenter, sur du pas grand chose, de dire du presque rien. Et l&rsquo;\u00e9criture pousse, grandit. Juste avancer de petits riens en petits riens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>*Ahn Mat<\/em><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Codicille: \u00c0 la premi\u00e8re lecture des titres, j\u2019ai not\u00e9 une vingtaine d\u2019expressions qui me parlaient. Puis j\u2019en ai conserv\u00e9 9 et rajout\u00e9 un \u00e0 la fin. J\u2019ai repris certains fragments  que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 \u00e9crits dans ce que je nomme Ricochets sur mon site, car leur longueur, leur rythme me semblaient convenir \u00e0 ce travail-ci. Pour d\u2019autres j\u2019ai \u00e9crit de nouveaux fragments de m\u00eame taille, de m\u00eame forme pour entretenir une coh\u00e9sion entre eux. Il faudrait juste que je me relise mais je n\u2019ai plus l\u2019\u00e9nergie...Je vais maintenant lire les textes de Clarice correspondant \u00e0 mes choix\u00a0et les textes des participants. \nSuper atelier d\u2019\u00e9t\u00e9\u00a0! Merci \u00e0 Fran\u00e7ois...<\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aller vers Encore un jour o\u00f9 chercher les lumi\u00e8res aux alentours de soi. Les souvenirs de chagrins r\u00e9sonnent, s&rsquo;insinuent comme une m\u00e9lop\u00e9e qui trace son sentier, raye les bas-c\u00f4t\u00e9s des talus d&rsquo;une trace rouge qui fuit et que l&rsquo;on retrouve un peu plus loin. Inventer une fugue et les entra\u00eener sur des terres inabord\u00e9es, finir par d\u00e9lier les n\u0153uds qui <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-9-et-10-de-la-matiere\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #09 #10 | de la mati\u00e8re<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":75,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8198],"tags":[],"class_list":["post-221427","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-09-10-finale-la-table-des-matieres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221427","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/75"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=221427"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221427\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":221557,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221427\/revisions\/221557"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=221427"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=221427"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=221427"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}