{"id":221432,"date":"2026-09-13T17:49:29","date_gmt":"2026-09-13T15:49:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=221432"},"modified":"2026-09-13T22:31:51","modified_gmt":"2026-09-13T20:31:51","slug":"chroniques-10-chronique-des-fins-du-monde-the-end-has-no-end","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-10-chronique-des-fins-du-monde-the-end-has-no-end\/","title":{"rendered":"#chroniques #10 | chronique des fins du monde  ( the end has no end)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Ne pas l\u00e2cher les chevaux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a un souvenir d\u2019enfance avec cheval et autoroute, une construction mentale surement, de l\u2019animal \u00e9chapp\u00e9 qui court sur le bas-c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019enfant qui dit mais ne le dit pas, qui penses fort comme pensent les enfants, en croyant que ce qui se pense se r\u00e9alisera, il faudrait s\u2019arr\u00eater , attraper la bride, calmer l\u2019animal, il pourrait nous suivre, on caresserait son museau doux qui tortille toujours, on pourrait gratter entre les deux yeux, lui parler doucement et souffler dans son cou, il ne serait plus l\u2019animal, il serait mon animal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a une sc\u00e8ne d\u2019un livre de Wajdi Mouawad avec des chevaux fous \u00e9chapp\u00e9s d\u2019un v\u00e9hicule accident\u00e9, une force sauvage et soudain d\u00e9chain\u00e9e qui court sur l\u2019asphalte dur, qui tente le tout pour le tout, cherche l\u2019\u00e9chappatoire o\u00f9 il n\u2019y en a pas, entre les barri\u00e8res de m\u00e9tal et le danger des v\u00e9hicules qui les \u00e9vitent o\u00f9 les percutent, \u00e0 grand bruits de freins et de sabots qui claquent, de corps lourds qui tapent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre les deux extr\u00e9mit\u00e9s il y a toute une vie de chevaux calmes, enferm\u00e9s dans des boxes ou immobiles dans des champs. Ceux qui trottent gentiment le samedi apr\u00e8s-midi, la bride serr\u00e9e donnant au cou l\u2019aspect d\u2019un grand n\u0153ud, le pas qui frotte retenu, et les gens dehors applaudissent \u00e0 la libert\u00e9 dompt\u00e9e, au sauvage maitris\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a aujourd\u2019hui tellement de motifs pour avoir envie de fuite, de course, de hurlements, de se jeter comme les chevaux fous sous les roues du premier v\u00e9hicule lanc\u00e9 et pourtant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On continue sagement, le mors aux dents, la bave \u00e9paisse, la sueur crasse, \u00e0 ex\u00e9cuter sous les yeux de tous nos sages cabrioles insens\u00e9es. Qui tient la cravache, et qui nous monte dessus&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Personne, peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Aller contre une mar\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce titre n\u2019est pas <em>Souvenirs de la mar\u00e9e<\/em>, dommage, j\u2019aurais pu \u00e0 loisir raconter \u00e0 chaque fois pr\u00e9cisant le lieu et l\u2019ann\u00e9e, chaque fois que j\u2019ai pu assister \u00e0 ce petit miracle l\u00e0, de l\u2019eau qui se retire, de la mousse qui recouvre la pierre, des bateaux \u00e0 pr\u00e9sent dans le sable, des endroits inaccessibles qu\u2019on atteint enfin. &nbsp;Mais cette chronique ne s\u2019appelle pas comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien s\u00fbr il y a tout le paisible li\u00e9 \u00e0 ces souvenirs de la mar\u00e9e, souvenirs de vacances le plus souvent \u2013 je ne crois pas avoir eu la chance d\u2019assister \u00e0 une mar\u00e9e au travail, ou justement, mais des ras de mar\u00e9e, ou d\u2019une tout autre nature, plut\u00f4t l\u2019\u00e9ternel aller-retour des m\u00eames espoirs et d\u00e9sillusions, des m\u00eames r\u00e9ussites \u00e0 \u00e9checs pr\u00e9visibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors il y a peut-\u00eatre \u00e0 m\u00e9diter sur ce que la mar\u00e9e peut enseigner, au-del\u00e0 du paysage de carte postale, de l\u2019odeur d\u2019iode et de l\u2019envie de s\u2019attabler pour manger une douzaine d\u2019huitres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mar\u00e9e revient. C\u2019est ce qu\u2019elle nous apprend. Elle habite des \u00e9tats diff\u00e9rents et pourtant reste la mar\u00e9e. Elle permet des paysages diff\u00e9rents et aucun n\u2019est ni bon ni mauvais. Haute, basse, son lot de surprises et de contraintes. La mar\u00e9e ne se d\u00e9cide pas, elle advient et la seule chose que l\u2019homme doive faire lorsqu\u2019il est contraint de partager son territoire avec elle, c\u2019est juste de regarder l\u2019heure et d\u2019\u00eatre bien renseign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;En mati\u00e8re de mar\u00e9e, il est inutile de jouer au petit malin. Il serait stupide de le faire et de vouloir imposer sa temporalit\u00e9. On n\u2019irait au-devant de grande catastrophe, s\u2019\u00e9puisant de hurler, seul, coinc\u00e9 sur son ilot ou crevant de fatigue \u00e0 lutter contre la houle qui est revenu sans crier gare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019instant d\u2019avant il n\u2019y avait rien et soudain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si je pense \u00e0 mon travail comme \u00e0 la mar\u00e9e, peut \u00eatre serais je un jour plus sage. Regardant l\u2019heure, me pr\u00e9parant tranquillement avec un m\u00e9lange d\u2019excitation et de calme \u00e0 la crise \u00e0 venir, mais sachant bien qu\u2019elle vient, et qu\u2019en mati\u00e8re de crise, je suis bien pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai mes bottes et j\u2019ai mon cir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dix ans<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la chanson de David Bowie c\u2019est cinq ans. Il nous reste cinq ans pour pleurer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019est pas question de la situation de la ville de N. et encore moins de la dur\u00e9e de la mandature du maire, dans la chanson de Bowie et pourtant tout est l\u00e0. Les flics y embrassent les pieds des pr\u00eatres et les m\u00e8res soupirent lassement, pendant qu\u2019\u00e0 l\u2019angle d\u2019une ruelle, quelqu\u2019un a vomi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a des gens petits et grands, et des personnes qui ne sont personnes et qui veulent \u00eatre quelqu\u2019un. Il y a des gens (<em>je ne pensais pas que j\u2019aurais besoin qu\u2019ils soient autant<\/em>) fig\u00e9s dans leur derni\u00e8re posture, comme se sont fig\u00e9s ceux que l\u2019histoire \u00e0 ensevelis (sous la cendre, dans la boue ou les flammes).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ici il n\u2019est pour l\u2019instant pas question de \u00e7a. Ici, on se bat pour un regard, on fait de l\u2019air avec ce que l\u2019on trouve, on va se baigner sans penser, on fraude le train. Ici les gens r\u00e2lent de tout et de rien, les id\u00e9es sont r\u00e9versibles et les int\u00e9r\u00eats changent selon le sourire des amis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais aussi les files d\u2019attentes devant les portails de la pr\u00e9fecture s\u2019allongent, les groupes de mecs d\u00e9truits qui dorment sur les cartons devant toutes les banques s\u2019agrandissent, les gamins bouff\u00e9s par la gale qui ne parlent pas s\u2019allongent et sur eux s\u2019allongent les hommes que rien n\u2019arr\u00eate, les prisons se remplissent et on entasse les proc\u00e9dures dans le bureau du procureur, sur celui du juge puis sur le mien, les engins de travaux s\u2019agglutinent et on casse des murs que l\u2019on repeint, on agrandit mais toujours pas de place, on \u00e9touffe, on a chaud mais c\u2019est rien, d\u2019ici cinq ans, il y aura des climatiseurs et des commissariats pour chacun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cinq ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas cinq de plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>five years, stuck on my eyes<\/em><\/strong><strong><em><br><\/em><\/strong><strong><em>five years, what a surprise<\/em><\/strong><strong><em><br><\/em><\/strong><strong><em>five years, my brain hurts a lot<\/em><\/strong><strong><em><br><\/em><\/strong><strong><em>five years, that&rsquo;s all we&rsquo;ve got<\/em><\/strong><strong><em><\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ne pas l\u00e2cher les chevaux Il y a un souvenir d\u2019enfance avec cheval et autoroute, une construction mentale surement, de l\u2019animal \u00e9chapp\u00e9 qui court sur le bas-c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019enfant qui dit mais ne le dit pas, qui penses fort comme pensent les enfants, en croyant que ce qui se pense se r\u00e9alisera, il faudrait s\u2019arr\u00eater , attraper la bride, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-10-chronique-des-fins-du-monde-the-end-has-no-end\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #10 | chronique des fins du monde  ( the end has no end)<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":428,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8198],"tags":[],"class_list":["post-221432","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-09-10-finale-la-table-des-matieres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221432","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/428"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=221432"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221432\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":221472,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221432\/revisions\/221472"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=221432"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=221432"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=221432"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}