{"id":221501,"date":"2026-09-19T13:05:54","date_gmt":"2026-09-19T11:05:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=221501"},"modified":"2026-09-19T13:05:54","modified_gmt":"2026-09-19T11:05:54","slug":"arts-de-la-fiction-01-allonge-dans-le-talus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-01-allonge-dans-le-talus\/","title":{"rendered":"arts de la fiction #01 | allong\u00e9 dans le talus"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/arts-de-la-fiction-01-_allonge-dans-le-talus.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 arts de la fiction #01 _allong\u00e9 dans le talus.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-1acaa96a-9bc0-4e04-aa16-2baf818d6549\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/arts-de-la-fiction-01-_allonge-dans-le-talus.pdf\">arts de la fiction #01 _allong\u00e9 dans le talus<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/arts-de-la-fiction-01-_allonge-dans-le-talus.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-1acaa96a-9bc0-4e04-aa16-2baf818d6549\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est d\u00e9j\u00e0 la fin de soir\u00e9e lorsque, dos \u00e0 l\u2019\u00e9tang communal, je vois la route de champs serpenter jusqu\u2019aux premi\u00e8res maisons \u00e9clair\u00e9es. Des voitures et quelques poids lourds passent&nbsp; \u00e0 une longueur de champ \u00e0 ma droite sur la route d\u00e9partementale. Les phares effacent un instant l\u2019ombre des maisons. Des moteurs presque silencieux. J&rsquo;entends le souffle de leur passage dans la fra\u00eecheur du soir. Des villages de part en part; surmont\u00e9e de vignobles r\u00e9put\u00e9s puis la cha\u00eene de montagnes s\u00e9parant l\u2019Alsace des Vosges, d\u00e9j\u00e0 assombrie par le couch\u00e9 de soleil derri\u00e8re. Les lumi\u00e8res du radar flashant au loin et des voitures passent devant des arbres clignotent jusqu&rsquo;\u00e0 moi\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..\u2026\u2026\u2026\u2026 ..\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.\u2026\u2026\u2026&#8230;\u2026\u2026.\u2026\u2026Je vois la route de champs serpenter jusqu\u2019aux premi\u00e8res maisons \u00e9clair\u00e9es, \u00e0 gauche l\u2019ombre du champ de ma\u00efs, comme un pan de corridor. Je marche. Je ressens les asp\u00e9rit\u00e9s du chemin. Il est couvert de cro\u00fbtes blanch\u00e2tres intactes entour\u00e9e d\u2019une couche de poussi\u00e8re et de cailloux blanc pos\u00e9e sur le goudron. Ext\u00e9nu\u00e9. Heureux d\u2019\u00eatre enfin seul dans la quasi-obscurit\u00e9. Je chaloupe un peu. Je laisse tra\u00eener un peu les pieds. Je tape une cro\u00fbte pas plus grande qu\u2019une main ouverte. Mon coup fait voler des morceaux de terre s\u00e8che en arc-de-cercle et des poussi\u00e8res qui disparaissent vite. Si vite. Les morceaux de terre virevoltent en dehors de ma vue. Tout cela dure juste assez de temps pour que je puisse y prendre plaisir. Le coup de pied et l\u2019\u00e9merveillement rappelle \u00e0 mon souvenir quelque chose de jadis. Je suis seul dans un lieu s\u00fbr et un temps inconnu. Ce souvenir me donne du plaisir. Je d\u00e9couvre mon pouvoir sur la mati\u00e8re\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026&#8230;\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026Je suis seul dans un lieu s\u00fbr et un temps inconnu. Je donne des coups de pieds dans la terre. Je porte des bottes en caoutchouc. Je d\u00e9croche des grosses mottes de terre. Je regarde voler les morceaux de terre en m&rsquo;esclaffant. Je me r\u00e9p\u00e8te en faisant des bruits d\u2019explosion de la bouche \u00e0 chaque impact. Je recommence de plus belle avec plus de force. Je regarde les morceaux, gros comme le poing se d\u00e9tacher et voler avant de chuter avec un rebond amorti sur l\u2019herbe grasse. Mes coups de pieds fissurent la couche de terre nouvellement d\u00e9caiss\u00e9e. Diff\u00e9rents d\u00e9sirs \u00e9mergent. Taper dans la terre. Voir mon empreinte dans une mati\u00e8re r\u00e9sistante. Glisser dans un rythme. Taper du bout de la semelle le bon angle de la couche de terre, le regard flou, haletant, nourri d\u2019une \u00e9nergie trouble, changer de pied et redoubler d\u2019efforts\u2026 Faire un nuage de poussi\u00e8re. Contempler avec satisfaction son ph\u00e9nom\u00e8ne. Mais contempler n\u00e9cessite l\u2019action sur la mati\u00e8re et la fr\u00e9n\u00e9sie des coups distrait de l\u2019observation. Mais la terre \u00e9tant nouvellement d\u00e9caiss\u00e9e, elle est humide et ne produit pas cette poussi\u00e8re que je vois ce soir. Ce souvenir est impossible\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026. Mes coups de pieds fissurent la couche de terre s\u00e8che en plusieurs plaques qui font jaillir de leurs failles un peu de poussi\u00e8re. J\u2019assiste \u00e0 la constitution d\u2019un d\u00e9sert imaginaire compos\u00e9 de nouveaux territoires et de fronti\u00e8res. La cro\u00fbte a d\u00e9sormais des contours et des lignes qui la traversent de part en part et est entour\u00e9e de morceaux progressivement plus petits autour. Une premi\u00e8re ligne commence devant mon pied, s\u2019\u00e9tire et fourche \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9. L\u2019assombrissement d\u00e9forme et impressionne. Je reprends la marche vers le village. Je regarde dans le corridor du champ \u00e0 ma droite. Il fait trop sombre pour en voir le bout. Je ne veux pas retourner au&nbsp; village. J\u2019emprunte le couloir et marche sur des plans de ma\u00efs \u00e9cras\u00e9s par les passages du tracteur. A part le bruissement des feuilles dans le vent, il r\u00e8gne le silence\u2026\u2026\u2026\u2026.. \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026&#8230;\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026. Sur ma droite derri\u00e8re moi, le village. Je ne veux pas y retourner. Pas encore. Il fait noir dans le corridor. Une fois arriv\u00e9 au bout, le froid me prend au cou et \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re des bras. Sur la droite devant moi, le village suivant o\u00f9 je connaissais une coiffeuse. Je l\u2019enlace. Impressions de mouvements. M\u00e9moire de sensations. Composition du premier geste. Travers\u00e9e des suivants plus flous et indistincts. Tous particuliers et moindre. Cr\u00e9ation d\u2019un mouvement par la suite r\u00e9p\u00e9t\u00e9, et dont les diff\u00e9rences se fondent dans un geste originel, d\u00e9barrass\u00e9 de la g\u00eane, des h\u00e9sitations, des maladresses, de la culpabilit\u00e9. Volont\u00e9 simple, d\u00e9nu\u00e9e, fluide\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.\u2026\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026Sur la droite devant moi, un clocher sonne. Dans la direction de l\u2019\u00e9tang, je distingue une forme sombre. Je commence \u00e0 avancer vers elle. C\u2019est la parcelle de for\u00eat o\u00f9 je construisais des cabanes. Le vent souffle plus fort. Je dois traverser trois longueurs de champs pour me mettre \u00e0 l\u2019abri des arbres. Je traverse \u00e0 pas incertains le chemin de terre caboss\u00e9 en restant dans une orni\u00e8re profonde et s\u00e8che. Les touffes d\u2019herbes et d\u2019\u00e9pis de bl\u00e9 frottent mes genoux au passage. J\u2019ai froid en t-shirt. Je croise les bras et les contractent. Je tr\u00e9buche en traversant un creux. Une motte de terre fait un bruit en tombant plus loin dans l\u2019obscurit\u00e9. Je cherche le chemin sur ma droite pour rejoindre la for\u00eat mais je ne vois plus dans la nuit. Une lampe-torche dans la poche. Je me souviens que j\u2019ai toujours une lampe-torche dans ma poche. Je l\u2019allume. Je vois jaillir des herbes hautes et de la terre jaunies. Arriv\u00e9 \u00e0 la hauteur de la for\u00eat, je scrute les champs de bl\u00e9 pour trouver le chemin. Je ne vois pas l\u2019intersection devant ou derri\u00e8re moi. Je continue de marcher parall\u00e8lement \u00e0 la for\u00eat en \u00e9clairant l\u2019orni\u00e8re. Elle est de plus en plus profonde. Je m\u2019y enfonce jusqu\u2019aux genoux et les herbes m\u2019arrivent jusqu&rsquo;aux hanches. Des morceaux de terre emplissent mes chaussures et des herbes s\u2019attachent \u00e0 mes chaussettes. Le bruissement des herbes \u00e0 chaque pas; la terre que j\u2019\u00e9crase; le hurlement du vent. La nuit est bruyante. Je balaye les champs de la lampe mais le chemin est d\u00e9grad\u00e9, l\u2019orni\u00e8re trop profonde et les bourrelets si hauts que ma torche ne parvient qu\u2019\u00e0 \u00e9clairer les herbes hautes. Je ne vois qu\u2019\u00e0 quelques pas. Je marche. Mes pieds me font mal. Ma lampe-torche n\u2019est pas assez puissante pour \u00e9clairer mon chemin. Je ne trouve pas l\u2019intersection et n\u2019ai aucun souvenir de ces changements topographiques \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.. Mes pieds me font mal. Des morceaux de terre entrent par le col de la chaussure. En marchant, la terre est r\u00e9duite en poussi\u00e8re au fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle glisse entre la tige et la cheville. A chaque pas, je remplis mes chaussures de poussi\u00e8res. L\u2019espace entre le talon et la semelle, puis celui entre la semelle et la plante du pied puis celui entre mes orteils et l\u2019embout se remplissent. Mes pieds sont de plus en plus serr\u00e9s. L\u2019espace entre la claque de la chaussure est plein et je sens les lacets s\u2019enfoncer ma peau \u00e0 chaque pas. Je cherche o\u00f9 m&rsquo;asseoir pour vider mes chaussures mais je ne vois toujours rien au-dessus du bourrelet. Je crains que la for\u00eat soit loin derri\u00e8re moi. Je boite. Ma d\u00e9marche est ralentie. J\u2019ai l\u2019impression de marcher dans le sable. Je suis \u00e0 l\u2019abri du vent dans l\u2019orni\u00e8re. Je cherche le bord du bout des doigts. Je me hisse d\u2019une traction et bascule sur un bras pour m&rsquo;asseoir entre les touffes d\u2019herbes grasses du bourrelet ou du talus. Je sais plus o\u00f9 je suis. Mes jambes sont dans le creux de l\u2019orni\u00e8re. J\u2019enl\u00e8ve une chaussure, la vide et la pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi puis je prends la seconde mais la torsion que je m\u2019impose pour ne pas poser mon pied en chaussette contre la terre tout en enlevant ma chaussure restante me fait virevolter \u00e0 nouveau dans l\u2019orni\u00e8re. Je tombe lourdement sur mon c\u00f4t\u00e9 gauche. Mon visage et mon \u00e9paule absorbent la plus grande partie du choc contre la paroi oppos\u00e9e. Je suis sonn\u00e9 et me retourne en position assise.&nbsp; Adoss\u00e9, le ciel o\u00f9 se distinguent des nuages blancs qui d\u00e9filent rapidement. La lampe-torche est rest\u00e9e en haut.&nbsp; Je ne vois pas mes genoux.&nbsp; J\u2019ai de la terre et des gravillons enfonc\u00e9s dans mes paumes. Je les frotte ensemble puis me palpe doucement pour faire l\u2019inventaire de mes blessures. Je suis mouill\u00e9 au genou droit. Je ne sens encore rien mais ma joue et ma cuisse gauche sont chaudes\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026. \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026. &nbsp; Je suis dans le noir complet. Une chaussure est rest\u00e9e avec la lampe sur le bourrelet.&nbsp; Je cherche la chaussure enlev\u00e9e pendant la chute. Je me d\u00e9place accroupi jusqu&rsquo;\u00e0 la retrouver. Mes genoux piquent. Par dessus le bourrelet, une touffe d\u2019herbe \u00e9clair\u00e9e. Je lance la chaussure proche de la touffe d&rsquo;herbes sur la butte et me rel\u00e8ve doucement par la force des bras au-dessus du bourrelet en prenant attention \u00e0 ne pas frotter mes genoux. J\u2019enfile mes chaussures et reprend ma lampe. J\u2019ai la t\u00eate qui tourne. Je ne sais pas o\u00f9 je suis. Le vent souffle sur mon visage tum\u00e9fi\u00e9, mon \u00e9paule, ma cuisse et mes genoux br\u00fblants. Je m\u2019allonge entre deux touffes d\u2019herbes \u00e9paisses \u00e0 l\u2019abri du vent et m\u2019endors pour ailleurs.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est d\u00e9j\u00e0 la fin de soir\u00e9e lorsque, dos \u00e0 l\u2019\u00e9tang communal, je vois la route de champs serpenter jusqu\u2019aux premi\u00e8res maisons \u00e9clair\u00e9es. Des voitures et quelques poids lourds passent&nbsp; \u00e0 une longueur de champ \u00e0 ma droite sur la route d\u00e9partementale. Les phares effacent un instant l\u2019ombre des maisons. Des moteurs presque silencieux. 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