{"id":221510,"date":"2026-09-14T16:09:40","date_gmt":"2026-09-14T14:09:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=221510"},"modified":"2026-09-14T16:12:58","modified_gmt":"2026-09-14T14:12:58","slug":"chroniques-09-et-10-at-last","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-09-et-10-at-last\/","title":{"rendered":"#chroniques #09 et #10 | at last&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/GB_chroniques_09-10.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 GB_chroniques_09-10.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-95c10df2-6cf6-4564-a9cf-501276485df7\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/GB_chroniques_09-10.pdf\">GB_chroniques_09-10<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/GB_chroniques_09-10.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-95c10df2-6cf6-4564-a9cf-501276485df7\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mort d\u2019une baleine<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle s\u2019\u00e9tait \u00e9chou\u00e9e sur la plage, mourante. Elle est morte avant que la temp\u00eate ne l\u2019emporte, la retourne et la red\u00e9pose sur la plage, un peu plus haut pr\u00e8s des dunes. Puis la mer s\u2019est retir\u00e9e. Les rares charognards encore vivants l\u2019ont d\u00e9charn\u00e9e et dig\u00e9r\u00e9e. La mer est revenue. D\u2019autres temp\u00eates l\u2019ont lav\u00e9e, les vents de sable ont nettoy\u00e9 son squelette. La mer s\u2019est retir\u00e9e au loin, tr\u00e8s loin. Ann\u00e9es apr\u00e8s ann\u00e9es, les vents ont souffl\u00e9, glac\u00e9s ou br\u00fblants, ils ont recouvert ses os de sable doux et fin, jusqu\u2019\u00e0 ce que n\u2019apparaissent plus que d\u2019\u00e9tranges branches de bois blanc, aux sommets recourb\u00e9s. Le gel et le soleil les ont perc\u00e9s, fendus, bris\u00e9s. Parfois, ces bois se d\u00e9couvraient, au gr\u00e9 du vent qui jouait une \u00e9trange m\u00e9lodie dans ces tuyaux d\u2019orgue dress\u00e9s contre le ciel. Mais il n\u2019y avait plus personne pour l\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"233\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Sans-titre02_S.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-221511\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Sans-titre02_S.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Sans-titre02_S-420x122.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Sans-titre02_S-768x224.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Gabriel Orozco, exposition MOMA 2010<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le pianiste<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Des faits-divers dont j\u2019ai eu \u00e0 m\u2019occuper, meurtres et assassinats, ceux qui m\u2019ont marqu\u00e9&nbsp;? ah tiens, il a cette histoire, ce gars qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert dans le couloir de sa maison. Gisant au sol. La porte, un belle porte de ch\u00eane \u00e0 deux battants au-dessus de deux marches de pierre, \u00e9tait grande ouverte. Une belle porte de belle maison de pierre \u00e0 deux \u00e9tages construite au XIXe si\u00e8cle dans le quartier bourgeois de cette ville de province. Une balle dans la nuque, il \u00e9tait d\u2019abord tomb\u00e9 sur le clavier du piano, comme le montraient les traces de sang sur les touches d\u2019ivoire. Un beau piano, d\u2019ailleurs. Oui, oui, vous avez bien entendu&nbsp;: le piano \u00e9tait dans le couloir. \u00c9trange, non&nbsp;? recouvert de sacs et d\u2019emballages en plastique. Pas de partitions. Juste un mug \u00e0 moiti\u00e9 vide de caf\u00e9 et un paquet de biscuits entam\u00e9s. Et puis, il avait gliss\u00e9 au sol. Le gars \u00e9tait torse nu, pieds nus dans des sandales, juste v\u00eatu d\u2019un short de cycliste, vous savez, ces trucs moulants qu\u2019on trouve dans les magasins de fringues et accessoires pour sportifs. Abattu d\u2019une balle calibre 22. Non, les voisins n\u2019avaient rien entendu&nbsp;: il y avait un orage tr\u00e8s violent, le coup de feu a d\u00fb se confondre avec les coups de tonnerre. Et puis les voisins\u2026 presque tous des vieux, un peu sourds. Bref, personne n\u2019avait rien entendu, rien vu, rien remarqu\u00e9. Et vous pensez bien qu\u2019avec un pareil \u00e9luge\u2026 oui, parce qu\u2019il pleuvait des hallebardes ce soir-l\u00e0\u2026 oui, \u00e7a s\u2019\u00e9tait produit \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, un peu apr\u00e8s 20 heures\u2026 tout le monde \u00e9tait calfeutr\u00e9 chez soi. En plus, \u00e0 cause de l\u2019orage, une coupure d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et plus d\u2019\u00e9clairage public dans ce secteur. Apparemment, c\u2019\u00e9tait fr\u00e9quent. Tout \u00e7a, vous le comprendrez bien, \u00e7a explique pourquoi personne n\u2019avait rien vu, rien entendu. Le corps n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert qu\u2019assez tard dans la nuit, par un gars qui \u00e9tait sorti courir un peu, le genre marathonien qui s\u2019entra\u00eene \u00e0 toute heure.&nbsp; Hors de cause, le t\u00e9moin. On a d\u2019abord cherch\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des sans-abri qui tra\u00eenent non loin de l\u00e0, il y avait eu un squat un peu plus haut dans la rue quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. Juste la routine, \u00e7a n\u2019a rien donn\u00e9 non plus. De toute \u00e9vidence il n\u2019y avait eu aucune intrusion, aucun vol, aucune trace de bagarre, rien. La porte \u00e9tait grande ouverte, aucune trace d\u2019effraction. \u00c7a paraissait bizarre, mais les voisins \u00e9taient unanimes&nbsp;: le gars \u2013 je veux dire la victime \u2013 jouait toujours la porte grande ouverte. Deux fois par jour&nbsp;: vers midi et le soir. Il ouvrait la porte et vous jouait son ap\u00e9ro-concert ou d\u00eener-concert, selon l\u2019heure. Le piano sonnait bien, et le couloir, la cage d\u2019escalier et la rue faisaient caisse de r\u00e9sonance. Tout le monde en profitait. Le pianiste n\u2019\u00e9tait l\u00e0 que depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9. Il avait rachet\u00e9 la maison et vir\u00e9 les locataires. On a cherch\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, notamment de celui du rez-de-chauss\u00e9e, le vrai propri\u00e9taire du piano. Il donnait des cours avant d\u2019\u00eatre expuls\u00e9 par le nouveau propri\u00e9taire. Difficile de trouver un d\u00e9m\u00e9nageur \u2013 et cher&nbsp;! \u00e7a co\u00fbte un bras de d\u00e9m\u00e9nager un piano&nbsp;! impasse aussi de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0&nbsp;: le prof de musique avait un alibi en b\u00e9ton pour la nuit du crime&nbsp;: il \u00e9tait en garde \u00e0 vue \u00e0 Lyon pour une histoire&nbsp; de shit. En r\u00e9sum\u00e9, rien. Aucune piste. L\u2019enqu\u00eate de voisinage n\u2019a rien donn\u00e9 non plus. Et on n\u2019avait pas trop le temps non plus\u2026 L\u2019autopsie&nbsp;et le pass\u00e9 de la victime&nbsp;? on a appris qu\u2019il avait eu un accident grave, qu\u2019il avait touch\u00e9 une grosse somme en d\u00e9dommagement (ce qui lui avait permis d\u2019acheter cette maison beaucoup trop grande pour lui), qu\u2019il lui en restait des s\u00e9quelles mais rien qui justifiait qu\u2019on l\u2019assassine. Donc, on est pass\u00e9 \u00e0 autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plus marrant dans cette histoire, c\u2019est qu\u2019on a fini par d\u00e9couvrir la solution, enfin quand je dis \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb, c\u2019est surtout l\u2019IA qui nous a bien aid\u00e9s en d\u00e9nichant sur internet le r\u00e9cit que je viens de vous faire. Racont\u00e9e, cette histoire, par le voisin d\u2019en face, un retrait\u00e9 qui avait l\u2019air tout gentil. Sauf qu\u2019il avait un flingue, un Glock, achet\u00e9 sur internet, avec lequel il avait tir\u00e9 une balle dans la nuque du pianiste. <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-09-et-10-at-last\/\">Il l\u2019avait racont\u00e9e et mise en ligne sur une esp\u00e8ce de site de blogs pour \u00e9crivains amateurs<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mot pour mot ce que je viens de vous dire. Et pourquoi l\u2019a-t-il tu\u00e9&nbsp;? simplement parce que le pianiste jouait faux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019Affaire du stylo en or<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait noir et or. Sauf qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas compl\u00e8tement en or. La plume, oui. Et aussi la partie avant du corps du stylo, mais ce n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre d\u2019ailleurs que du plaqu\u00e9. Justement, la dorure s\u2019\u00e9tait alt\u00e9r\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on pose les doigts, sous l\u2019effet de l\u2019acidit\u00e9 de la transpiration. Parce que Papi Morel transpirait pas mal et tripotait beaucoup son stylo&nbsp;: il ne cessait d\u2019en d\u00e9visser le capuchon, le prenait entre ses doigts boudin\u00e9s et le faisait tourner, quand il devait prendre une d\u00e9cision, comme s\u2019il allait signer un d\u00e9cret. Ou bien il le pointait sur vous quand il \u00e9pluchait les carnets de notes (\u00e7a c\u2019\u00e9tait il y a longtemps, quand il y avait encore des carnets de notes et qu\u2019il convoquait Caroline dans son bureau pour la tancer et lui enjoindre de fournir davantage d\u2019efforts scolaires. La petite se recroquevillait sous la menace de la pointe d\u2019or et promettait, oui papa, oui papa, je vais travailler). Le stylo en or \u00e9tait devenu, pour la famille, ins\u00e9parable de M. Morel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s sa mort, et la d\u00e9cision de vendre la maison (trop grande, trop de travaux, trop ch\u00e8re, aucun des enfants et petits-enfants ne voulait racheter leur part de cette barraque \u00e0 ses coh\u00e9ritiers), il leur a fallu la vider&nbsp;: vider placards, armoires et commodes, entasser les chaussures et les v\u00eatements de G\u00e9rard Morel dans des cartons (rien que des vieilles nippes, qui sentaient le tabac froid, l\u2019antimites et le vieux, vite d\u00e9barrassons-nous de tout \u00e7a et va les d\u00e9poser chez Emma\u00fcs, ils se d\u00e9brouilleront avec), vendre les meubles (trop grands, trop lourds. L\u2019armoire normande&nbsp;? o\u00f9 veux-tu que je mette \u00e7a dans mon trois-pi\u00e8ces au quatri\u00e8me&nbsp;? et \u00e7a ne passera jamais dans l\u2019escalier&nbsp;!), trier les objets (comment tu appelles \u00e7a, toi, ce gros truc en marbre&nbsp;? un cartel&nbsp;? ah, non, je n\u2019en veux pas de cette s\u2026&nbsp;!), les jeter (on va prendre la Kangoo et faire un aller-retour jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9chetterie), ou les apporter chez Emma\u00fcs, et aussi mettre les livres de la biblioth\u00e8que en cartons (on va les apporter \u00e0 la bouquinerie du Paillis, c\u2019est une bouquinerie solidaire), d\u00e9cider du destin des papiers accumul\u00e9s (les dossiers m\u00e9dicaux, qu\u2019est-ce qu\u2019on en fait&nbsp;?, y a qu\u2019\u00e0 les br\u00fbler dans le jardin. Et doucement, ne va pas br\u00fbler aussi les contrats d\u2019assurance, malheureux&nbsp;!), les vieux albums photos (Moi, je les prends, a dit Genevi\u00e8ve). Et puis est arriv\u00e9 le moment \u00e9pineux du partage des objets un peu plus pr\u00e9cieux&nbsp;: vaisselle, bibelots, bijoux, petits objets (Louis \u2013 qui ne fume pas \u2013 a voulu les pipes et leur r\u00e2telier, qui \u00e9taient pos\u00e9 de toute \u00e9ternit\u00e9 sur le bureau de Papi Morel, personne n\u2019en voulait de toutes mani\u00e8res&nbsp;; Sacha \u2013 qui cultive depuis qu\u2019il a douze ans un c\u00f4t\u00e9 <em>dandy<\/em> \u2013 la montre-gousset de l\u2019arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-p\u00e8re), et c\u2019est alors qu\u2019on s\u2019est aper\u00e7u de la disparition du stylo en or. Qui n\u2019\u00e9tait pas en or, rappela Julien. La plume, oui, mais le reste\u2026 C\u2019\u00e9tait quand m\u00eame un Mont-Blanc, objecta Laurent d\u2019un air pinc\u00e9. Pas du tout, c\u2019\u00e9tait un Dupont. Et si, il \u00e9tait en or, pas que la plume, a r\u00e9torqu\u00e9 Olivier. Qui l\u2019avait pris&nbsp;? \u00e9videmment, personne. Qui aujourd\u2019hui &nbsp;\u00e9crit encore au stylo-plume, a dit Louis. C\u2019est juste un truc pour frimer. M\u00eame Trump, et en voil\u00e0 un qui aime l\u2019or, signe ses d\u00e9crets avec un Sharpie. Caroline se mit \u00e0 pleurer. C\u2019\u00e9tait, pour elle, LE souvenir de son papa, LA chose venant de lui qu\u2019elle aurait voulu conserver. Julien ricana&nbsp;: Tu veux cr\u00e9er un petit mus\u00e9e sentimental de p\u00e9p\u00e8re&nbsp;? le ton monta, les vieilles rancunes se r\u00e9veill\u00e8rent, ils se quitt\u00e8rent f\u00e2ch\u00e9s. Tr\u00e8s f\u00e2ch\u00e9s, et pour longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Yvon, qui triait les ballots de frusques dans l\u2019entrep\u00f4t d\u2019Emma\u00fcs, d\u00e9couvrit dans les poches d\u2019une esp\u00e8ce de robe de chambre verd\u00e2tre bonne pour la poubelle un stylo dor\u00e9. Il l\u2019empocha. Avec un peu de chance, il pourrait l\u2019\u00e9changer contre une barrette de r\u00e9sine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019enr\u00f4lement<\/strong><strong> <\/strong><\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"643\" height=\"361\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/gardes-francaises.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-221516\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/gardes-francaises.jpg 643w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/gardes-francaises-420x236.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 643px) 100vw, 643px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">H.F.E. Philippoteaux, <em>1745,<\/em> <em>La bataille de Fontenoy<\/em>, 1873 &#8211; d\u00e9tail<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Journal de recherche et d\u2019\u00e9criture (9)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Soldat dans les arm\u00e9es du roi, c\u2019est juste un m\u00e9tier ordinaire dans ces villages du Santerre. Il n\u2019y a pas assez de travail pour tous, alors si on a une \u00ab&nbsp;bonne constitution&nbsp;\u00bb, une taille suffisante, ou mieux, si on a r\u00e9chapp\u00e9 de la petite v\u00e9role dont on garde les marques sur le visage, on s\u2019enr\u00f4le. Les registres de <em>Contr\u00f4le des troupes<\/em> du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle conservent les noms de ces soldats, ceux de leurs p\u00e8re et m\u00e8re ainsi qu\u2019une courte description \u2013 probablement afin de pouvoir diffuser leur signalement au cas o\u00f9 il leur viendrait l\u2019id\u00e9e de d\u00e9serter).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Joseph Dheilly, l\u2019arri\u00e8re grand-p\u00e8re de ma grand-m\u00e8re s\u2019est ainsi engag\u00e9 le 6 mars 1782 dans la cavalerie, le Royal de Lorraine. Il a vingt ans, il est le second fils, le cadet, il n\u2019a d\u2019autre perspective que de travailler pour son fr\u00e8re qui h\u00e9ritera de l\u2019entreprise du p\u00e8re. Il signe pour six ans et traverse la France pour rejoindre son r\u00e9giment, compos\u00e9 essentiellement de Lorrains et d\u2019Allemands. En 1787, il revient \u00e0 Vr\u00e9ly se marier \u00e0 F\u00e9licit\u00e9 Bauduin (l\u2019arri\u00e8re petite-fille d\u2019Anne Le Doux) muni de la permission de son capitaine. En 1788, il quitte l\u2019arm\u00e9e et s\u2019installe comme ma\u00eetre ma\u00e7on. Son premier enfant, une fille \u00e0 qui il donne le nom de Reine, vient de na\u00eetre. Sept autres na\u00eetront entre 1790 et 1802, quatre filles et trois gar\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Adrien, le p\u00e8re d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Blanquet s\u2019est enr\u00f4l\u00e9 lui aussi, dans un r\u00e9giment de Gardes Fran\u00e7aises. \u00ab\u00a0Gardes du corps de sa Majest\u00e9\u00a0\u00bb comme il est \u00e9crit dans d\u2019autres actes, ils portent un habit bleu \u00e0 parements rouges et blancs. Quand y entre-t-il exactement, c\u2019est difficile \u00e0 dire. Ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019il est soldat en avril 1729 puisqu\u2019il en est fait mention dans l\u2019acte de naissance de sa derni\u00e8re fille, Madeleine, et lors de son d\u00e9c\u00e8s en octobre 1729. Il n\u2019a que quarante ans, \u00ab&nbsp;environ&nbsp;\u00bb pr\u00e9cise l\u2019acte. H\u00e9l\u00e8ne, elle, a trois ans. Je ne l\u2019ai jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent pas retrouv\u00e9 dans les registres de Contr\u00f4le des troupes, il y a cent soixante-dix r\u00e9giments de Gardes Fran\u00e7aises. S\u2019est-il engag\u00e9 peu avant sa mort&nbsp;? il n\u2019est pas rare qu\u2019un homme s\u2019enr\u00f4le alors qu\u2019il a plus de trente ans, voire plus de quarante. Il re\u00e7oit une petite somme qui fait vivre sa famille, il peut esp\u00e9rer amasser un petit p\u00e9cule lors des campagnes militaires (le pillage, \u00e9videmment) et au retour acheter un m\u00e9tier \u00e0 faire des bas, qui lui assurera un revenu r\u00e9gulier si ce n\u2019est suffisant pour ne pas mourir de faim. Ou bien, s\u2019il est bless\u00e9 et invalide, devenir pensionn\u00e9 du Roi. Le roi de France a toujours besoin de plus d\u2019hommes de troupes, la guerre est une industrie, les soldats rien d\u2019autre que son mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mon train est parti<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;mon train est parti&nbsp;\u00bb&nbsp;: avec ou sans moi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moi, debout sur le quai, \u00e0 bout de souffle, qui vois deux yeux rouges s\u2019enfoncer dans la nuit&nbsp;? Forc\u00e9ment, c\u2019\u00e9tait le dernier train pour ***, il n\u2019y en aura pas d\u2019autre avant demain matin, 5h35 et il faut se trouver un endroit o\u00f9 passer la nuit. Ce ne sera pas dans cette gare de province&nbsp;: fini les salles d\u2019attente ferm\u00e9es et chauff\u00e9es, la chasse aux SDF est pass\u00e9e par l\u00e0&nbsp;; ne restent que quelques tabourets au milieu des courants d\u2019air. Super.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moi, qui suis dans ce train, o\u00f9 j\u2019ai pu trouver une place en coin fen\u00eatre (pas une si bonne id\u00e9e finalement, il n\u2019y a pas assez de place pour mettre ses jambes, mais au moins j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 avoir une place assise).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ou bien, moi qui ai r\u00e9ussi \u00e0 attraper ce train au dernier moment, et o\u00f9 je reste debout entre le porte-v\u00e9los, avec v\u00e9los, et la porte des toilettes, \u00e0 me dire qu\u2019il vaudrait mieux avancer un peu et se trouver une place sur les marches qui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019\u00e9tage&nbsp;; encore faudrait-il y acc\u00e9der&nbsp;; et se dire qu\u2019avec un peu de chance, quelques places assises se lib\u00e9reront au prochain arr\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et puis pourquoi ce \u00ab&nbsp;<em>mon<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>mon<\/em> train&nbsp;\u00bb&nbsp;? il ne m\u2019appartient pas. M\u00eame si SNCF-Connect m\u2019a propos\u00e9 (bouton de couleur sur lequel cliquer)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Achetez votre train&nbsp;\u00bb (il semble qu\u2019on ait rectifi\u00e9 r\u00e9cemment en \u00ab&nbsp;Achetez votre <em>billet<\/em> de train&nbsp;\u00bb)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quoique\u2026 il fut une \u00e9poque o\u00f9 on pouvait \u00eatre propri\u00e9taire d\u2019un train&nbsp;; une \u00e9poque et des lieux, ailleurs&nbsp;: je me souviens vaguement d\u2019un feuilleton t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 dont les h\u00e9ros, deux dandys justiciers, sillonnaient l\u2019Ouest am\u00e9ricain du XIXe si\u00e8cle \u00e0 bord de leur train priv\u00e9s, voitures richement et confortablement am\u00e9nag\u00e9es, velours rouge, verres et carafes de cristal, rideaux \u00e0 franges et pompons\u2026 \u00e7a existe peut-\u00eatre toujours, des propri\u00e9taires de r\u00e9seaux de voies ferr\u00e9es qui circulent dans leur train priv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Train qui part, qui est parti<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Train source in\u00e9puisable d\u2019histoires et de sc\u00e9narios<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trains qu\u2019on a manqu\u00e9 (en cas de catastrophe ferroviaire, il y a toujours un miracul\u00e9, qui a rat\u00e9 le train d\u2019un cheveu&nbsp;et fait le bonheur du localier&nbsp;: vous vous rendez compte, j\u2019aurais pu \u00eatre dans ce train&nbsp;!)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trains du dernier voyage pour une gare sans nom l\u00e0-bas, \u00e0 l\u2019est<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Train du plus secret conseil train de la po\u00e9sie train d\u2019AO Barnabooth<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trains machines \u00e0 voyager dans le temps, retours vers le pass\u00e9 avec Corto Maltese en Sib\u00e9rie avec Chihiro chez la sorci\u00e8re (l\u2019autre, la gentille, pas celle du ch\u00e2teau des esprit) regards vers le futur, dans le Transperceneige<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026 \u2026 \u2026<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Faire une fin<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>pour Jennifer<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">comment faire si votre clavier n\u2019a plus de point<br>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">restent<br>le &#8211;<br>le copi\u00e9-coll\u00e9<br>depuis la table des caract\u00e8res (SO Windows)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">si vous voulez absolument mettre un &nbsp;<em>point<\/em>&nbsp;&nbsp; final<br>et<br>si vous avez un clavier num\u00e9rique (je sais, tout le monde n\u2019en a pas)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">alors<br>enfoncez la touche Alt (maintenez la enfonc\u00e9e) et tapez 46 sur le pav\u00e9 num\u00e9rique<br>et voici&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\">un superbe (quoique peu visible) .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(je sais, il y a un point sur le clavier num\u00e9rique mais il se peut que &#8211; chaque fois que vous l&rsquo;utilisez &#8211;  il ne produise qu&rsquo;une virgule (affaire de r\u00e9glage pour le tableur)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">mais faut-il vraiment mettre un point final<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mort d\u2019une baleine Elle s\u2019\u00e9tait \u00e9chou\u00e9e sur la plage, mourante. Elle est morte avant que la temp\u00eate ne l\u2019emporte, la retourne et la red\u00e9pose sur la plage, un peu plus haut pr\u00e8s des dunes. Puis la mer s\u2019est retir\u00e9e. Les rares charognards encore vivants l\u2019ont d\u00e9charn\u00e9e et dig\u00e9r\u00e9e. La mer est revenue. D\u2019autres temp\u00eates l\u2019ont lav\u00e9e, les vents de sable <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-09-et-10-at-last\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #09 et #10 | at last&#8230;<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":701,"featured_media":221511,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8198,1],"tags":[],"class_list":["post-221510","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2026-09-10-finale-la-table-des-matieres","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221510","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/701"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=221510"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221510\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":221527,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221510\/revisions\/221527"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/221511"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=221510"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=221510"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=221510"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}