{"id":221666,"date":"2026-09-16T18:25:56","date_gmt":"2026-09-16T16:25:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=221666"},"modified":"2026-09-16T18:25:57","modified_gmt":"2026-09-16T16:25:57","slug":"01-arts-de-la-fiction-berlioz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/01-arts-de-la-fiction-berlioz\/","title":{"rendered":"# 01 arts de la fiction | Berlioz"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"667\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Capture-decran-du-2026-09-16-18-09-45-1024x667.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-221667\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">c\u2019est sous un arbre dont j\u2019ignore l\u2019essence, un saule un marronnier un tilleul je suis assis, le trottoir qui n\u2019est pas fait pour \u00e7a, assis l\u00e0 devant la rue \u2013 c\u2019est une all\u00e9e goudronn\u00e9e des caniveaux, deux, des trottoirs, deux, sans aucun int\u00e9r\u00eat ou aucune utilit\u00e9 \u2013 m\u2019en fous je suis l\u00e0 assis, \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance, personne ne va venir me dire de me lever, de ne pas stationner, personne ne dit rien, c\u2019est le silence, c\u2019est beau comme en septembre : les arbres roussissent, leurs feuilles se taisent, les nuages passent au ciel au travers des ramures, le vent, peut-\u00eatre quelque chose d\u2019autre des bruits d\u2019autos au loin, assis l\u00e0 et la surface des voies \u00e9pouse les mouvements de la terre, juste l\u00e0 o\u00f9 tous et toutes ont \u00e9t\u00e9 enfoui.es<br>\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ne pas stationner, ne pas rester l\u00e0 sans bouger sans rien dire, sans se manifester, au loin dans le temps mais pas l\u2019espace, il y a l\u00e0 des gens, je ne sais plus peut-\u00eatre cinquante qui peut savoir\u00a0? depuis tout le monde ou presque est parti disparu d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ou presque \u2013 ce n\u2019est pas un r\u00eave pas un r\u00eave c\u2019est perdu dans le temps, trop loin et puis l\u2019affect aussi, trop puissant trop lourd pr\u00e9gnant sensible marquant \u2013 les gens sont en habits fonc\u00e9s, le souvenir de brummel cette enseigne un pantalon gris fonc\u00e9 et une chemise noire, c\u2019est juillet, il fait chaud, on est l\u00e0, tous et toutes \u00e0 regarder ce type l\u00e0 \u00e0 \u00e9noncer des mots incompr\u00e9hensibles, \u00e7a ne veut rien dire mais je me souviens du calot de mon oncle, son fr\u00e8re, l \u2019un de ses deux fr\u00e8res, lui, R. (en vrai il s\u2019appelait C. et son deuxi\u00e8me pr\u00e9nom \u00e9tait Ruben) ses yeux bleus comme son calot, ses cheveux blonds et son sourire si pareil au sien, des gens inconnus, des amis sans doute, de la famille inconnue, des gens sous les arbres, des tilleuls peut-\u00eatre sur cette all\u00e9e, ces images-l\u00e0 qui me viennent avant de m\u2019endormir encore assez souvent \u2013 assez souvent en juillet<br>\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">en habits fonc\u00e9s, sous le pont bleu, mais c\u2019est une autre affaire \u2013 sans doute ai-je regrett\u00e9 de ne pas assister \u00e0 ceux de TNPPI mais j\u2019\u00e9tais loin, et elle est partie un jour de juillet aussi, un jour, un dix-sept j\u2019\u00e9tais \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re, et je passai devant cette chapelle o\u00f9 avaient \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es les images de Nan Goldin il y avait de \u00e7a un si\u00e8cle peut-\u00eatre (non pas un si\u00e8cle mais le si\u00e8cle d\u2019avant) et elle sur le drap jaune et ses cheveux fins et blancs de plus d\u2019un si\u00e8cle, elle \u00e9tait l\u00e0 si maigre si souple si simple elle \u00e9tait l\u00e0 ses yeux \u00e9taient ferm\u00e9s le drap mon baiser sur son front \u2013 froids les mots dits sans qu\u2019ils se sachent dits sans qu\u2019ils aient quelque \u00e9cho ou quelque raison droit sens joie et ga\u00eet\u00e9 \u2013 elle s\u2019en \u00e9tait all\u00e9e, adieu<br>\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">sous le pont bleu, une vingtaine de gens, des personnes, noires et blanches \u00e7a m\u2019a frapp\u00e9, &#8211; je n\u2019y avais pas vu ni sa s\u0153ur ni sa compagne (ses autres s\u0153urs, son fr\u00e8re non plus) \u2013 lui venait de l\u2019h\u00f4pital am\u00e9ricain (il avait toujours eu quelque chose de snob tu sais \u2013 il se savait condamn\u00e9 \u2013 mais ne le sommes-nous pas tous et toutes?) et en plaisantait comme il plaisantait de tout, \u00e0 chaque moment, il aimait \u00e0 plaisanter de tout, \u00e0 chaque moment, \u00e0 chaque courbure de la destin\u00e9e, il \u00e9tait l\u00e0, son aspect et sa posture, un grand mec, pr\u00e8s de deux m\u00e8tres, son quintal, son sourire qu\u2019il cachait dans sa main, lui, un de mes oncles\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">les images de Nan Goldin m\u2019ont toujours paru excessives, c\u2019est mon puritanisme sans doute, mais je n\u2019aime pas qu\u2019on maltraite les acteurs non plus que les actrices je n\u2019aime pas qu\u2019on s\u2019y emploie avec une esp\u00e8ce de volont\u00e9 consciente, une sorte de volont\u00e9 sadique et jouissive d&rsquo;elle m\u00eame, faire le vrai qui n\u2019est qu\u2019une illusion, je n\u2019aime pas Pialat pour \u00e7a, je n\u2019aime pas trop Preminger non plus (ils sont incomparables\u00a0: y a -t-il l\u00e0 quelque femme\u00a0? je ne crois pas, c\u2019est bizarre hein), ces choses qu\u2019on disait dans ma jeunesse ces \u00ab\u00a0quand le viol est in\u00e9vitable d\u00e9tends toi et profite\u00a0\u00bb qui nous faisaient un rire un peu jaun\u00e2tre ces \u00abquand tu rentres le soir, bats ta femme si tu ne sais pas pourquoi elle elle le sait\u00a0\u00bb cette fa\u00e7on de vivre et d\u2019\u00eatre des hommes, apprendre \u00e0 vivre voil\u00e0<br>\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un saule, un marronnier, un tilleul, assis l\u00e0 sur le trottoir je me souviens cette avenue qui passe devant moi, Berlioz s\u2019intitule-t-elle, je me souviens ce trottoir, ce type qui parle avec son calot sur la t\u00eate, son ch\u00e2le aux breloques, son habit noir, un gilet s\u00fbrement, ses lunettes s\u00fbrement, et ces mouchoirs, celui qu\u2019on veut mettre sur la t\u00eate de mon fr\u00e8re qui s\u2019en d\u00e9barrasse le prend le plie le fourre dans sa poche d\u2019un air exc\u00e9d\u00e9, je fais pareil, je lui souris, il me sourit, la bo\u00eete est l\u00e0, pos\u00e9e sur des tr\u00e9teaux s\u00fbrement, et puis on la mettra dans le trou, et puis on jettera quelques terres dessus, quelques fleurs peut-\u00eatre, avant \u00e7a, sa m\u00e8re l\u2019aura bais\u00e9e cette boite et il y a quelque chose que j\u2019ai aim\u00e9 dans son geste, et puis les gens viendront nous serrer la main, pr\u00e9sentant quelque chose comme des condol\u00e9ances je suppose, et puis les lunettes de soleil de mon oncle, celui-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019on mettra en terre vingt ou trente ans plus tard, quelque part par l\u00e0, cet oncle nous emm\u00e8nera (nous\u00a0: sa s\u0153ur et ses quatre enfants) dans sa berline bicolore dans le bois boire quelque chose de fort, parce que ces choses-l\u00e0 se laissent quelque part, ailleurs, afin de ne pas les garder avec soi \u00e0 la maison \u2013 son rire ses rides aux yeux son ventre et ses larmes cach\u00e9es son costume ses lunettes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code has-medium-gray-background-color has-background\"><code>une esp\u00e8ce de r\u00eave - \u00e9veill\u00e9 - tout est vrai comme d'habitude - tout est vrai dans les r\u00eaves, toujours toujours c'est pour \u00e7a qu'on les aime, et heureusement sans doute - peut-\u00eatre - probablement - on se r\u00e9veille - <\/code><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>c\u2019est sous un arbre dont j\u2019ignore l\u2019essence, un saule un marronnier un tilleul je suis assis, le trottoir qui n\u2019est pas fait pour \u00e7a, assis l\u00e0 devant la rue \u2013 c\u2019est une all\u00e9e goudronn\u00e9e des caniveaux, deux, des trottoirs, deux, sans aucun int\u00e9r\u00eat ou aucune utilit\u00e9 \u2013 m\u2019en fous je suis l\u00e0 assis, \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance, personne ne va <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/01-arts-de-la-fiction-berlioz\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># 01 arts de la fiction | 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