{"id":221677,"date":"2026-09-17T04:40:00","date_gmt":"2026-09-17T02:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=221677"},"modified":"2026-09-17T04:40:00","modified_gmt":"2026-09-17T02:40:00","slug":"arts-de-la-fiction-01-i-je-suis-sur-une-place","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-01-i-je-suis-sur-une-place\/","title":{"rendered":"arts de la fiction #01 I Je suis sur une place"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis sur une place \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 la rue du Ch\u00e2teau, la rue de l\u2019Eglise et la rue du Docteur Jones se\u00a0rejoignent. Je consulte ma montre. Il est t\u00f4t. \u00c0 ma gauche la mairie, un b\u00e2timent moderne au toit plat avec un rez-de-chauss\u00e9e vitr\u00e9. C\u2019est\u00a0l\u2019automne. Les platanes de\u00a0la rue du Ch\u00e2teau qui m\u00e8ne \u00e0 la gare roussissent. Le ciel est incertain. Il oscille entre le bleu et le gris. Je plisse les yeux. J&rsquo;aper\u00e7ois au milieu du carrefour deux enfants \u00e0 v\u00e9lo. Ils sont arr\u00eat\u00e9s,\u00a0me font de grands signes. Je les reconnais. Je m\u2019\u00e9tonne de les trouver si jeunes, si joyeux, si vivants. Ils ouvrent grand la bouche et me crient quelque chose que je ne comprends pas. Je m\u2019approche. Le carrefour est d\u00e9sert. Il n\u2019y a que nous trois. La petite fille se met debout en \u00e9quilibre sur\u00a0les p\u00e9dales de son v\u00e9lo. Le vent agite le noeud fix\u00e9 sur le plastron\u00a0de sa robe \u00e9cossaise. Ses chaussettes blanches tirebouchonnent sur des mocassins marrons \u00e0 pompons pointure 29. Elle plonge ses yeux dans les miens. Nous nous sourions. On dirait que je suis elle et qu\u2019elle est moi\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.. Je suis sur une place. Il est t\u00f4t. Un oiseau passe dans le ciel. Je plisse les yeux. Le\u00a0gar\u00e7on actionne la b\u00e9quille de son v\u00e9lo, il l\u00e2che le guidon, rejette la t\u00eate en arri\u00e8re. Ses cheveux coup\u00e9s en brosse dessinent un ovale presque parfait.\u00a0Je remarque qu\u2019il a perdu ses dents de lait et que ses dents d\u00e9finitives sont trop grandes pour sa bouche d\u2019enfant. Il murmure quelque chose \u00e0 l\u2019oreille de la fillette. Elle arrondit les sourcils, se penche vers l\u2019avant. Ses cheveux noirs balaient\u00a0son visage.\u00a0Le contraste avec sa peau blanche est si grand qu\u2019il en efface les couleurs \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.. Un oiseau passe dans le ciel. C\u2019est l\u2019automne. Je suis sur une place. Je regarde une sc\u00e8ne en noir et blanc : deux enfants, un carrefour d\u00e9sert, une mairie, des platanes. Il est t\u00f4t. Je ne sais pas si je fais partie de la sc\u00e8ne. Je plisse les yeux. La lumi\u00e8re r\u00e9v\u00e8le de minuscules d\u00e9tails que je ne voyais pas auparavant : la cro\u00fbte sur le genou droit de la fillette, la cicatrice qui barre le front du gar\u00e7on, les taches de rousseur qui illuminent le bout de leur nez et le brillant des sonnettes en chrome de leurs v\u00e9los quand tout \u00e0 coup&nbsp;un homme surgit en courant \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..&nbsp;Je l\u00e8ve la t\u00eate. Je plisse les yeux. Les&nbsp;couleurs sont revenues.&nbsp;L\u2019homme traverse la place de la mairie. Il court&nbsp;en direction de la gare. Son pardessus beige vole derri\u00e8re lui. Le gilet bleu marine de son costume trois pi\u00e8ces&nbsp;se tend sur sa poitrine et rebondit&nbsp;au rythme de sa respiration qui acc\u00e9l\u00e8re. Sa cravate bordeaux sort de son pantalon, lui cingle le visage. Les enfants sont immobiles. Seuls&nbsp;leurs yeux suivent la silhouette de l\u2019homme qui longe&nbsp;un mur sur lequel est \u00e9crit en&nbsp;rouge : \u00ab Cours ! &nbsp;ton patron t\u2019attend ! \u00bb. L\u2019homme lit les mots. Il repart&nbsp;en courant de plus belle \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026 C\u2019est l\u2019automne. Bruits de klaxons. Je suis sur une place. La ville se r\u00e9veille. Les cloches de l\u2019\u00e9glise sonnent. Les rues se remplissent de cris, de rires. Un train passe\u00a0en contrebas. Des voitures klaxonnent. Un chien aboie au loin. Le gar\u00e7on enfourche son v\u00e9lo. Il p\u00e9dale vers la rue du Docteur Jones, se retourne une derni\u00e8re fois, agite la main pour dire au revoir \u00e0 la fillette qui lui r\u00e9pond. Il lui sourit avant de dispara\u00eetre.\u00a0Les pompons de mes mocassins marrons pointure 38 s\u2019agitent comme des grelots \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..&nbsp;Je suis sur une place. C\u2019est l\u2019automne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis sur une place \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 la rue du Ch\u00e2teau, la rue de l\u2019Eglise et la rue du Docteur Jones se\u00a0rejoignent. Je consulte ma montre. Il est t\u00f4t. \u00c0 ma gauche la mairie, un b\u00e2timent moderne au toit plat avec un rez-de-chauss\u00e9e vitr\u00e9. C\u2019est\u00a0l\u2019automne. Les platanes de\u00a0la rue du Ch\u00e2teau qui m\u00e8ne \u00e0 la gare roussissent. Le ciel <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-01-i-je-suis-sur-une-place\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">arts de la fiction #01 I Je suis sur une place<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":555,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8202,8203,1],"tags":[],"class_list":["post-221677","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-saison-2026-2027-arts-de-la-fiction-le-cycle-hebdo","category-arts-de-la-fiction-01-michel-butor-marche-sur-une-plage","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221677","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/555"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=221677"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221677\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":221684,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221677\/revisions\/221684"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=221677"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=221677"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=221677"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}