{"id":221787,"date":"2026-09-19T07:29:00","date_gmt":"2026-09-19T05:29:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=221787"},"modified":"2026-09-19T07:36:33","modified_gmt":"2026-09-19T05:36:33","slug":"arts-de-la-fiction-01-le-baiser-de-la-mort","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-01-le-baiser-de-la-mort\/","title":{"rendered":"arts de la fiction #01 | Le baiser de la mort"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis dans un bureau&nbsp;; il est cinq heures du matin. C\u2019est bien un bureau. J\u2019ai un ordinateur devant moi. Je n\u2019ose le toucher, je sens mes mains sur mes cuisses. Sur ma gauche se trouve une grosse imprimante. Je suis bien dans un bureau. En chemise de nuit et pieds nus. Je me sens \u00e0 la fois tr\u00e8s libre et tr\u00e8s vuln\u00e9rable. En face de moi une vitre rendue opaque par un nuage, ou du brouillard, quelque chose de blanc, de vaporeux et de familier. Je pense&nbsp;: on doit \u00eatre en automne. Ce doit \u00eatre du brouillard de Garonne. Le bureau est bien chauff\u00e9 car, malgr\u00e9 ma tenue l\u00e9g\u00e8re, je n\u2019ai pas froid. J\u2019ai m\u00eame plut\u00f4t chaud. Des gouttes coulent de mon front sur mes joues&nbsp;: de la sueur ou des larmes ou les deux m\u00eal\u00e9es. Sur la droite une grosse horloge, genre comtoise, dont la pr\u00e9sence semble incongrue au milieu de ce mobilier moderne. Sa grande aiguille saute de minute en minute. Elle marque un peu plus de cinq heures et je ne prends mon poste de travail qu\u2019\u00e0 huit heures. Le temps galope, je sais que j\u2019ai quelque chose de capital \u00e0 faire, mais je ne sais pas quoi. Passe une silhouette devant la fen\u00eatre. J\u2019aper\u00e7ois Paul\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">une grosse horloge, genre comtoise. Je suis transport\u00e9e chez ma grand-m\u00e8re. Je monte l\u2019escalier de service en pas de vis qui permet d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la porte de son appartement. \u00c0 travers la vitre d\u00e9polie de la porte, j\u2019aper\u00e7ois un nuage de fum\u00e9e. Du feu\u00a0! Je d\u00e9gringole les marches et cours vers les entrep\u00f4ts de mon entreprise. Je cours longtemps, je suis dans le brouillard, le chemin est caillouteux et blesse mes pieds. \u00c7a y est, j\u2019y suis presque. J\u2019aper\u00e7ois Paul, mon fils Paul. Qu\u2019est-ce qu\u2019il fait l\u00e0, je le croyais en Tha\u00eflande\u00a0? Est-ce qu\u2019il serait d\u00e9j\u00e0 revenu de son voyage\u00a0? \u00c0 l\u2019instant o\u00f9 je veux l\u2019embrasser, il dispara\u00eet. Il a d\u00fb entrer dans les entrep\u00f4ts. Je cours apr\u00e8s lui, je ne le vois pas. Je suis envelopp\u00e9e de fum\u00e9e. La chaleur est insupportable, j\u2019arrache ma chemise de nuit. Une odeur \u00e2cre me prend \u00e0 la gorge, mes yeux piquent et pleurent. Je distingue les rayons de stock, remplis de cartons. L\u00e0 les shampoings, l\u00e0 les gels douche, l\u00e0 les cr\u00e8mes solaire\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">la chaleur est insupportable. Je vois des flammes. Il y a un d\u00e9but d\u2019incendie. Je cherche une issue, je vais d\u2019un c\u00f4t\u00e9, de l\u2019autre.\u00a0Toutes les portes sont verrouill\u00e9es. Des cr\u00e9pitements, et plusieurs explosions. Paul, c\u2019est toi Paul\u00a0? Une partie du plafond tombe tout pr\u00e8s de moi. Le feu se rapproche, je le vois ramper sur le sol comme un \u00eatre malfaisant. C\u2019est fascinant et tellement beau, la Tha\u00eflande. Rouge, orang\u00e9e, bleut\u00e9e, c\u2019est ma mort qui s\u2019avance. Les flammes me l\u00e8chent les jambes, je me d\u00e9bats. Je mets mes bras autour de mon visage pour le prot\u00e9ger. Il me faut de la cr\u00e8me solaire pour calmer le feu\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026Paul, c\u2019est toi Paul&nbsp;? Une grande flamme longue, molle et caressante, mielleuse \u00e0 souhait, \u00e9carte mes bras. Elle m\u2019enveloppe et prend ma bouche. Elle, boit ma vie entre mes l\u00e8vres. C\u2019est un baiser de feu. J\u2019ai froid jusque dans mes ongles, peur jusque dans mes os et en m\u00eame temps ma bouche, mon ventre br\u00fblent, s\u2019offrent \u00e0 la flamme comme s\u2019ils acceptaient cet in\u00e9luctable, c\u00e9daient, dans la volupt\u00e9, \u00e0 cette volont\u00e9 maligne. C\u2019est, c\u2019est\u2026, le baiser de la mort&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis dans un bureau&nbsp;; il est cinq heures du matin. C\u2019est bien un bureau. J\u2019ai un ordinateur devant moi. Je n\u2019ose le toucher, je sens mes mains sur mes cuisses. Sur ma gauche se trouve une grosse imprimante. Je suis bien dans un bureau. En chemise de nuit et pieds nus. Je me sens \u00e0 la fois tr\u00e8s libre <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-01-le-baiser-de-la-mort\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">arts de la fiction #01 | Le baiser de la mort<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":670,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8202,8203],"tags":[],"class_list":["post-221787","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-saison-2026-2027-arts-de-la-fiction-le-cycle-hebdo","category-arts-de-la-fiction-01-michel-butor-marche-sur-une-plage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221787","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/670"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=221787"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221787\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":221791,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221787\/revisions\/221791"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=221787"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=221787"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=221787"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}