{"id":221932,"date":"2026-09-20T13:19:24","date_gmt":"2026-09-20T11:19:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=221932"},"modified":"2026-09-20T13:19:25","modified_gmt":"2026-09-20T11:19:25","slug":"chroniques-9-10-roses-sauvages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-9-10-roses-sauvages\/","title":{"rendered":"#chroniques #9 #10 | roses sauvages"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Roses sauvages<\/strong>. Je pensais \u00e0 la simplicit\u00e9 des roses sauvages, \u00e0 leur corolle de quatre ou cinq p\u00e9tales tranquillement dispos\u00e9s autour d\u2019un noyau d\u2019\u00e9tamines jaunes. Je pensais \u00e0 la fra\u00eecheur des roses sauvages \u00e9panouies en buissons dans une pente. Je pensais au c\u0153ur ouvert des roses sauvages, expos\u00e9 au butinage vorace, aux pluies drues de la fin d\u2019\u00e9t\u00e9. Et je pensais que si les roses que j\u2019avais photographi\u00e9es dans le jardin de Candes n\u2019\u00e9taient pas sauvages elles avaient quelque chose d\u2019irr\u00e9ductible qui les rapprochait des fleurs sauvages. \u00c0 l\u2019inverse des trois jardiniers qui peignaient des roses en rouge pour satisfaire leur Reine cruelle, j\u2019avais retir\u00e9 de leur chair la couleur exub\u00e9rante de leurs p\u00e9tales. Le noir et blanc des photos soulignait mieux la disposition de leurs plis, l\u2019enfouissement secret de leur c\u0153ur. Avec cette d\u00e9coloration il me semblait qu\u2019on pr\u00eatait plus attention \u00e0 l\u2019enroulement des p\u00e9tales, \u00e0 l\u2019amorce des fl\u00e9trissures, \u00e0 la sophistication naturelle des roses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Approfondissement des heures.<\/strong> Il \u00e9tait certain qu\u2019il y avait mati\u00e8re \u00e0 fouiller dans la profondeur des heures. Il fallait juste se mettre \u00e0 creuser avec le s\u00e9rieux d\u2019un biologiste muni d\u2019un microscope. La mati\u00e8re se d\u00e9multipliait alors en milliers de particules invisibles \u00e0 nos yeux seulement humains. L\u00e0, peut-\u00eatre le temps aussi se d\u00e9plierait, on \u00e9couterait l\u2019\u00e9gr\u00e9nement des secondes-battements de c\u0153ur. Mais avec quel instrument plonger entre deux pulsations&nbsp;? D\u2019abord l\u2019attention, l\u2019\u00e9coute patiente pour me glisser dans les fractions du temps sans crainte de tomber dans une faille. Je saurais peut-\u00eatre aussi entre deux mots entendre le silence et toutes les voix chuchot\u00e9es ou tues qui le tapissent. Je me risquerais \u00e0 ce ralentissement en tentant la <em>dangereuse aventure d\u2019\u00e9crire<\/em> avec les mots et leurs interstices. Pressentant que guetter les voix tues ou disparues est une chose, mais percevoir le vide entre les mots donne un autre vertige. Puis une autre heure r\u00e9sonnerait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jasmin<\/strong>. Tristesse des jasmins, leur odeur d\u2019encens. Ton visage marquait autant l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 que la douleur. Nous \u00e9tions choqu\u00e9es par la nouvelle. Son sourire traversait et retraversait sans cesse nos esprits. Son grand sourire incompatible avec la mort. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner nous avons march\u00e9 le long de l\u2019ancienne voie ferr\u00e9e de la petite ceinture. Le soleil br\u00fblait. On avan\u00e7ait contre un muret dont l\u2019ombre \u00e9troite ne nous prot\u00e9geait pas. Apr\u00e8s t\u2019avoir quitt\u00e9e, je suis entr\u00e9e dans le Square Charles P\u00e9guy. J\u2019ai regard\u00e9 les catalpas en fleurs pr\u00e8s de l\u2019aire des jeux d\u2019enfants. En grimpant sur les gradins en demi-cercle, j\u2019ai observ\u00e9 deux immeubles qui \u00e9mergent de la verdure, fa\u00e7ade cr\u00e8me contre fa\u00e7ade brique, les angles coup\u00e9s de leurs fen\u00eatres, une impression art d\u00e9co dans l\u2019assemblage des volumes sous le bleu implacable du ciel. Il y avait quelque chose d\u2019irr\u00e9el dans ce jardin o\u00f9 je ne connaissais pas. J\u2019en ai fait plusieurs fois le tour. Comme pour \u00e9puiser ma peine. Sur la plus haute terrasse, \u00e0 l\u2019ombre de grands arbres, une odeur lourde m\u2019a assaillie. Je me suis approch\u00e9e des buissons de jasmins grimpant sur un grillage pour respirer le parfum \u00e2cre et doux de leurs petites fleurs blanches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le miracle des feuilles<\/strong>. J\u2019ai connu moi aussi le miracle des feuilles. Et je n\u2019aurai jamais assez d\u2019amour ni de reconnaissance pour les arbres, pour leurs feuillages bruissants, pour le vent l\u2019\u00e9t\u00e9 dans les peupliers. J\u2019avais \u00e9crit ici m\u00eame sur cette plate-forme Tiers Livre <em><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/miracle-des-feuilles\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/miracle-des-feuilles\/\">Miracle des feuilles<\/a><\/em>. En le relisant aujourd\u2019hui j\u2019\u00e9prouve toujours cette glaciation d\u2019enfance, ce froid o\u00f9 se fige le geste d\u2019\u00e9crire, les paroles gel\u00e9es qui envahissent la t\u00eate, l\u2019h\u00e9b\u00e9tude et les errances plus tard. Il s\u2019agit v\u00e9ritablement d\u2019un miracle quand on ne sait pas ce qui a pu se passer pour que le sang de la vie recommence \u00e0 battre. Le miracle s\u2019est produit et on le constate en regardant le fr\u00e9missement des feuilles. En relisant ce texte aujourd\u2019hui je me demande si je pourrais\u00a0 remplacer <em>il<\/em> par <em>elle<\/em> et <em>elle<\/em> par <em>je<\/em>. Mais je ne le ferai pas, je pr\u00e9f\u00e8re garder tel qu\u2019il est ce personnage, ce jeune homme \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui essaie de traverser mes entraves.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Roses sauvages. Je pensais \u00e0 la simplicit\u00e9 des roses sauvages, \u00e0 leur corolle de quatre ou cinq p\u00e9tales tranquillement dispos\u00e9s autour d\u2019un noyau d\u2019\u00e9tamines jaunes.  <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/chroniques-9-10-roses-sauvages\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#chroniques #9 #10 | roses sauvages<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":48,"featured_media":221929,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8106,8198],"tags":[],"class_list":["post-221932","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2026-chroniques","category-ete-2026-09-10-finale-la-table-des-matieres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221932","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/48"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=221932"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221932\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":221942,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/221932\/revisions\/221942"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/221929"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=221932"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=221932"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=221932"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}