{"id":222013,"date":"2026-09-20T18:59:03","date_gmt":"2026-09-20T16:59:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222013"},"modified":"2026-09-20T19:03:43","modified_gmt":"2026-09-20T17:03:43","slug":"arts-de-la-fiction-01-assis-contre-un-arbre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-01-assis-contre-un-arbre\/","title":{"rendered":"#arts de la fiction #01 |\u00a0assis contre un arbre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis assis au pied d\u2019un arbre. Mon dos repose sur la base du tronc. C\u2019est un arbre large et confortable, l\u2019\u00e9corce est compos\u00e9e d\u2019\u00e9cailles chaudes et douces. Devant moi, mes pieds font l\u2019\u00e9ventail \u00e0 10&nbsp;h&nbsp;10. Mes pieds sont inertes, ils ne sont anim\u00e9s d\u2019aucune volont\u00e9 de bouger. Ils ne sont pas compl\u00e8tement immobiles, ils passent \u00e0 12&nbsp;h&nbsp;15, \u00e0 8&nbsp;h&nbsp;5. Ils se fichent du temps, ils font ce qu\u2019ils veulent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Devant moi, une clairi\u00e8re baign\u00e9e d\u2019un soleil de printemps. Ou d\u2019automne. Un soleil qui ne rend pas l\u2019air \u00e9touffant, un soleil qui chauffe juste assez l\u2019air pour que moi et mes pieds, nous nous sentions bien. Pas un soleil d\u2019hiver non plus. \u00c0 une dizaine de m\u00e8tres, la for\u00eat est plus dense et la lumi\u00e8re du soleil n\u2019y p\u00e9n\u00e8tre pas. Mon regard se perd dans le noir, il se perd sous les arbres dans une nuit d\u2019ailleurs. L\u00e0-bas, c\u2019est ailleurs. Moi, ici, je suis assis au pied d\u2019un arbre dans la clart\u00e9 d\u2019une journ\u00e9e ensoleill\u00e9e et j\u2019attends que mes pieds aient envie de bouger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9tais avec un groupe d\u2019amis et nous nous promenions dans la for\u00eat. Je servais de guide parce que je la connaissais bien cette for\u00eat. C\u2019est une for\u00eat que je traversais quand j\u2019\u00e9tais enfant pour aller directement au village depuis la maison de mon grand-p\u00e8re. Je croyais que je la connaissais, cette for\u00eat, mais je m\u2019y suis perdu. Mes amis se sont moqu\u00e9s de moi quand je leur ai dit que je ne reconnaissais plus le chemin. Ce n\u2019\u00e9tait pas m\u00e9chant, ils ont juste rigol\u00e9 d\u2019un air entendu. \u00c7a m\u2019a un peu vex\u00e9, mais ils n\u2019avaient pas tort, je ne sais pas comment j\u2019ai pu nous perdre dans cette for\u00eat que je connaissais par c\u0153ur quand j\u2019allais au village pour ramener du pain \u00e0 mon grand-p\u00e8re. Du coup, je leur ai dit que j\u2019\u00e9tais fatigu\u00e9 et que j\u2019allais m\u2019asseoir au pied de cet arbre pour r\u00e9cup\u00e9rer. Sur le moment, je n\u2019\u00e9tais pas fatigu\u00e9, j\u2019avais dit \u00e7a parce que j\u2019\u00e9tais un peu vex\u00e9. Ils m\u2019ont dit qu\u2019ils retrouveraient leur chemin tout seuls et qu\u2019ils m\u2019attendraient au village. J\u2019ai dit d\u2019accord. Je me suis assis et ils ont disparu dans la nuit de la for\u00eat. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai entendu un oiseau chanter un dr\u00f4le d\u2019air, un air que j\u2019avais entendu \u00e0 la radio \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis assis et mes amis ont disparu dans la nuit de la for\u00eat. Il y a un curieux silence, un peu comme quand on se met du coton dans les oreilles. Un silence forc\u00e9. Au d\u00e9but, je n\u2019\u00e9tais pas fatigu\u00e9, mais mes pieds ont subitement d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019\u00eatre. Ils ont d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019ils avaient besoin de se reposer et ils ont profit\u00e9 du fait que j\u2019\u00e9tais assis contre cet arbre pour flemmarder, explorant avec lenteur l\u2019espace autour de mes chevilles. Je me suis dit qu\u2019ils pouvaient bien faire ce qu\u2019ils voulaient. Je me suis dit que j\u2019allais en faire autant. J\u2019ai regard\u00e9 autour de moi et je n\u2019ai rien vu d\u2019autre que la clairi\u00e8re baign\u00e9e de soleil derri\u00e8re laquelle la for\u00eat se prolongeait dans le noir. Je regarde au-dessus de ma t\u00eate et, chose curieuse, je n\u2019arrive pas \u00e0 voir les branches de l\u2019arbre. Il y a comme une ombre qui est dispos\u00e9e au-dessus de ma t\u00eate m\u2019emp\u00eachant de distinguer le haut de l\u2019arbre. Comme si la nuit \u00e9tait tomb\u00e9e sur le sommet de l\u2019arbre, mais pas en bas, l\u00e0 o\u00f9 je suis assis. Une partie de l\u2019arbre baigne dans un soleil de printemps ou d\u2019automne et une autre partie est plong\u00e9e dans une nuit noire. Je me suis dit que mes yeux aussi doivent \u00eatre fatigu\u00e9s, comme mes pieds. J\u2019entends bramer un cerf, on aurait dit qu\u2019il voulait me dire quelque chose \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis dit que je devais \u00eatre fatigu\u00e9 et que je commen\u00e7ais \u00e0 avoir des hallucinations. C\u2019est alors que je me suis rendu compte qu\u2019il n\u2019y avait aucun bruit dans cette for\u00eat. Ce n\u2019est pas normal une for\u00eat silencieuse, quel que soit le moment de la journ\u00e9e ou de la nuit. Il y a les bruits de la journ\u00e9e, ceux du petit matin, ceux du soir aussi, et puis il y a les bruits de la nuit qui sont diff\u00e9rents, mais il n\u2019y a jamais de r\u00e9el silence dans une for\u00eat. Dans cette for\u00eat, que je connaissais si bien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 cet instant pr\u00e9cis que je me suis lev\u00e9. Au d\u00e9but, j\u2019avais peur que mes pieds ne veuillent en faire qu\u2019\u00e0 leur t\u00eate, mais mes pieds n\u2019ont pas de t\u00eate et, en plus, ils sont plut\u00f4t conciliants. Je me l\u00e8ve, donc, et je me dis que je vais rejoindre mes amis au village. Je traverse la clairi\u00e8re encore ensoleill\u00e9e et c\u2019est l\u00e0 que je vois la maison de mon grand-p\u00e8re. Je m\u2019\u00e9tais perdu juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la maison de mon grand-p\u00e8re. Je me dis que c\u2019est \u00e9trange, mais je me dis aussi qu\u2019il n\u2019y a pas que mes pieds et mes yeux qui \u00e9taient fatigu\u00e9s, ma m\u00e9moire devait l\u2019\u00eatre aussi. Je me dis que mes souvenirs avaient eu besoin de se reposer eux aussi et qu\u2019ils l\u2019avaient fait alors que j\u2019\u00e9tais assis au pied de l\u2019arbre. Ma m\u00e9moire revenue, je me dirige vers la maison de mon grand-p\u00e8re et je toque \u00e0 la porte. J\u2019entends mon grand-p\u00e8re me crier d\u2019attendre, qu\u2019il arrive, qu\u2019il m\u2019attendait \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019entends aucune r\u00e9ponse. Le silence. Je me dis que c\u2019est curieux parce que mon grand-p\u00e8re quitte rarement sa maison, surtout quand il sait que je dois passer. Je me dis qu\u2019il a peut-\u00eatre oubli\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce moment que la porte s\u2019ouvre. Sans un bruit, ce qui n\u2019est pas normal parce que la porte de la maison de mon grand-p\u00e8re a toujours grinc\u00e9 et l\u00e0, elle ne grince plus. Je vois mes amis, ceux qui m\u2019avaient laiss\u00e9 au pied de l\u2019arbre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la clairi\u00e8re, sortir un par un en file indienne. Ils ont la mine triste et ils sont habill\u00e9s comme pour un enterrement. Je me dis que c\u2019est un enterrement. Je me dis que c\u2019est l\u2019enterrement de mon grand-p\u00e8re et \u00e7a me rend triste. Mais je vois mon grand-p\u00e8re sortir \u00e0 son tour. Je lui demande en passant devant moi, s\u2019il sait ce qu\u2019il se passe et qui on enterre. Il me r\u00e9pond que c\u2019est mon enterrement \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne me r\u00e9pond pas, comme s\u2019il ne m\u2019avait pas entendu. Comme si personne ne m\u2019avait entendu. Je les regarde quitter la maison de mon grand-p\u00e8re en procession. Je traverse \u00e0 nouveau la clairi\u00e8re ensoleill\u00e9e et je vais m\u2019asseoir au pied de l\u2019arbre.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me sens fatigu\u00e9 tout d\u2019un coup.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis assis au pied d\u2019un arbre. Mon dos repose sur la base du tronc. C\u2019est un arbre large et confortable, l\u2019\u00e9corce est compos\u00e9e d\u2019\u00e9cailles chaudes et douces. Devant moi, mes pieds font l\u2019\u00e9ventail \u00e0 10&nbsp;h&nbsp;10. Mes pieds sont inertes, ils ne sont anim\u00e9s d\u2019aucune volont\u00e9 de bouger. 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