{"id":222088,"date":"2026-09-26T17:22:07","date_gmt":"2026-09-26T15:22:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222088"},"modified":"2026-09-26T17:32:01","modified_gmt":"2026-09-26T15:32:01","slug":"arts-de-la-fiction-02-burscough-bridge-2005","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-burscough-bridge-2005\/","title":{"rendered":"arts de la fiction #02 | Burscough Bridge, 2005\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/arts-de-la-fiction-02-_-Burscough-Bridge-2005-4.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 arts de la fiction #02 _ Burscough Bridge, 2005.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3beb2ca2-6fb6-448b-bc0e-5c626da18f4d\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/arts-de-la-fiction-02-_-Burscough-Bridge-2005-4.pdf\">arts de la fiction #02 _ Burscough Bridge, 2005<\/a><a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/arts-de-la-fiction-02-_-Burscough-Bridge-2005-4.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3beb2ca2-6fb6-448b-bc0e-5c626da18f4d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soleil au z\u00e9nith \u00e9clot d\u2019un \u00e9t\u00e9 doux quand il lui faut deux pouss\u00e9es nerveuses pour ouvrir la vieille porte de bois noire raclant le dallage de terre cuite, le visage rougi par la vapeur, perl\u00e9 sous ses cheveux blonds mouill\u00e9s, me rejoignant, d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat \u00e0 partir mais encore allong\u00e9 sur le matelas double, jet\u00e9 \u00e0 m\u00eame le sol de la rotonde construite par un grand-p\u00e8re inconnu, couche entour\u00e9 de trois \u00e9tablis en fer \u00e0 cheval, formant des segments contre les arcs de cercles de la paroi, disposition peu fonctionnelle dont la frustration est \u00e0 peine att\u00e9nu\u00e9e par la distraction qu\u2019offre les tables tachet\u00e9s de peintures, remplies de brosses, de pinceaux en pots de verre et d\u2019assiettes en c\u00e9ramiques empil\u00e9es plus ou moins abouties, peintes par la main de sa survivante qui avant de quitter l\u2019atelier rangeait ses tubes et ses pots de peintures d\u00e9sormais secs dans les creux laiss\u00e9s entre les briques le long des deux fen\u00eatres, longtemps avant que le bruit des pi\u00e8ces, du film plastique d\u2019une cartouche qu\u2019on d\u00e9chire, le clapet nerveux d\u2019un portable, le frottement de clefs train\u00e9es sur la table, le cliquetis d\u2019une puis d&rsquo;une seconde fermeture-\u00e9clair de sacs-bananes et le bruit d&rsquo;un trajet emplissant la pi\u00e8ce circulaire o\u00f9 se fait ou\u00efr des noms de villes et de jours formant des arguments puis une vision n\u00e9buleuse de ce qui n\u2019est encore qu\u2019une s\u00e9ance d\u2019accordage entre deux jeunes adultes o\u00f9 l\u2019instrument donnant le la est encore cherch\u00e9, tandis qu\u2019au fond, encore derri\u00e8re cela, se joue un mouvement plus lent de nature plastique et bien plus d\u00e9terminant, celui des corps et \u00e2mes luttant dans un magma balay\u00e9 par des mouvements surpuissants aspirants au fond et orientant ce qui est visible et pensable \u00e0 la surface de sorte \u00e0 d\u00e9terminer ce que chacun sera capable de voir et de vivre, de respirer et d\u2019embrasser, de manger et de plaindre, de maudire et de caresser depuis des si\u00e8cles et si\u00e8cles et laisse penser \u00e0 des jeunes partants allong\u00e9s sur des matelas \u00e0 m\u00eame le sol s\u2019il existe parmi les univers parall\u00e8les et s\u2019ils sont une version damn\u00e9e ou b\u00e9nie par rapport aux autres versions d\u2019eux-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quitter sans pr\u00e9venir ce lieu \u00e0 vingt kilom\u00e8tres de Liverpool, aux origines romaines et vikings, constitution partag\u00e9 en un Nord et un Sud par un canal, agglom\u00e9ration \u00e0 la croissance r\u00e9ticente, villageois malgr\u00e9 sa classification de ville, aux cinq cents m\u00e8tres de route entour\u00e9e de maisons en briques rouges avec des baies vitr\u00e9es en menuiseries blanches donnant sur le jardin de devant, distance entre le pont, peut-\u00eatre con\u00e7u apr\u00e8s la ligne de chemins de fer et la route, conciliant un acc\u00e8s aux rues parall\u00e8les qui s\u2019enfoncent dans d\u2019autres quartiers de maisons \u00e0 briques rouges, d\u00e9bouchant comme par obligation et par d\u00e9pit sur des rues qu\u2019elle n&rsquo;int\u00e8gre pas de mani\u00e8re convaincante, imposant aux conducteurs des mont\u00e9es en \u00e9pingle \u00e0 gauche et \u00e0 droite \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du pont, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du demi-kilom\u00e8tre, un point de d\u00e9part, la petite maison aux poutres noires et murs blancs aux trottoir \u00e9troit, avant que la route ne prenne son \u00e9lan, bien amont du pont, pour amener ceux qui vont \u00e0 Burscough North au-dessus des deux voies, et inviter les autres, une fois avoir mont\u00e9s au point o\u00f9 un hypoth\u00e9tique fil \u00e0 plombs lanc\u00e9 par dessus le parapet toucherait le quai en dessous, \u00e0 traverser la route pour descendre, un apr\u00e8s l\u2019autre, un escalier blanc aux rambardes bleues donnant sur un quai avec un auvent en taule, sous lequel deux panneaux d\u2019affichage, le premier en papier indiquant une arriv\u00e9e toutes les heures et quart, et le second, num\u00e9rique accroch\u00e9 au auvent indique le temps d\u2019attente, et juste l\u00e0 dessous, imaginer deux nouvelles attentes d\u2019un d\u00e9part, sans anticipation, sans ressenti de frustration et, si elle existe, elle coule encore dans un d\u00e9dale souterrain, dans un hors sc\u00e8ne qui nourrit des attentes sur la vie et dont la col\u00e8re et le ressentiment affectera les autres et soi, attentes d\u00e9pli\u00e9es en petites facettes tendues vers ces lieux inconnus, pour bouger, tourner, voir les environs, m\u00eame si pour les subir promptement et surtout qu\u00eate a priori puisque le sentiment de l\u2019attente, ni ennui, ni anticipation, n\u2019est pas reconstituable autrement que par l\u2019imagination d\u2019un d\u00e9sir flou de vivre min\u00e9 par la passivit\u00e9 et le d\u00e9sinvestissement o\u00f9 tout s\u2019y vaut : partir maintenant ou attendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, partir ailleurs, peu importe o\u00f9 du moment du revenir pour le d\u00e9part, gravir les marches en sens inverse et traverser le pont, toute sa vie rythm\u00e9e par ce ciel bleu vide, ce soleil faible, les asp\u00e9rit\u00e9s des lichens candelariales jaunes, des mycoblastaceae blanches et vertes, des lecanora muralis et dans la descente du pont devant le Bridge Pub des xanthoria elegans aux thalles rouges ressenties de la pulpe des doigts fr\u00f4lant d\u2019un geste leste le parapet de pierres bossel\u00e9es appareill\u00e9es en ashlar sous une couvertine \u00e9paisse offrant une gratification sensorielle \u00e0 la question des formes acceptables de l\u2019attente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le b\u00e2timent en brique de deux \u00e9tages et trois entr\u00e9es &#8211; une par la rambarde en ferraille directement dans la descente avant la fin du pont, c\u00f4t\u00e9 cour en faisant le tour du rond point en bas de la descente et \u00e0 l\u2019acc\u00e8s jardin o\u00f9 il faut passer sur rev\u00eatement de sol vert gazon et une demi-douzaine de tables entour\u00e9es d\u2019une cloison en bois, \u00e0 la fonction annonc\u00e9e par un panneau rouge \u00e0 l\u2019encadrement et l\u2019\u00e9criture noire sur une fa\u00e7ade blanche descendant sur l\u2019entr\u00e9e ou un chevalet annonce les \u00e9v\u00e9nements de la semaine entre musique live, Quiz du lundi, billard gratuit du jeudi ou karaok\u00e9 du vendredi, avec l\u2019absence de nuit \u00e9tudiante, et apr\u00e8s un petit bar \u00e0 droite avec quelques tireuses chrom\u00e9es, un match de foot sur Sky Sports, l\u2019\u00e9cho du stade r\u00e9sonnant par dessus les quelques tables au centre, l\u2019escalier montant au second \u00e9tage et le mur oppos\u00e9 o\u00f9 se trouvent les <em>gents<\/em>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nouveaut\u00e9 et l\u2019ancien s\u2019accorde puisqu\u2019aucune r\u00e9sistance ne s\u2019oppose \u00e0 l\u2019adoption des nouvelles technologies de m\u00e9diatisation, de communication, de surveillance et de divertissement, permettant \u00e0 deux \u00e9trangers de regarder un match de foot o\u00f9 jouent deux \u00e9quipes inconnues en buvant un cidre de poire Bulmers ou une demi pinte de Guinness tandis que des personnes \u00e2g\u00e9es entrent et saluent avec cette courtoisie de village, cette politesse qui d\u00e9note la coutume et donne cette marque de cachet qu\u2019est le \u201ctraditional feel\u201d d\u2019un pub hyperbranch\u00e9, exp\u00e9rience englobant les \u00e9trangers-m\u00eames au moment du d\u00e9part vers quai pour monter quelques minutes plus tard dans un wagon bleu\u00e2tre oubli\u00e9 o\u00f9 le questionnement sur le d\u00e9part et le d\u00e9sire n\u2019ont plus que pour seul but d&rsquo;aiguillonner une r\u00eaverie berc\u00e9e contre la fen\u00eatre o\u00f9 l\u2019objet est celui d\u2019une recherche de sensations absentes qu\u2019une d\u2019une sensibilit\u00e9 m\u00e9lancolique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Southport; version \u00e9pur\u00e9e de Blackpool, comme si un enfant terrible avait enlev\u00e9 ses n\u00e9ons, ses man\u00e8ges et avait souffl\u00e9 sa mer au loin laissant une longue plage vide et l\u2019exp\u00e9rience du manque aux visiteurs attendant la mer, d\u00e9tricotant le maillage des significations les unes des autres et retirant \u00e0 la vie un peu de son sens moral puisque, surtout \u00e0 dix-huit ans, rien d\u2019autre qu\u2019une amertume est conserv\u00e9e de cette arri\u00e8re fond d\u2019attente, de ce pr\u00e9suppos\u00e9 contre lequel l\u2019absence de la mer pourrait prendre une consistance plus consciente puisque l\u2019absence d\u2019attentes n\u2019implique pas l\u2019absence d\u2019effet de l\u2019absence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab\u00a0<em>Ah ouais! Quand tu disais qu\u2019on allait \u00e0 la plage, tu d\u00e9connais pas!\u00a0Je m\u2019imaginais la mer avec mais non, c\u2019est juste la plage.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le soleil au z\u00e9nith \u00e9clot d\u2019un \u00e9t\u00e9 doux quand il lui faut deux pouss\u00e9es nerveuses pour ouvrir la vieille porte de bois noire raclant le dallage de terre cuite, le visage rougi par la vapeur, perl\u00e9 sous ses cheveux blonds mouill\u00e9s, me rejoignant, d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat \u00e0 partir mais encore allong\u00e9 sur le matelas double, jet\u00e9 \u00e0 m\u00eame le sol de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-burscough-bridge-2005\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">arts de la fiction #02 | Burscough Bridge, 2005\u00a0<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":688,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8202,8211,8204,1],"tags":[],"class_list":["post-222088","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-saison-2026-2027-arts-de-la-fiction-le-cycle-hebdo","category-arts-de-la-fiction-02-julien-gracq-a-la-bare-de-brevenay","category-arts-de-la-fiction-le-sommaire-general-des-propositions","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/222088","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/688"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=222088"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/222088\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":222497,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/222088\/revisions\/222497"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=222088"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=222088"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=222088"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}