{"id":222106,"date":"2026-09-21T20:36:53","date_gmt":"2026-09-21T18:36:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222106"},"modified":"2026-09-21T20:39:02","modified_gmt":"2026-09-21T18:39:02","slug":"arts-de-la-fiction-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-1\/","title":{"rendered":"arts de la fiction #01 | \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis assise \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9, c\u2019est la fin de matin\u00e9e. Une femme d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, s\u2019assoit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, elle a l\u2019air press\u00e9, elle porte une robe d\u2019\u00e9t\u00e9 fleurie. Elle commande un caf\u00e9 allong\u00e9, allume une cigarette, la fum\u00e9e me vient dans la figure \u2014\u2014\u2014- d\u00e9sagr\u00e9able. Le ciel bleu est charg\u00e9 de nuages, des boules de coton hydrophiles qui d\u00e9filent \u00e0 vive allure \u2014\u2014\u2014- moutonneux. Stabilo, Stabilo Boss, Boss Stabilo, rose. Je te vois dans mon sac vert, rose tu m\u2019attires par\u2026 ta couleur. Stabilo on pourrait\u00a0\u2026\u00a0? Est ce que tu es stable\u00a0? Es-tu\u00a0? J\u2019ai besoin de stabilit\u00e9. Stabilo tu rentrerais dans ma vie\u00a0?\u00a0 Stabilo tu m&rsquo;aiderais \u00e0 effacer ma vie\u00a0?\u00a0\u00c0 souligner\u00a0?\u00a0 \u00c0 surligner\u00a0?\u00a0 Ah\u00a0! \u00e0 surligner\u00a0? En rose alors\u00a0?\u00a0 Stabilo Boss. Mais Boss parce que tu diriges\u00a0? Parce que c\u2019est toi le patron c\u2019est \u00e7a, Boss?\u00a0Une femme aux cheveux courts traverse la rue. Elle parle fort, d&rsquo;une voix aigu\u00eb, fait des grands gestes. Elle s\u2019adresse \u00e0 chacun de nous, avec beaucoup d\u2019intensit\u00e9 mais sans jamais nous regarder en face\u2014\u2014\u2014-\u00a0 sans pr\u00e9cision. Stabilo, Boss, rose. Et moi je rougis de plaisir.\u00a0Alors maintenant tu es dans ma main, Stabilo et je te tiens bien. Une autre femme s\u2019arr\u00eate \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ma table mais elle regarde de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Elle aussi parle toute seule. Au d\u00e9but, je crois qu\u2019elle est au t\u00e9l\u00e9phone, tellement son ton est naturel. Mais non. Elle n\u2019a rien dans les oreilles. Pourtant elle s\u2019adresse \u00e0 quelqu\u2019un, elle laisse m\u00eame le temps des r\u00e9ponses. Tout cela est tr\u00e8s r\u00e9el, \u00e9vident, d\u00e9concertant \u2014\u2014\u2014- affolant. Farid passe en claudiquant, appuy\u00e9 sur sa canne. Il s\u2019arr\u00eate, me dit bonjour, je le f\u00e9licite pour son \u00e9l\u00e9gance : belle veste noire sur un tee-shirt bleu roi profond. On \u00e9change quelques banalit\u00e9s. Puis il me parle de Mallarm\u00e9, le po\u00e8te. Il conclura par : \u00ab\u00a0Le meilleur moyen d\u2019\u00e9crire, c\u2019est de ne pas vivre\u00a0\u00bb. Une fragile plume blanche sur le bitume, \u00e0 mes pieds, me d\u00e9sarme. Me bouleverse. Un couple s\u2019installe \u00e0 la table d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Elle sort de son sac \u00e0 dos un petit cahier de sudoku. Chacun sort son crayon : lui rouge, elle vert. \u00c0 eux deux, ils ont environ 44 ans. D\u00e9j\u00e0 13h10. Que vais-je d\u00e9jeuner ?\u00a0 La premi\u00e8re femme, celle aux cheveux courts, r\u00e9appara\u00eet, toujours travers\u00e9e par sa logorrh\u00e9e. Je me l\u00e8ve. Je paie et me dirige vers la rue Rampal. Je passe devant le restaurant le Pacifique. Je me regarde dans la longue vitrine, je me vois marcher. Et l\u00e0, je comprends. Je me rends compte que je marche sur la pointe des pieds. Ce n\u2019est pas que je sois discr\u00e8te, non, loin de l\u00e0. Je suis simplement port\u00e9e vers l\u2019avant, comme dans un l\u00e9ger d\u00e9s\u00e9quilibre. Oui. Plut\u00f4t en avance qu\u2019en retard. Et depuis toujours, c\u2019est comme \u00e7a. Faut dire que je suis n\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9e. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui a laiss\u00e9 des traces. Des s\u00e9quelles. C&rsquo;est peut-\u00eatre de l\u00e0 que vient cette bizarrerie chancelante. Cette fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre toujours un peu en avance sur moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis assise \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9, c\u2019est la fin de matin\u00e9e. Une femme d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, s\u2019assoit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, elle a l\u2019air press\u00e9, elle porte une robe d\u2019\u00e9t\u00e9 fleurie. 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