{"id":222122,"date":"2026-09-22T17:48:12","date_gmt":"2026-09-22T15:48:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222122"},"modified":"2026-09-22T18:32:36","modified_gmt":"2026-09-22T16:32:36","slug":"arts-de-la-fiction-02-vers-manali","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-vers-manali\/","title":{"rendered":"#arts de la fiction #02 | vers Manali"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"536\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/6310-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-222131\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/6310-1.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/6310-1-420x281.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/6310-1-768x515.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>\u00ab\u00a0C\u2019est le tissu d\u2019une page qui m\u2019int\u00e9resse plut\u00f4t qu\u2019une histoire\u00a0\u00bb Julien Gracq<\/p><cite>entretien avec Philippe COlas, 9 juin 1970<\/cite><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:44px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">2019, en gare de Montpellier, couloir froid et venteux, direction Toulouse<br>beaucoup de retard annonc\u00e9, atmosph\u00e8re lugubre, je serre mon manteau contre moi<br><br>ann\u00e9es 1970, en gare des Moutiers-en-Retz, ligne 10 entre Sainte-Pazanne et Pornic <br>c\u2019est en p\u00e9riode estivale, un troupeau p\u00e2ture entre les rails et bloque les voies<br><br>1991, Inde du Nord, vers la fronti\u00e8re n\u00e9palaise<br>\u00e9touffant et bond\u00e9, aucune info, acheter des fruits \u00e9pluch\u00e9s dans des sacs en plastique et les sucer pour tromper la soif et le temps<br><\/pre>\n\n\n\n<div style=\"height:73px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\">C\u2019est toujours l\u2019attente &#8212; insoutenable &#8212; qui demeure dans le souvenir plut\u00f4t que sa r\u00e9solution. Plus l&rsquo;attente a \u00e9t\u00e9 longue, plus elle a creus\u00e9 dans le dos, dans le cerveau. Attendre un train qui a du retard et qui peut-\u00eatre ne viendra jamais, attendre sur un quai ou en rase campagne, attendre que le d\u00e9luge s\u2019apaise, la mousson, le typhon. Questionnements, inqui\u00e9tude. Quand elle comprend que \u00e7a va \u00eatre tr\u00e8s long, elle se dit qu\u2019elle n\u2019y arrivera jamais. Les r\u00eaves ne lui sont d\u2019aucun secours. Reste \u00e0 modifier la texture du temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\">L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e9tait en cours mais aucune notion de l\u2019heure exacte. Depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 le rythme de la machine de fer avait modifi\u00e9 les courbes de l\u2019espace \u00e0 travers lequel le monde se d\u00e9pla\u00e7ait lentement et sinueusement, d\u2019abord vers Chandigarh, puis changement vers Shimla. Et il s\u2019\u00e9tait dessin\u00e9 comme une fracture dans les collines entre lesquelles se faufilaient les wagons bond\u00e9s et color\u00e9s, c&rsquo;\u00e9tait comme une dislocation au c\u0153ur du paysage, soutenue le scintillement des t\u00f4les sous le soleil intense d\u2019apr\u00e8s la mousson. Du moins c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;elle le voyait, et si rien pourtant n\u2019avait annonc\u00e9 de quelconques probl\u00e8mes, elle se doutait qu\u2019un tel voyage ne se d\u00e9roulerait pas sans encombres. Voies d\u00e9mantibul\u00e9es, vol de trav\u00e9es, coul\u00e9es de boue ou et glissements de terrain, effondrements de pont ou passerelle, panne de locomotive, crise cardiaque d\u2019un chauffeur, al\u00e9as de personnel. Pour le moment tout allait bien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\">Le convoi se dirigeait plein nord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\">L\u2019\u00e9paisse jungle semblait toute proche et sa luisance verte se diffusait partout au point d\u2019aveugler. Beaucoup de bruit dans les voitures, des cris, des invectives, sans compter les aboiements de la langue locale, le trafic incessant de personnes, de femmes avec b\u00e9b\u00e9s minuscules et de b\u00eates conduites \u00e0 la corde ou enferm\u00e9es dans des paniers en bambou. En m\u00eame temps cet int\u00e9r\u00eat chez elle \u00e0 observer ce peuple des montagnes en route vers Manali, cette vie proche de la fi\u00e8vre, inconnue pour elle, instable, improbable. Elle avait souhait\u00e9 voir \u00e7a de pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\">Depuis l\u2019Himachal Pradesh, elle avait l\u2019intention de se rendre au Kashmir, tout d\u00e9pendrait de l\u2019\u00e9tat des routes et de l\u2019\u00e9tat de tension avec le Pakistan, voire avec les chinois. En fait elle ne savait rien du tout de cet avenir, il n\u2019existait pas, il \u00e9tait d\u00e9truit par l\u2019intensit\u00e9 du pr\u00e9sent, par les moirures de jungle et par l\u2019incertitude, situation dont la pr\u00e9carit\u00e9 allait soudain s\u2019accentuer avec l\u2019arr\u00eat total du train dans un brouhaha invraisemblable.<br>\u00c0 cause du freinage violent, certains voyageurs \u00e9taient tomb\u00e9s les uns sur les autres, marmaille en pleurs, volailles et bagages renvers\u00e9s. Les visages \u00e9taient marqu\u00e9s par la peur \u00e0 l\u2019id\u00e9e que les wagons auraient pu d\u00e9railler et aller s\u2019encastrer dans le d\u00e9cor rocheux. Mais non, tout semblait stabilis\u00e9, \u00e0 l\u2019arr\u00eat, fig\u00e9. Et il se passerait sans doute des heures avant d\u2019obtenir une information vague sur l\u2019\u00e9ventuel red\u00e9marrage du train, et m\u00eame que l\u00e0-dessus la nuit s&rsquo;annoncerait et le monde s\u2019organiserait pour passer la nuit sur place. Tout de suite elle avait compris que \u00e7a durerait. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:21px\">Sans h\u00e2te elle avait consid\u00e9r\u00e9 les for\u00eats \u00e0 flanc de montagne, les neiges himalayennes qui semblaient encore loin, les nuages qui glissaient vers la r\u00e9gion du soir. Elle en avait griff\u00e9 quelques croquis dans son carnet, \u00e9crit quelques mots pour d\u00e9crire la v\u00e9g\u00e9tation. Des enfants braillards surgis des villages alentours avaient propos\u00e9 des boulettes de riz, des fruits, des biscuits durs sous la dent contre un peu de monnaie. Bient\u00f4t la plupart des bruits allait s\u2019apaiser et des feux s\u2019allumeraient au flanc des voies jusqu\u2019au sommeil. Alors elle n\u2019attendrait plus rien, sinon la venue de l\u2019ombre.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>Photographie,<em> \u00a9<\/em>fran\u00e7oise renaud, ann\u00e9es 80<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0C\u2019est le tissu d\u2019une page qui m\u2019int\u00e9resse plut\u00f4t qu\u2019une histoire\u00a0\u00bb Julien Gracq entretien avec Philippe COlas, 9 juin 1970 2019, en gare de Montpellier, couloir froid et venteux, direction Toulousebeaucoup de retard annonc\u00e9, atmosph\u00e8re lugubre, je serre mon manteau contre moiann\u00e9es 1970, en gare des Moutiers-en-Retz, ligne 10 entre Sainte-Pazanne et Pornic c\u2019est en p\u00e9riode estivale, un troupeau p\u00e2ture entre <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-vers-manali\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#arts de la fiction #02 | vers Manali<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":149,"featured_media":222131,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8202,8211,1],"tags":[5754,8151,8212,8213],"class_list":["post-222122","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-saison-2026-2027-arts-de-la-fiction-le-cycle-hebdo","category-arts-de-la-fiction-02-julien-gracq-a-la-bare-de-brevenay","category-atelier","tag-epaisseur-du-temps","tag-jungle","tag-manali","tag-wagons-colores"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/222122","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/149"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=222122"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/222122\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":222137,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/222122\/revisions\/222137"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/222131"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=222122"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=222122"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=222122"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}