{"id":222147,"date":"2026-09-23T14:28:28","date_gmt":"2026-09-23T12:28:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222147"},"modified":"2026-09-23T15:32:06","modified_gmt":"2026-09-23T13:32:06","slug":"arts-de-la-fiction-02-une-voie-a-ecartement-metrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-une-voie-a-ecartement-metrique\/","title":{"rendered":"# arts de la fiction #02 | une voie \u00e0 \u00e9cartement m\u00e9trique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 21 ao\u00fbt je passe le seuil et je prends cette photographie perdue depuis. La veille en partant marcher sous les pins j\u2019avais d\u00e9pass\u00e9 la petite gare haute sur pattes, au toit pentu, presque insolite dans ce paysage de montagne. Me reviennent l\u2019image satur\u00e9e de couleurs de ce groupe de voyageurs qui attendait sur le quai ; ces jaunes, ces rouges qui tranchaient le vert sombre des arbres ; et le bourdonnement des voix. Sur la gauche de la petite gare, \u00e0 une centaine de m\u00e8tres, se dessinait le O sombre d\u2019un tunnel, j\u2019avais pens\u00e9 \u00e0 cette autre gare avec ses rails qui ne menent nulle part. <br>J\u2019avais long\u00e9 la voie, \u00e0 rebours du tunnel, en direction de la for\u00eat. Cette voie effil\u00e9e qu\u2019aucune barri\u00e8re ne prot\u00e8ge. \u00c0 \u00e9cartement m\u00e9trique j\u2019apprendrais. Comme on en trouve en Suisse dans la montagne. Je me souviens de ce TER en Loz\u00e8re, entre Florac et Sainte-C\u00e9cile-d\u2019Andorge, qui nous emportait sur sa voie \u00e9troite et solitaire et cahotait au long d\u2019une rivi\u00e8re ; nous fr\u00f4lions des blocs de pierre parsem\u00e9s d\u2019esquilles de lumi\u00e8re, je pensais que nous pourrions d\u00e9railler et venir nous briser sur les pierres, ou nous dissoudre dans l&rsquo;eau qui chatoyait. <br>J\u2019avais travers\u00e9 le passage \u00e0 niveau qui n\u2019a, lui non plus, pas de barri\u00e8re, juste un panneau avec un stop, un feu de signalisation et deux grilles d\u2019arr\u00eat pour alerter de cette fronti\u00e8re potentiellement dangereuse. J\u2019avais march\u00e9 longtemps sans croiser personne, go\u00fbtant les m\u00fbres pr\u00e9cocement noircies. Un groupe de p\u00e8lerins \u00e9puis\u00e9 avait surgi, un homme m\u2019avait demand\u00e9 si la gare \u00e9tait encore loin; de violents orages s\u2019annon\u00e7aient, press\u00e9s de se mettre \u00e0 l\u2019abri ils avaient doubl\u00e9 l\u2019\u00e9tape du jour. L\u2019heure qui leur restait \u00e0 marcher pesa sur leurs \u00e9paules. En surplomb de la gare, j\u2019avais vu les tentes et le linge \u00e9tendu, je leur dis qu&rsquo;ils pourraient surement y camper et, le matin, si besoin, prendre le premier train pour d\u00e9passer l\u2019orage. Le soir au bar du g\u00eete d\u2019\u00e9tape j\u2019avais retrouv\u00e9 l\u2019homme crois\u00e9 dans la for\u00eat, c\u2019est lui qui me parlerait de r\u00e9ajustement m\u00e9trique des voies \u2013parce qu\u2019une voie dite normale est de 1435 mm, avait dit l\u2019homme\u2013, qui permet aux wagons de sinuer dans des espaces exigus et de passer par des tunnels \u00e9troits : des voies d\u2019un entretien plus facile et moins couteux, il avait ajout\u00e9.<br><br>Ce matin \u00e0 8 heures il ne pleut pas. Je d\u00e9cide, malgr\u00e9 l\u2019orage qui tonne d\u2019aller marcher avant de descendre vers la gare trouver l\u2019horaire des trains. La route monte abruptement. Je d\u00e9passe le calvaire, une grande croix noire sans corps dress\u00e9e vers la montagne. Puis la fa\u00e7ade en ruine, vestige d\u2019une \u00e9poque de vill\u00e9giatures florissantes. Les pins que je vise en contre plong\u00e9e, esquissent des cercles sur le ciel de m\u00e9tal. Je quitte la route et m&rsquo;enfonce sous les arbres en direction de la cascade, au petit pont un filet d\u2019eau survit entre les pierres aussi grises que le ciel. Il se met soudain \u00e0 pleuvoir. Lentement. Goutte \u00e0 goutte. Apr\u00e8s des semaines de s\u00e9cheresse c\u2019est un pr\u00e9sage heureux et je redescends, vers la gare, sans me presser. <br><br>Je passe le seuil. Tout est blanc du sol au plafond. La blancheur me surprend. Ton sur ton les carreaux du sol r\u00e9pondent \u00e0 ceux du faux plafond. Une porte fen\u00eatre ouvre sur le quai d\u00e9sert, le vert des arbres en constitue le fond. A ma droite, un banc de bois cours le soubassement moulur\u00e9 sur toute la longueur du mur. Il semble que je p\u00e9n\u00e8tre une chapelle, pas la salle d&rsquo;attente d&rsquo;une gare. Sur une petite table rectangulaire peinte en blanc les horaires imprim\u00e9es en jaune forment une pile. A ma gauche le guichet, comme un parloir, est ferm\u00e9 par une grille. Le rouge des auto-collants de s\u00e9curit\u00e9 on dirait des taches de sang. Instinctivement je cherche une croix et des bougies votives. Le vide et le silence, n&rsquo;est le bruit de la pluie qui s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, me ram\u00e8nent en arri\u00e8re. Il est 9H 45 et je prends cette image perdue depuis.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">il fallait \u00e9viter de... ne pas...  il semble que je m'englue l\u00e0 o\u00f9 ne fallait pas... ce premier texte \u00e0 forme de r\u00e9cit\/nouvelle est un aller retour qui me permettra peut-\u00eatre de retrouver le chemin des gares <\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 21 ao\u00fbt je passe le seuil et je prends cette photographie perdue depuis. La veille en partant marcher sous les pins j\u2019avais d\u00e9pass\u00e9 la petite gare haute sur pattes, au toit pentu, presque insolite dans ce paysage de montagne. 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