{"id":222454,"date":"2026-09-26T08:07:41","date_gmt":"2026-09-26T06:07:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222454"},"modified":"2026-09-26T08:10:26","modified_gmt":"2026-09-26T06:10:26","slug":"arts-de-la-fiction-02-un-souvenir-denfance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-un-souvenir-denfance\/","title":{"rendered":"#arts de la fiction #02 |\u00a0un souvenir d\u2019enfance"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_3981-1024x682.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-222456\" role=\"none\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_3981-1024x682.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_3981-420x280.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_3981-768x512.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/IMG_3981.jpeg 1181w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En arrivant dans le hall c\u2019est le mot <em>famili\u00e8re<\/em> qui m\u2019est venu. Dans famili\u00e8re j\u2019entendais bien famille mais aussi toutes ces choses connues reconnues. La hauteur du hall principal, les panneaux lumineux, les roues des valises sur le sol luisant, la sensation d\u2019\u00eatre un point fixe autour duquel s\u2019agitent mille silhouettes joyeuses, inqui\u00e8tes, press\u00e9es, les pigeons \u00e9gar\u00e9s, les enfants fatigu\u00e9s \u00e0 cheval sur leur bagage, les annonces qui se perdent sous la verri\u00e8re et les personnes qui s\u2019arr\u00eatent brusquement au milieu du passage pour chercher leur voie. Je revenais pour le dernier voyage de l\u2019\u00e9t\u00e9 que je ferais seule, et peut-\u00eatre cette solitude appelait la famille. J\u2019ai pens\u00e9 que certainement ma famille lorsque elle a quitt\u00e9 la Corse dans les ann\u00e9es trente est arriv\u00e9e \u00e0 Paris dans cette m\u00eame gare depuis Nice ou Marseille. Certainement qu\u2019\u00e0 plusieurs reprises on est venu y chercher quelqu\u2019un, accompagner quelqu\u2019un, qu\u2019on a regard\u00e9 des trains s\u2019\u00e9loigner. Je projette leurs silhouettes dans les v\u00eatements identifi\u00e9s sur les photos de famille, tel manteau trois quarts, telle jupe pliss\u00e9e, tel lacet au col, et les couleurs autour se d\u00e9naturent. Comment alors ne pas penser au petit Georges, que sa m\u00e8re accompagna un matin Gare de Lyon, <em>agitant un mouchoir blanc sur le quai cependant que le train se mettait en route<\/em>. J\u2019essaie de me repr\u00e9senter la Gare de Lyon dans sa nudit\u00e9 d\u2019alors, pas de commerces racoleurs au devant des voies, pas de caf\u00e9s exotiques, de latte matcha ni d\u2019effluves de croissant trop gras. Le Train bleu existait d\u00e9j\u00e0, inaccessible et majestueux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus tard, la Gare de Lyon est devenue <em>ma<\/em> gare. L\u2019adolescence en banlieue sud-est m\u2019amenait \u00e0 la fr\u00e9quenter un peu. D\u2019abord de timides explorations parisiennes, puis les jobs d\u2019\u00e9t\u00e9, enfin les \u00e9tudes sup\u00e9rieures et le train quotidien, avec les travailleurs et quelques \u00e9tudiants. On arrivait Gare de Lyon, mais le plus souvent de mani\u00e8re souterraine, sur les quais color\u00e9s en orange pour nous faire oublier dans quelles profondeurs nous nous trouvions. Les trains m\u00e9talliques d\u00e9gageaient une odeur de fer humide. On rejoignait la surface \u00e0 travers un d\u00e9dale de couloirs et d\u2019escaliers que je traversais en me laissant porter par le flot, sans m\u00eame comprendre les directions que j\u2019empruntais, ignorant les grandes lignes pour attraper le bus, le 20 ou le 65, arr\u00eat Jean-Pierre Timbaud. Sur un de ces quais oranges nous nous \u00e9tions retrouv\u00e9s un matin, par ce que j\u2019ai cru \u00eatre le hasard, nez \u00e0 nez avec P. Descendant du m\u00eame train, remontant le quai depuis lui la t\u00eate moi la queue, d\u00e9cidant de s\u00e9cher les cours et de faire un point sur nos vies dans un caf\u00e9 de la rue de Bercy o\u00f9 nous prendrons ensuite l\u2019habitude de ces petits caf\u00e9s du matin, une ou deux fois par semaine. Sur ce m\u00eame quai aurait lieu, en juin suivant, cette terrible collision, un train fou chevauchant un train \u00e0 l\u2019arr\u00eat, \u00e0 la suite de ces circonstances \u00e9tranges qui font les l\u00e9gendes. Toute la soir\u00e9e le t\u00e9l\u00e9phone avait sonn\u00e9, ma m\u00e8re avait d\u00fb rassurer la famille enti\u00e8re, aucun de nous ne se trouvait dans l\u2019un des trains impliqu\u00e9s dans l\u2019accident, ni \u00e0 la Gare de Lyon. Devenus adultes, vivant d\u00e9sormais \u00e0 Paris avec nos filles, il nous est arriv\u00e9 souvent avec P de partir en vacances depuis la Gare de Lyon. Me revient un d\u00e9part \u00e0 Montpellier o\u00f9 je descendais seule avec les petites, P nous avait accompagn\u00e9es jusque dans la voiture, \u00e0 cette \u00e9poque on avait encore le droit d\u2019accompagner les voyageurs jusque dans les trains. P \u00e9tait maintenant sur le quai, il essayait de d\u00e9crocher un sourire \u00e0 notre cadette \u00e0 travers la vitre du TGV, la piq\u00fbre que \u00e7a faisait au c\u0153ur de sentir la tristesse de l\u2019enfant.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Gare \u00e9tait l\u00e0 bien avant moi, mais de l\u2019avoir&nbsp; travers\u00e9e si souvent me vient le sentiment qu\u2019elle a fini par m\u2019 appartenir un peu. Aujourd\u2019hui dans l\u2019attente de voir s\u2019afficher la voie de mon train je fixe le panneau des d\u00e9parts. Les villes apparaissent puis disparaissent sur le panneau bleu. Lyon. Marseille. Avignon. Montpellier. Nice. N\u00eemes. Perpignan. Mon esprit est ailleurs, \u00e0 quelques rues d\u2019ici, au 14 avenue de Corbera. Je pourrais y aller \u00e0 pied. Il suffirait de sortir, de traverser la place Louis Armand, de remonter le boulevard jusqu\u2019\u00e0 la rue de Charenton, de poursuivre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019avenue, la distance est courte, pas m\u00eame un kilom\u00e8tre. Les g\u00e9ographies familiales nous \u00e9treignent, faites parfois de distances minuscules. On a beau sillonner la ville, choisir des itin\u00e9raires, en changer par jeu ou n\u00e9cessit\u00e9, on revient toujours autour des m\u00eames points. Alors remonte mon plus lointain souvenir de la Gare de Lyon. Je ne sais pas en quelle ann\u00e9e, j\u2019ignore d\u2019o\u00f9 nous arrivions, nous sortions de la gare avec ma m\u00e8re, ma main toute petite dans la sienne, il faisait nuit, il pleuvait. Les taxis attendaient devant la sortie, un luxe, mais elle devait \u00eatre bien fatigu\u00e9e pour d\u00e9cider d\u2019en prendre en pour rentrer \u00e0 Corbera.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En arrivant dans le hall c\u2019est le mot famili\u00e8re qui m\u2019est venu. Dans famili\u00e8re j\u2019entendais bien famille mais aussi toutes ces choses connues reconnues. 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