{"id":222566,"date":"2026-09-27T18:27:37","date_gmt":"2026-09-27T16:27:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222566"},"modified":"2026-09-27T18:27:38","modified_gmt":"2026-09-27T16:27:38","slug":"arts-de-la-fiction-02-le-quai-des-malades","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-le-quai-des-malades\/","title":{"rendered":"#arts de la fiction #02 | le quai des malades"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis la voie 9, tu examines la grande largeur du quai qui semble destin\u00e9 \u00e0 accueillir une arm\u00e9e de g\u00e9ants. L\u2019espace d\u00e9pourvu des bancs et des poteaux, des infrastructures habituelles des gares, le regard ne bute sur rien et peut aller se noyer dans le halo blanc du brouillard qui descend jusqu\u2019aux limites du sol dessinant simplement une vague de montagnes basses dont la hauteur m\u00e9diocre emp\u00eache d\u2019id\u00e9aliser le d\u00e9cor r\u00eav\u00e9 des \u00e2mes exalt\u00e9es. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 on voit la courbure des rails qui avec un peu d\u2019imagination court directement vers le ciel d\u00e9lav\u00e9, fantasme d\u2019une autre vie\u00a0; de l\u2019autre l\u2019acc\u00e8s de plain-pied du quai vers l\u2019ext\u00e9rieur de la gare promesse d\u2019une voie directe sans traverser le b\u00e2timent des voyageurs, garantissant le transfert imm\u00e9diat depuis les portes du train jusqu\u2019aux v\u00e9hicules d\u2019accueil, en ligne droite. Tu attends l\u2019arriv\u00e9e du train blanc. \u00c0 cause de la lumi\u00e8re blafarde et glauque, tu te dis qu\u2019il est en r\u00e9alit\u00e9 impossible de savoir si c\u2019est le soir ou le matin, une saison chaude ou froide. Toi, tu trembles de froid parce que tu viens de voir tomber incr\u00e9dule la neige en mai et tu te demandes par quelle sorcellerie ces choses se produisent. Les flocons sont tellement l\u00e9gers, comme des tulles de gaze, qu\u2019ils h\u00e9sitent avant de tomber sur le bitume sombre du quai et se fondre dans une vieille flaque de boue. Avec la fatigue, le d\u00e9cor tangue un peu et tu ne vois d\u2019abord que deux yeux ronds hallucin\u00e9s qui percent le voile laiteux qui recouvre le lieu. Tu fermes les yeux afin de ne pas sentir la rame qui menace de fondre droit sur toi pour te transpercer. Quand l\u2019animal lent \u00e0 la carcasse de fer clair se stabilise enfin, tu regardes descendre les charriots branlants anim\u00e9s de visages crisp\u00e9s par l\u2019air vif inattendu et son souffle mouill\u00e9. Le va et vient des voitures bleues commence. Le temps s\u2019allonge\u00a0; le train ne repartira pas. Il fait ici son terminus dans cette petite ville du bout du monde, dans cette gare internationale, une des plus desservies de France, la deuxi\u00e8me capacit\u00e9 h\u00f4teli\u00e8re du pays. On y entend toutes les langues et on y voit la plus grande diversit\u00e9 possible de corps humains. Beaucoup s\u2019y arr\u00eate dans l\u2019espoir d\u2019un autre voyage. Pas toi. Tu n\u2019as pas de chapelet ni de b\u00e2ton de p\u00e8lerin. Pas de maladie. Tu n\u2019as rien sinon la volont\u00e9 de conna\u00eetre ce qui anime l\u2019humain. Tu es pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec de ta qu\u00eate. \u00c0 ne pas savoir. \u00c0 ne pas comprendre. Qu\u2019importe. Le voyage commence. Au loin, tu entends d\u00e9j\u00e0 l\u2019enfant qui pleure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis la voie 9, tu examines la grande largeur du quai qui semble destin\u00e9 \u00e0 accueillir une arm\u00e9e de g\u00e9ants. 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