{"id":222583,"date":"2026-09-28T11:47:15","date_gmt":"2026-09-28T09:47:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222583"},"modified":"2026-09-28T11:47:16","modified_gmt":"2026-09-28T09:47:16","slug":"arts-de-la-fiction-02-meung-sur-loire-le-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-meung-sur-loire-le-temps\/","title":{"rendered":"Arts de la fiction #02: Meung-sur-Loire, le temps"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;\u00e9tait une petite salle de gare, ni hall ni salle des pas perdus car trop \u00e9troite pour s&rsquo;y mouvoir en tous sens dans le but de franchir du temps en multipliant les points de vue sur des horloges. \u00a0Il n&rsquo;y avait rien \u00e0 voir ni \u00e0 lire, pas d&rsquo;affiches ni cartes ni noms de villes ni r\u00eave de correspondances pour d&rsquo;autres \u00e9chapp\u00e9es, un seul panneau lumineux \u00e0 deux lignes annon\u00e7ait dans une heure trente un d\u00e9part, celui du voyageur d\u00e9s\u0153uvr\u00e9, oblig\u00e9 de s&rsquo;asseoir sur le banc de bois, sans journal du jour, car dehors le devant de la gare \u00e9tait un petit parking entour\u00e9 de maisons beiges sans caf\u00e9 ni commerce ni presse ni chien ni chat ni rien. Seuls \u00e9taient \u00e0 saisir les menus bruits attestant de la pr\u00e9sence du guichetier derri\u00e8re son hygiaphone, qui avec quasi compassion lui avait vendu un billet pour dans une heure trente, du moins c&rsquo;est ce qu&rsquo;avait voulu ressentir le voyageur, car de la compassion il en ressentait le besoin.<br>Il sortait d&rsquo;une visite \u00e0 la maison de retraite, pour laquelle il avait pris deux cars puis travers\u00e9 la France en TGV puis chang\u00e9 de gare \u00e0 Paris puis repris un Intercit\u00e9s pour Orl\u00e9ans, puis chang\u00e9 encore pour cette petite gare de Meung-sur-Loire. La visite avait exactement dur\u00e9 dix minutes. Les questions rongeant le voyageur sur son banc de bois \u00e9taient celles-ci\u00a0: une visite de dix minutes pour un voyage aller de dix heures \u00e9tait-elle justifi\u00e9e\u00a0? Serait-ce utile pour sa vie d&rsquo;introduire une notion de rentabilit\u00e9 du temps pass\u00e9 et de l&rsquo;argent d\u00e9pens\u00e9 pour des relations humaines d\u00e9labr\u00e9es qui peut-\u00eatre, sans doute, il se peut, on ne sait vraiment, n&rsquo;en valent pas la peine.<br>N\u00e9anmoins il devait s&rsquo;avouer durant ce temps sur un banc, qu&rsquo;il entrecoupait d&rsquo;incursions sur le quai en franchissant la haute porte vitr\u00e9e \u00e0 peinture \u00e9caill\u00e9e, le froid le ramenant sans cesse au banc jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un vieil homme \u00e0 casquette s&rsquo;y installe, il devait s&rsquo;avouer durant ce temps qu&rsquo;il \u00e9tait soulag\u00e9 \u00e0 la fois d&rsquo;avoir fait son devoir et de retrouver sa libert\u00e9, m\u00eame si justement la notion de devoir pour des relations d\u00e9labr\u00e9es qui peut-\u00eatre, sans doute, il se peut, on ne sait vraiment, n&rsquo;en valent pas la peine, lui avait \u00e9t\u00e9 inculqu\u00e9e par l&rsquo;\u00eatre visit\u00e9 lequel lui-m\u00eame avait \u00e9court\u00e9 la visite.<br>Une seule aspiration coupant toutes consid\u00e9rations d\u00e9sagr\u00e9ables et sans r\u00e9ponses s&rsquo;imposait\u00a0: poser son coude sur un comptoir de cuivre dans le bruit \u00a0vivant d&rsquo;un percolateur et demander un caf\u00e9, si possible en s&rsquo;\u00e9tourdissant dans les nouvelles du monde et m\u00eame \u00a0les potins d&rsquo;un grand quotidien. Ce moment du comptoir pouvait et devait absolument devenir le climax du voyage, sans quoi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;\u00e9tait une petite salle de gare, ni hall ni salle des pas perdus car trop \u00e9troite pour s&rsquo;y mouvoir en tous sens dans le but de franchir du temps en multipliant les points de vue sur des horloges. \u00a0Il n&rsquo;y avait rien \u00e0 voir ni \u00e0 lire, pas d&rsquo;affiches ni cartes ni noms de villes ni r\u00eave de correspondances pour <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-meung-sur-loire-le-temps\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Arts de la fiction #02: Meung-sur-Loire, le temps<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":209,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8211],"tags":[],"class_list":["post-222583","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts-de-la-fiction-02-julien-gracq-a-la-bare-de-brevenay"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/222583","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/209"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=222583"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/222583\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":222584,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/222583\/revisions\/222584"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=222583"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=222583"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=222583"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}