{"id":222632,"date":"2026-09-29T16:53:43","date_gmt":"2026-09-29T14:53:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222632"},"modified":"2026-09-29T16:54:40","modified_gmt":"2026-09-29T14:54:40","slug":"arts-de-la-fiction-02-recit-de-gare-gare-aux-recits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-recit-de-gare-gare-aux-recits\/","title":{"rendered":"Arts de la fiction #02 | R\u00e9cits de gare. Gare aux r\u00e9cits"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gare St Lazare. Elle n&rsquo;a pas 16 ans, cette fille, qui crie, qui hoquette, qui sanglote le visage d\u00e9figur\u00e9 par le choc. Elle pleure, elle se mouche dans son \u00e9charpe. On vient de lui arracher son sac, par surprise, avec violence. C&rsquo;est comme si elle se retrouvait nue, l\u00e0, au milieu de la foule. Elle n&rsquo;a plus rien. Dans son sac il y avait tout. Un peu d&rsquo;argent, son t\u00e9l\u00e9phone, le billet de train pour rentrer chez ses parents. Elle ne peut m\u00eame pas les appeler. Elle ne sait pas comment faire, comment rentrer, comment leur dire, comment survivre \u00e0 cette terreur, \u00e0 \u00e7a ! Des voyageuses, des voyageurs passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, la fr\u00f4lent, la bousculent, sans remarquer sa d\u00e9tresse. Elle ouvre grands les yeux. Elle pense qu&rsquo;elle va s&rsquo;\u00e9vanouir. Elle est seule. Seule dans cette grande ville, dans ce lieu bruyant, anonyme, adulte, rythm\u00e9 par les allers, les retours, les annonces, les pas press\u00e9s.Tout se bouscule. Elle est comme morte. Va t-elle ressusciter? Gare St Lazare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est l\u00e0, depuis une heure. Calme. Le regard \u00e0 l&rsquo;horizon. A la m\u00eame place, au bout du quai A, l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 gauche, \u00e0 hauteur du portillon. Il ne regarde pas sa montre. Il ne fouille pas dans ses poches, pas dans son t\u00e9l\u00e9phone. Il ne sautille pas d&rsquo;un pied sur l&rsquo;autre. Droit comme la justice, comme dirait mon p\u00e8re. Il est l\u00e0, depuis une heure. Calme. Le regard \u00e0 l&rsquo;horizon. Il ne monte pas sur la pointe des pieds pour mieux voir, pour surveiller. Il ne parle pas, ne fredonne pas, ne chante pas, son visage est d\u00e9tendu, sans expression particuli\u00e8re. Il est l\u00e0, depuis une heure. Calme. Le regard \u00e0 l&rsquo;horizon. Autour de lui, les gens arrivent, repartent, courent, tra\u00eenent leurs valises, se prennent dans les bras, se quittent, se cherchent. Des trains entrent en gare dans un grand souffle m\u00e9tallique. Les portes s\u2019ouvrent. Les portes se ferment. Des femmes, des hommes, des enfants, descendent. D\u2019autres montent. Lui ne bouge pas. Une femme passe devant lui en courant. Un enfant tire la main de son p\u00e8re. Un homme parle tr\u00e8s fort au t\u00e9l\u00e9phone. Une valise roule sur le quai, cahotant sur les rainures. Lui ne bouge pas. Il est l\u00e0, depuis une heure. Calme. Le regard \u00e0 l&rsquo;horizon. Je me demande ce qu\u2019il attend. Quelqu\u2019un ? Quelqu\u2019une ? Un train ? Une correspondance ? une nouvelle ? l&rsquo;inspiration? un retour ? Peut-\u00eatre attend-il simplement &#8211; \u00eatre l\u00e0 et attendre -. Depuis une heure, il est l\u00e0, calme, confiant, le regard \u00e0 l&rsquo;horizon. Je commence \u00e0 me demander s\u2019il attend vraiment quelqu\u2019un. Je commence \u00e0 me demander s\u2019il n\u2019est pas, tout simplement, en train de regarder passer le temps. Je commence \u00e0 me demander si depuis une heure, calme, confiante, le regard braqu\u00e9 sur lui, ce n&rsquo;est pas moi qui attends qu\u2019il se passe quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le petit train s&rsquo;en va dans la campagne<\/em>. Dire qu&rsquo;il aura fallu qu&rsquo;elle meure pour que je comprenne les paroles de cette chanson que j&rsquo;ai fredonn\u00e9, murmur\u00e9, chant\u00e9 \u00e0 tue t\u00eate tant de fois, depuis tant d&rsquo;ann\u00e9es. <em>Le petit train s&rsquo;en va dans la campagne. <\/em>Dire que je ne me suis jamais demand\u00e9 quelle \u00e9tait sa destination, \u00e0 ce petit train. Vers quelle gare filait-il \u00e0 travers champs, ce petit train ? Et pour aller jusqu\u2019o\u00f9 ? <em>Le petit train s&rsquo;en va dans la campagne<\/em>. Dire que pendant des ann\u00e9es je n&rsquo;ai pas vraiment \u00e9cout\u00e9 les paroles de cette chanson, en tout cas, je n&rsquo;ai pas tout entendu : <em>Train de la mort. Mais que fais-tu? Le referas-tu encore?<\/em> C&rsquo;\u00e9tait pourtant explicite. Il faut croire que le rythme joyeux me suffisait. Que pendant des ann\u00e9es mon envie de danser \u00e9tait plus forte que mon envie de savoir. Dire, qu&rsquo;en ce temps l\u00e0, j&rsquo;\u00e9tais en mon adolescence et ma l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ne laissait aucune place \u00e0 la gravit\u00e9 : <em>Petit train conduis-les aux flammes \u00e0 travers champs<\/em> &#8211; pourtant si clairement exprim\u00e9e -. Que fallait-il de plus ? <em>Train de la mort mais que fais-tu?<\/em> <em>Le referas-tu encore? <\/em>Dire que, dire que. Dire. Il faut le dire. Oui. Dire, dire, dire. Je dois le dire. Me souvenir. Nous souvenir. Se souvenir. Et toi, Rita, je ne suis pas pr\u00eate de t&rsquo;oublier. Pour cette chanson. Pour <em>Marcia Ba\u00efla<\/em>. Pour <em>Les histoires d&rsquo;A<\/em>. Pour<em> C&rsquo;est comme \u00e7a<\/em>. Pour <em>Andy<\/em> et toutes les autres. MERCI.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gare St Lazare. Elle n&rsquo;a pas 16 ans, cette fille, qui crie, qui hoquette, qui sanglote le visage d\u00e9figur\u00e9 par le choc. Elle pleure, elle se mouche dans son \u00e9charpe. On vient de lui arracher son sac, par surprise, avec violence. C&rsquo;est comme si elle se retrouvait nue, l\u00e0, au milieu de la foule. Elle n&rsquo;a plus rien. Dans son <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-recit-de-gare-gare-aux-recits\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Arts de la fiction #02 | R\u00e9cits de gare. 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