{"id":222642,"date":"2026-09-29T15:24:36","date_gmt":"2026-09-29T13:24:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222642"},"modified":"2026-09-29T15:24:36","modified_gmt":"2026-09-29T13:24:36","slug":"arts-de-la-fiction-02-depart-du-recit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-02-depart-du-recit\/","title":{"rendered":"#Arts de la fiction #02 | d\u00e9part du r\u00e9cit"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sensation persistante d\u2019\u00e9blouissement. Des plaques luminescentes, mouvantes, habillent la nuit unidimensionnelle. J\u2019ai ouvert les yeux en grand sur l\u2019obscurit\u00e9. Corps secou\u00e9 dans un soubresaut, loin, tr\u00e8s loin de l\u2019immobilit\u00e9 du lit, du calme de la chambre. Le vacarme r\u00e9gulier de la rame sur la voie me berce, uniquement si je n\u2019y pr\u00eate aucune attention, si je m\u2019efforce de ne pas y d\u00e9celer de rythme. Mon pied s\u2019est obstin\u00e9 \u00e0 battre la mesure contre la paroi lisse du mur. Puis il s\u2019est arr\u00eat\u00e9 de lui-m\u00eame. Ai-je dormi\u00a0? La cabine sursaute au passage d\u2019un train lanc\u00e9 \u00e0 contresens. Compression de l\u2019air. Oreilles bouch\u00e9es. Je tente de deviner l\u2019heure au cadran de ma montre, sans parvenir \u00e0 clairement d\u00e9terminer si les extr\u00e9mit\u00e9s phosphorescentes des aiguilles indiquent 22h15 ou 23h20. Je ne veux pas allumer la loupiotte de t\u00eate pour m\u2019en assurer, de peur d\u2019\u00e9veiller le jeune homme qui dort \u2013 peut-\u00eatre \u2013 au m\u00eame niveau que moi. Nous ne sommes pas partis depuis bien longtemps. En traversant l\u2019agglom\u00e9ration parisienne, l\u2019\u00e9clairage urbain, comme celui des gares, entrait encore par la fen\u00eatre au store laiss\u00e9 ouvert. <s>Certains des quatre passagers lisaient<\/s>. Une femme avait masqu\u00e9 ses yeux d\u2019un large ruban. (Seule) l\u2019autre femme, tout en bas de mon c\u00f4t\u00e9, lisait probablement, sa veilleuse allum\u00e9e. Je pouvais apercevoir l\u2019ombre des pages tourn\u00e9es battre comme une aile sur le sol plastifi\u00e9. Le jeune homme, lui, s\u2019\u00e9tait imm\u00e9diatement tourn\u00e9 vers le mur. D\u00e9passant du drap, le bout de sa chaussette de laine brune, tir\u00e9e loin des orteils, faisait comme la queue plate d\u2019un castor, ou une langue d\u2019animal \u00e9puis\u00e9. Sa respiration profonde indiquait qu\u2019il s\u2019\u00e9tait imm\u00e9diatement assoupi. Sans rien attendre, plus rien attendre. Pas m\u00eame le d\u00e9part du train, ni le contr\u00f4le des titres de transport. La lumi\u00e8re \u00e9clairait encore la cabine, d\u2019un halo diffus ou de coups de projecteurs traversant l\u2019habitacle. Puis la ville s\u2019\u00e9tait \u00e9loign\u00e9e avec sa clart\u00e9. La veilleuse de la femme s\u2019est \u00e9teinte. Ne demeure plus dans l\u2019obscurit\u00e9 que le lumignon vert, tr\u00e8s discret, faiblard et vibratile, qui tr\u00f4ne au-dessus de la porte coulissante. Le reste de l\u2019espace est plong\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sensation persistante d\u2019\u00e9blouissement. Des plaques luminescentes, mouvantes, habillent la nuit unidimensionnelle. J\u2019ai ouvert les yeux en grand sur l\u2019obscurit\u00e9. Corps secou\u00e9 dans un soubresaut, loin, tr\u00e8s loin de l\u2019immobilit\u00e9 du lit, du calme de la chambre. 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