{"id":2228,"date":"2019-06-21T18:13:27","date_gmt":"2019-06-21T16:13:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=2228"},"modified":"2019-07-06T18:31:21","modified_gmt":"2019-07-06T16:31:21","slug":"solage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/solage\/","title":{"rendered":"# 1 \/ Solage"},"content":{"rendered":"\n<p>Votre m\u00e8re est sortie en courant presque de la grande\nsalle de jeux pour les enfants de l\u2019\u00e9cole maternelle qui donne sur l\u2019all\u00e9e des\n\u00e9coles et qui m\u00e8ne vers la rue de la Paix, \u00e0 peine s\u2019est-elle essuy\u00e9e les mains\ndans son tablier bleu de chauffe, \u00e0 peine relev\u00e9e des carreaux de son linol\u00e9um\nqu\u2019elle tentait de nettoyer des coulures de gouaches incrust\u00e9es dans les\nrainures, alors qu\u2019elle avait entendu d\u00e9j\u00e0 un crissement de pneumatiques sur\nl\u2019asphalte du boulevard puis le bruit mat du choc de corps en mouvement, le\nmobile m\u00e9tallique contre un autre qui retombe fatalement comme un sac sur la\nTerre, mais au moment du choc elle ne sait rien ni des objets ni des personnes,\nelle ne sait pas que vous \u00eates concern\u00e9 avant que sa coll\u00e8gue juch\u00e9e sur un\nescabeau pour nettoyer les vitres hautes de la salle qui sert aux jeux des\nenfants de l\u2019\u00e9cole maternelle d\u00e9clare qu\u2019elle avait l\u2019impression qu\u2019une auto\nvenait d\u2019accrocher un v\u00e9lo de couleur dor\u00e9e, qu\u2019elle l\u2019avait vu voler dans\nl\u2019air, le v\u00e9lo, elle est prise d\u2019un doute alors, parce que votre v\u00e9lo est\njustement d\u2019une couleur dor\u00e9e, que le vendeur, Monsieur Arnaud de la Rue Porte-Marillac\navait justement insist\u00e9 sur la raret\u00e9 des v\u00e9los de cette couleur, que justement\nvous deviez arriver \u00e0 cette heure-ci pour poser votre v\u00e9lo contre le mur de\nl\u2019\u00e9cole maternelle pour que de cette mani\u00e8re elle puisse, en quelque sorte,\ngarder un \u0153il dessus le temps de son service au moins et le temps pour vous de\nfaire votre journ\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire en face, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du boulevard, elle\nest sortie en doute, en courant au plus vite dans ses sabots antid\u00e9rapant qui\nfaisaient ventouses avec le b\u00e9ton liss\u00e9 du trottoir tant qu\u2019il restait encore\nde l\u2019eau \u00e0 la surface des semelles de cr\u00eape, \u00e0 chaque pas le talon d\u00e9tach\u00e9 qui\nclaque au plastique et la succion de tant de microscopiques tentacules sur le\nb\u00e9ton liss\u00e9 du trottoir, de plus en plus anim\u00e9s les pas, les traces de moins en\nmoins nettes entre la sortie et sur le trottoir en allant vers le boulevard,\nvotre m\u00e8re qui reconna\u00eet le v\u00e9lo abim\u00e9, qui vous voit enfin recroquevill\u00e9e sur\nla chauss\u00e9e, qui s\u2019affole alors et qui court v\u00e9ritablement \u00e0 cet instant, qui\nvient, \u00e9chevel\u00e9e, inqui\u00e8te, essouffl\u00e9e, et qui d\u00e9couvre l\u2019accident.<\/p>\n\n\n\n<p>Proc\u00e8s-verbal de transport, des constations et des\nmesures prises&nbsp;: Ce jour, vingt-huit Mai mil neuf cent soixante-quatorze,\nnous, Potier Gilbert, Baudou Gaston, Groussin Claude, gendarmes APJ, vu les\narticles 20 et 75 du Code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, rapportons les op\u00e9rations\nsuivantes que nous avons effectu\u00e9es, agissant en uniforme et conform\u00e9ment aux\nordres de nos chefs, des faits en date du dix-huit Mai mil neuf cent\nsoixante-quatorze \u00e0 8 h 10. Sommes avis\u00e9s par un automobiliste de passage \u00e0 8 h\n15. Nous avisons les pompiers pour un fait survenu Boulevard G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle,\nen agglom\u00e9ration. Il s\u2019agit d\u2019une collision entre une V. L. \u00ab&nbsp;B&nbsp;\u00bb et\nun cycliste \u00ab&nbsp;A&nbsp;\u00bb. Un v\u00e9hicule \u00ab&nbsp;B&nbsp;\u00bb conduit par Pichou\nG\u00e9rard, seul \u00e0 bord, circule sur le Boulevard G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle en direction\nd\u2019Angoul\u00eame. Devant lui, circule une bicyclette \u00ab&nbsp;A&nbsp;\u00bb conduite par\nCharrier Patrick, ce dernier change soudain de direction \u00e0 gauche pour\nemprunter une rue reliant la rue de la Paix. La collision se produit.\nL\u2019accident a fait un bless\u00e9 l\u00e9ger. Le bless\u00e9, Charrier Patrick, pr\u00e9sente un\ntraumatisme cr\u00e2nien, h\u00e9matomes, contusion du bassin et de la cheville gauche\n(non hospitalis\u00e9). Monsieur Pichou G\u00e9rard, non bless\u00e9 assiste \u00e0 notre enqu\u00eate.\nDurant notre constat, la circulation a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e par nos soins. Nous\nquittons les lieux qu\u2019apr\u00e8s d\u00e9blaiement complet de la chauss\u00e9e. Le r\u00e9sultat du\nd\u00e9pistage auquel a \u00e9t\u00e9 soumis Pichou G\u00e9rard s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 n\u00e9gatif. Copie annex\u00e9 du\ncertificat m\u00e9dical&nbsp;: Je, soussign\u00e9, Docteur Mariani, certifie avoir\nexamin\u00e9 ce jour le jeune Charrier Patrick qui m\u2019a dit avoir \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un\naccident de la circulation le 18 mai 1974 et qui pr\u00e9sente un traumatisme\ncr\u00e2nien dont la nature sera pr\u00e9cis\u00e9e ult\u00e9rieurement par radiographie, une contusion\ndu bassin et de la cheville gauche, ces diff\u00e9rentes blessures entrainant une\nincapacit\u00e9 de travail de cinq jours \u00e0 partir du jour de l\u2019accident. Fait le 20 mai\n1974, sign\u00e9&nbsp;: illisible.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9rard Pichou roule vers son travail, il \u00e9coute la\nradio, mais il est impatient \u00e0 l\u2019id\u00e9e de regarder ce soir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision la\nretransmission du match France-Argentine avec les Lacombe, Bereta, Sarramagna\u2026 apr\u00e8s\navoir pass\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 tenter de r\u00e9parer sa Malagutti qui ne d\u00e9marrait pas\nce matin, et c\u2019est pour cela qu\u2019il a d\u00fb emprunter la voiture de sa m\u00e8re mais,\nfinalement, c\u2019est tout de m\u00eame bien d\u2019\u00e9couter la radio en fumant les premi\u00e8res\nGitanes du jour, quand bien m\u00eame il se fiche de savoir au fil des informations\nde 8 h le succ\u00e8s de Kissinger dans la r\u00e9solution du conflit entre Isra\u00ebl et la\nSyrie, la nouvelle bombe atomique de l\u2019Inde, peut-\u00eatre m\u00eame il se fiche de\nl\u2019enjeu des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles du 19 quand il avait tout de m\u00eame choisi\nMitterrand au premier tour, comme bien des charentais, qu\u2019ils en parleront sans\ndoute un peu \u00e0 l\u2019atelier, surtout du c\u00f4t\u00e9 des fraiseurs syndiqu\u00e9s qui disent\nque tout \u00e7a ne sert pas \u00e0 grand-chose, que ce sont toujours les ouvriers qui\npaieront \u00e0 la fin et qu\u2019avec l\u2019augmentation du prix du p\u00e9trole bient\u00f4t il ne\nfabriqueront plus de voitures, ou bien que les pi\u00e8ces usin\u00e9es seront inject\u00e9es\nen mati\u00e8res plastiques ou dans un autre mat\u00e9riau que personne ne conna\u00eet encore\naujourd\u2019hui, sauf les am\u00e9ricains, qu\u2019il est tout de m\u00eame bien content d\u2019avoir\ntrouv\u00e9 ce travail pr\u00e8s de chez lui, il pourrait enfin envisager un appartement\nen ville et vivre avec Nelly lorsqu\u2019elle aura termin\u00e9 son apprentissage, mais\nquelle circulation ce matin avec les bus du ramassage scolaire qui n\u2019en\nfinissent pas de d\u00e9poser \u00e0 la queue leu leu leur cargaison de gamins aux \u00e9coles,\ntous plus lents les uns que les autres, pour un peu, il arriverait en retard \u00e0\nla pointeuse et \u00e7a la ficherait plut\u00f4t mal pour un premier mois dans la bo\u00eete,\nd\u00e9j\u00e0 que le patron lui a reproch\u00e9 sa coupe de cheveux, qu\u2019il l\u2019a pris par\nl\u2019\u00e9paule et la ceinture de la c\u00f4te quand il est arriv\u00e9 par derri\u00e8re lui, il ne\nl\u2019avait pas vu arriver, il \u00e9tait pench\u00e9 sur le tour apr\u00e8s avoir chang\u00e9 l\u2019outil,\nun couteau tout neuf, une belle pi\u00e8ce inox, il est arriv\u00e9 par derri\u00e8re pour lui\ndire de faire gaffe et qu\u2019avec son salaire il pourrait maintenant se faire\ncouper les cheveux, et puis voil\u00e0, m\u00eame les m\u00f4mes en v\u00e9lo n\u2019avancent pas alors qu\u2019ils\npourraient rouler sur le trottoir de droite, qu\u2019ils arriveraient plus vite \u00e0\nl\u2019\u00e9cole, qu\u2019ils laisseraient la route \u00e0 ceux qui travaillent et qui rouleraient\nainsi en voiture plus tranquilles sans tout ce bazar de la circulation du\nsamedi matin, surtout avec le soleil de face.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous relevons deux traces de freinage. L\u2019une se trouve\n\u00e0 20 m,80&nbsp; du PFI (d\u00e9but de trace) elle\nmesure 5m,10 de long elle se situe \u00e0 0,90 de l\u2019axe m\u00e9dian de la chauss\u00e9e, elle\nprovient de la roue arri\u00e8re gauche. La seconde trace mesure 4m,50, elle est\nparall\u00e8le \u00e0 la premi\u00e8re. Le point de choc pr\u00e9sum\u00e9 quant \u00e0 lui se trouve \u00e0\n16m,80 du PF.I. La pompe \u00e0 v\u00e9lo de \u00ab&nbsp;A&nbsp;\u00bb se situe \u00e0 6m,70 du P.F.I,\nle cartable d\u2019\u00e9colier est situ\u00e9 \u00e0 5m,40 du PF.I. Constatations concernant les\nlieux&nbsp;: Soleil, Boulevard g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, plein jour, partie\nrectiligne, route plate, profil normal, 8m,80 de large, en bon \u00e9tat, Bitume,\nsec normal, \u00e0 deux voix mat\u00e9rialis\u00e9es, vitesse limit\u00e9e \u00e0 60kms h\n(agglom\u00e9ration), bonne visibilit\u00e9, trottoirs avec maisons d\u2019habitation, sans\nobstacle. Constatations concernant les v\u00e9hicules&nbsp;: Cycle Motob\u00e9cane, cadre\nnum\u00e9ro 22816, en bon \u00e9tat et conforme \u00e0 la l\u00e9gislation en vigueur, Renault\nR.16, immatricul\u00e9e 928 I.Q. 16, appartenant \u00e0 Madame Pichou Simone, mise en\ncirculation le 6 d\u00e9cembre 1966, c\u00f4t\u00e9 de conduite \u00e0 gauche, 4,23 par 1,63,\n\u00e9clairage fonctionnel et conforme \u00e0 la l\u00e9gislation en vigueur, les deux pneus\navant sont de marque Michelin ZX usure 10% ils pr\u00e9sentent des sculptures\napparentes sur toute la surface de roulement. Les pneus arri\u00e8re sont de marque\nFirestone usure 20%, pr\u00e9sentent les sculptures apparentes sur toute la surface\nde roulement, totalisateur kilom\u00e9trique \u00e0 90994, v\u00e9hicule au point mort,\navertisseur en bon \u00e9tat. Les deux garde boue de la bicyclette sont tordus, la\nfourche avant l\u00e9g\u00e8rement pli\u00e9e ainsi que le guidon. On remarque une coupure de\nla t\u00f4le sur le capot moteur de la voiture, c\u00f4t\u00e9 gauche. Renseignements\nadministratifs&nbsp;: Charrier Patrick, n\u00e9 le 10 aout 1963, \u00e9colier, La\nProtectrice n\u00b0 1840743 au 45 Rue de Ch\u00e2teaudun, Paris 9<sup>i\u00e8me<\/sup>. Agent\nlocal, Monsieur Frouard et fils, 180 Bld de la R\u00e9publique \u00e0 Angoul\u00eame. Puis,\nPichou G\u00e9rard, n\u00e9 le 18 avril 1955, tourneur, permis \u00ab&nbsp;B&nbsp;\u00bb d\u00e9livr\u00e9 le\n16 novembre 1973, Mutuelle du Poitou n\u00b0 150 L. 2284IIM.34C. au 47 Rue de la\ncath\u00e9drale, Poitiers (86). Agent local, Monsieur Coez Andr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Votre p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu par un voisin qui travaille\nlui aussi \u00e0 l\u2019usine, il fait la nuit actuellement car il faut livrer quelques\nkilom\u00e8tres suppl\u00e9mentaires de tissus imprim\u00e9s aux clients de Constantine, il a\nfailli tr\u00e9bucher sur la passerelle de la Stork avec une louche dans chaque\nmain, il s\u2019est r\u00e9tabli de la droite sans rien perdre du Jaune mais il a vers\u00e9\nune bonne moiti\u00e9 de la louche Magenta sur le ciment de l\u2019atelier, qu\u2019il faudra\n\u00e9ponger et laver, puis il s\u2019est dirig\u00e9 vers le parking sans \u00f4ter sa blouse\nmacul\u00e9e de couleurs comme celle d\u2019un peintre, juste une pause au bureau du chef\ndu personnel pour explication, il passait devant sur le chemin du parking, il\nlui a fallu cinq minutes pour arriver jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accident o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 on vous\nportait vers l\u2019ambulance des pompiers, il est rest\u00e9 avec les gendarmes alors\nque votre m\u00e8re vous accompagnait jusqu\u2019\u00e0 la clinique Foucher (Patrick ne portait\naucune blessure apparente et le Docteur Foucher a ordonn\u00e9 de le reconduire \u00e0\nson domicile et de le laisser au lit et de lui surveiller la temp\u00e9rature), il a\nvoulu comprendre comment, malgr\u00e9 toutes ses explications et les kilom\u00e8tres\nd\u2019exercices parcourus ensemble le dimanche vous aviez pu, vous auriez pu,\ncouper un boulevard \u00e0 cette heure-ci de la droite vers la gauche, sans regarder\nen arri\u00e8re, sans pr\u00e9caution, sans au moins tendre le bras pour indiquer le\nchangement de direction, et qu\u2019il se pouvait peut-\u00eatre que la voiture de Pichou\nd\u00e9passait trop vite le v\u00e9lo qui de fait aurait \u00e9t\u00e9 surpris, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis,\nquand il envisageait de s\u2019orienter sur la gauche, qu\u2019il s\u2019agissait surtout de\nconna\u00eetre la gravit\u00e9 des faits, de savoir au plus vite s\u2019il existerait des\ns\u00e9quelles du traumatisme de l\u2019accident mais que pour le moment, Patrick n\u2019\u00e9tait\npas bless\u00e9, qu\u2019il \u00e9tait indemne, que c\u2019\u00e9tait bien l\u00e0 l\u2019essentiel et que si\ntoutefois il faisait de la temp\u00e9rature votre p\u00e8re ferait appel au docteur (il\nn\u2019h\u00e9siterait pas) et qu\u2019il en aviserait \u00e9galement les gendarmes, qu\u2019en\nattendant, il n\u2019y avait sans doute pas lieu d\u2019\u00e9tablir un constat d\u2019accident,\njuste un constat \u00e0 l\u2019amiable, mais tout de m\u00eame, le cadre de votre v\u00e9lo \u00e9tait\nfauss\u00e9 et ray\u00e9 de partout \u00e0 cause du frottement contre le bitume de la route,\nil \u00e9tait presque inutilisable, votre sac d\u2019\u00e9colier \u00e9tait d\u00e9chir\u00e9, un sac en\ncuir, qu\u2019une demande de d\u00e9dommagement pourrait \u00eatre envisag\u00e9e pour le cycle et\npour le cartable, qu\u2019il faudrait se rendre \u00e0 Angoul\u00eame pour (vous) faire passer\nune radio de la t\u00eate chez le Docteur Chauvois.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jour vingt et un Mai mil neuf cent\nsoixante-quatorze, nous, soussign\u00e9 Potier Gilbert, gendarme A.P.J., vu les\narticles 20 et 75 du Code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, rapportons les op\u00e9rations\nsuivantes que nous avons effectu\u00e9es, agissant en uniforme et conform\u00e9ment aux\nordres de nos chefs, le dix-huit Mai mil neuf cent soixante-quatorze \u00e0 son\ndomicile, nous gendarme Potier avons entendu&nbsp;: Monsieur Pichou G\u00e9rard, 19\nans, c\u00e9libataire, tourneur, fils de Andr\u00e9 et de Simone Pichou (n\u00e9e Chouzeau),\nde nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, qui d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce matin vers 8 h 05 j\u2019ai\nquitt\u00e9 le domicile de mes parents \u00e0 bord de la voiture R.16 n\u00b0 928 I.Q. 16\nappartenant \u00e0 ma m\u00e8re. Je me rendais \u00e0 mon travail et je circulais sur le\nboulevard G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle en direction d\u2019Angoul\u00eame. Je me trouvais \u00e0 la\nhauteur des \u00e9coles, je circulais \u00e0 ma droite et je roulais \u00e0 50 kms heure environ.\nDevant moi il se trouvait un enfant qui circulait \u00e0 bicyclette, il \u00e9tait \u00e0 sa\ndroite. Il se trouvait \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres devant moi. Soudain, il a\nbifurqu\u00e9 \u00e0 gauche pour prendre une rue qui relie la rue de la Paix. J\u2019ai\nfrein\u00e9, et la collision a eu lieu. Je roulais presque au pas. Je n\u2019ai pas\nremarqu\u00e9 si l\u2019enfant a tendu son bras gauche pour effectuer sa man\u0153uvre. Au\nchoc la bicyclette a \u00e9t\u00e9 <s>d\u00e9port\u00e9e<\/s> projet\u00e9e (I mot ray\u00e9 nul. \/ P. G.),\nquant au cycliste il est tomb\u00e9 sur la route \u00e0 quelque m\u00e8tres de mon v\u00e9hicule.\nJe suis descendu de ma voiture et me suis port\u00e9 au secours du cycliste, il\nvoulait se relever, il ne portait aucune trace de sang, il pleurait. Les\npompiers sont venus sur les lieux, ont \u00e9vacu\u00e9 l\u2019enfant sur la clinique Foucher.\nL\u2019enfant examin\u00e9 par le docteur a regagn\u00e9 le domicile n\u2019\u00e9tant pas bless\u00e9. Avec\nla partie adverse, je vais \u00e9tablir un constat \u00e0 l\u2019amiable, de ce fait il est\ninutile que la Gendarmerie \u00e9tablisse un constat. Le v\u00e9hicule de ma m\u00e8re porte\nune coupure sur le capot moteur c\u00f4t\u00e9 gauche ainsi que le r\u00e9troviseur appos\u00e9 c\u00f4t\u00e9\ngauche&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>A vrai dire, c\u2019est le souffle d\u2019un chien sur vos\nmollets que vous aviez senti au moment de l\u2019impact, ce moment o\u00f9 la voiture\nvoulait vous d\u00e9passer alors que vous, vous deviez prendre la rue l\u00e0, sur votre\ngauche, et c\u2019est un air d\u00e9j\u00e0 chaud que vous aviez ressenti en montant dans les\nairs de la m\u00eame mani\u00e8re que votre minuscule machine \u00e0 p\u00e9dales faite de tubes\ndor\u00e9s soud\u00e9s et de petites t\u00f4les pli\u00e9es argent\u00e9es, vous \u00e9tiez l\u2019espace d\u2019une\nseconde un ange en d\u00e9part vers le ciel avant de retomber assis sur la route,\npuis couch\u00e9 allong\u00e9 \u00e9tal\u00e9, la joue pos\u00e9e sur le bitume ti\u00e8de, une seconde\nencore \u00e0 ne savoir que faire du plaisir de dormir ici au milieu d\u2019un trafic de\nvoitures et de bus, les copains de l\u2019\u00e9cole qui regardaient sans doute, les\nparents effar\u00e9s effray\u00e9s effondr\u00e9s du spectacle qui aurait pu \u00eatre le leur,\npuis ce besoin de pleurer ou de sentir le vivant qui vous animait et peut-\u00eatre\naviez-vous cru alors que les larmes que vous gouttiez \u00e0 la commissure de vos\nl\u00e8vres pouvaient tout aussi bien \u00eatre le sang chaud qui s\u2019\u00e9coulait de votre\nfront, le visage d\u2019un jeune homme pench\u00e9 tout d\u2019abord sur vous, la voix de\nvotre m\u00e8re enfin, noy\u00e9e dans la sir\u00e8ne des pompiers, tous les sons de la rue soudain\ndans le cercle de votre corps en d\u00e9p\u00f4t sur le sol, allong\u00e9 sur une route aux\nhabitudes si passantes et vous, \u00e0 bloquer ainsi toute la circulation vous songiez\nque vous \u00e9tiez remarqu\u00e9 enfin, que l\u2019on s\u2019occupait de vous (\u00ab&nbsp;Ne bouge\npas&nbsp;\u00bb disait quelqu\u2019un), que vous seriez h\u00e9ros ou bien puni, sans \u00eatre\ncapable alors d\u2019imaginer la suite, parce que vous manqueriez l\u2019\u00e9cole une\nsemaine, quelques jours \u00e0 peine, \u00e0 la veille des derniers examens du passage en\nsixi\u00e8me, le risque peut-\u00eatre pour l\u2019\u00e9cole de ne pas afficher comme \u00e0 son\nhabitude une r\u00e9ussite parfaite de ses passages en sixi\u00e8me, et vous vous vous\nsouvenez aussi de cette convocation dans le bureau du directeur, le parquet de\nbois qui craquait au moindre mouvement de vos pieds comme vous restiez debout,\nqui tenait moins de la cire que du vomis des insectes punais\u00e9s encadr\u00e9s aux\nmurs du bureau sombre, et de la poussi\u00e8re des livres de prix, des r\u00e9cits des\nhistoires de Jeanne d\u2019Arc remis en l\u2019honneur de g\u00e9n\u00e9rations de vos\npr\u00e9d\u00e9cesseurs m\u00e9ritants mais vous, vous aviez manqu\u00e9 des le\u00e7ons, vous aviez\nmanqu\u00e9 des devoirs, certes par accident, c\u2019\u00e9tait dommage regrettable navrant,\nmais vous ne pourriez pas avec un tel retard poursuivre de suite dans la classe\nsup\u00e9rieure, il vous faudrait revenir, une ann\u00e9e encore de v\u00e9lo, de boulevard,\nde cours renvoy\u00e9s, sans vos amis sans votre meilleur ami, votre mentor, tuteur,\npygmalion que jamais vous ne rejoindriez dans une autre classe d\u2019\u00e9tude comme\ncelles que vous viviez ensemble dans ces ann\u00e9es d\u2019enfance, ces mots \u00e9chang\u00e9s,\nces promesses, ces r\u00eaves envol\u00e9s dans le ciel de l\u2019accident qui jamais ne\nreviendraient en arri\u00e8re, ne remonteraient ce temps b\u00e9ni de la g\u00e9mellit\u00e9, vous\naviez d\u00fb ramper seul et vous ramperiez encore jusqu\u2019\u00e0 manger la terre, la\nprendre la mordre la tordre et depuis votre sol la jeter \u00e0 la face de ce qui\nvous domine. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Votre m\u00e8re est sortie en courant presque de la grande salle de jeux pour les enfants de l\u2019\u00e9cole maternelle qui donne sur l\u2019all\u00e9e des \u00e9coles et qui m\u00e8ne vers la rue de la Paix, \u00e0 peine s\u2019est-elle essuy\u00e9e les mains dans son tablier bleu de chauffe, \u00e0 peine relev\u00e9e des carreaux de son linol\u00e9um qu\u2019elle tentait de nettoyer des coulures <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/solage\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># 1 \/ Solage<\/span><span 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