{"id":222847,"date":"2026-10-01T23:55:14","date_gmt":"2026-10-01T21:55:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222847"},"modified":"2026-10-01T23:55:14","modified_gmt":"2026-10-01T21:55:14","slug":"arts-de-la-fiction-03-ecrits-filmes-six-scenes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-03-ecrits-filmes-six-scenes\/","title":{"rendered":"#arts de la fiction #03 | \u00e9crits film\u00e9s, six sc\u00e8nes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sc\u00e8ne 2\/17. Plan fixe. Un air des ann\u00e9es&nbsp;50, du rock\u2019n\u2019roll. Depuis l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un v\u00e9hicule, vue \u00e0 travers le pare-brise. L\u2019ext\u00e9rieur est tout gris, on ne distingue rien. Dans un coin de l\u2019image, une main sur ce qu\u2019on imagine \u00eatre un levier de vitesse, les doigts tapent la mesure. Sentiment de libert\u00e9, le spectateur est embarqu\u00e9 dans une voiture. Insouciance. Zoom arri\u00e8re dans l\u2019habitacle. On d\u00e9couvre le tableau de bord, immense, complexe. Vision futuriste. Le conducteur porte un casque audio, il l\u2019enl\u00e8ve lentement. Le rock\u2019n\u2019roll jusque l\u00e0 fluide laisse la place \u00e0 un vrombissement sourd et continu. Ce n\u2019est pas l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une voiture, c\u2019est la cabine d\u2019un avion. Le pilote sourit tout en remuant la t\u00eate, on entend le rock en musique de fond derri\u00e8re le vacarme des moteurs. Une voix&nbsp;: \u00ab\u2009<em>On y est bient\u00f4t\u2009?<\/em>\u2009\u00bb C\u2019est le pilote qui pose la question. Silence, vingt secondes, rien ne se passe. Vrombissement, rock en arri\u00e8re son qui s\u2019\u00e9chappe du casque, masses grises qui d\u00e9filent derri\u00e8re le pare-brise. Une autre voix, on ne voit pas \u00e0 l\u2019image qui parle&nbsp;: \u00ab\u2009<em>Quinze minutes \u00e0 peu pr\u00e8s. On peut commencer la phase de pr\u00e9paration. V\u00e9rifie les commandes\u2026<\/em>\u2009\u00bb Les doigts du pilote appuient sur des boutons, actionnent des interrupteurs, tapotent la vitre d\u2019un cadran.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sc\u00e8ne&nbsp;4\/2. Une petite fille sur un v\u00e9lo dot\u00e9 de roulettes dans un parc public. Elle p\u00e9dale devant sa m\u00e8re qui pousse un landau dans lequel on devine un b\u00e9b\u00e9. Il fait soleil, l\u2019instant est paisible. Une musique douce, du piano classique. La fillette s\u2019\u00e9loigne de sa m\u00e8re. On entend&nbsp;: \u00ab\u2009<em>Ne va pas trop loin\u2026<\/em>\u2009\u00bb. Mais la petite fille continue, ses cheveux volent dans le vent. La cam\u00e9ra suit l\u2019enfant. Pendant un instant, elle prend la place de ses yeux. Elle croise des gens qui se prom\u00e8nent, un couple se tient par la main, un homme court. Dans une all\u00e9e sous les arbres, d\u2019autres enfants jouent. La cam\u00e9ra quitte la petite fille pour les suivre. Un gar\u00e7on court \u00e0 la poursuite de son ami, celui-ci rit comme s\u2019il savait qu\u2019il allait finir par le rattraper. L\u2019in\u00e9luctable le fait rire. Un joggeur passe derri\u00e8re les gamins (aper\u00e7u dans un plan pr\u00e9c\u00e9dent), la cam\u00e9ra le suit. L\u2019homme tourne au bout de l\u2019all\u00e9e, sort du parc et continue sur le trottoir. Toujours la m\u00eame musique douce. L\u2019image peu \u00e0 peu est envahie de lumi\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 saturation, le spectateur comprend qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une vision d\u00e9form\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9, ou une autre r\u00e9alit\u00e9, diff\u00e9rente de ce qu\u2019elle montre. L\u2019\u00e9cran devient tout blanc. On entend le ronronnement de moteurs d\u2019avions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sc\u00e8ne 4\/26. Int\u00e9rieur jour. Des bruits lointains, comme des d\u00e9tonations (des coups de feu\u2009?). L\u2019int\u00e9rieur d\u2019un appartement richement d\u00e9cor\u00e9. Suite de travellings, un \u0153il qui scrute tous les d\u00e9tails. Une multitude de d\u00e9tails. La statuette d\u2019un gorille peinte en jaune et bleu. Un tableau, la vague d\u2019Hokusai pixelis\u00e9e en capsules de bouteilles de bi\u00e8re. Un mainate empaill\u00e9 tenant dans son bec un collier de perles. Un abat-jour en plumes blanches. Un pied de lampadaire avec la statue en bronze d\u2019un singe accroch\u00e9. Un authentique tourne-disque sur lequel un 33&nbsp;tours est plac\u00e9 avec une \u00e9tiquette rouge, blanc et vert en son centre, sur laquelle est \u00e9crit (gros plan) \u00ab\u2009Atlantic &#8211; King Crimson \u2014 Red &#8211; Stereo One &#8211; \u24df 1974 ATLANTIC \u2014 1. Red (8:20) Fripp &#8211; 2. Fallen Angel (6&nbsp;h) Fripp\/Wetton\/Palmer-Jones \u2014 3. One more red nightmare (illisible) Fripp\/Wetton \u2014 produced by King Crimson for E. G. records\u2009\u00bb (le reste de l\u2019\u00e9tiquette est arrach\u00e9e). Un paquet de cigarettes \u00ab\u2009Lucky Strike\u2009\u00bb ouvert \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un cendrier en cristal dans lequel une cigarette allum\u00e9e laisse \u00e9chapper un panache de fum\u00e9e parfaitement vertical. Un verre bris\u00e9 sur le sol. La cam\u00e9ra change de pi\u00e8ce. Un porte-parapluie avec une canne en osier, surmont\u00e9 d\u2019un porte-manteau sur lequel sont accroch\u00e9s un chapeau de femme et une \u00e9charpe \u00e0 carreaux. La porte d\u2019entr\u00e9e est ouverte. Des d\u00e9tonations au loin (un feu d\u2019artifice\u2009?). Des cris d\u2019affolement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sc\u00e8ne&nbsp;5\/1. Plus un son. L\u2019\u00e9cran est noir, rien ne se passe pendant dix secondes, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on per\u00e7oive des bruits diffus. Progressivement, on distingue une respiration saccad\u00e9e ponctu\u00e9e de quelques g\u00e9missements. Des formes grises sans qu\u2019on distingue ce qu\u2019elles repr\u00e9sentent bougent \u00e0 l\u2019image. \u00c9cran noir de nouveau. Un appel \u00e0 l\u2019aide, \u00e9touff\u00e9. Un chien aboie. Un sifflement continu. Les formes grises se changent en silhouettes. Cam\u00e9ra fixe. Le film est en noir, gris et blanc. Les ombres s\u2019agitent puis l\u2019\u00e9cran s\u2019obscurcit. Les traits flous d\u2019un visage en gros plan. Une voix&nbsp;: \u00ab\u2009<em>Madame. Madame, vous m\u2019entendez\u2009? Madame, r\u00e9pondez-moi, vous m\u2019entendez\u2009?<\/em>\u2009\u00bb Bruits de gravats qui s\u2019\u00e9coulent. La m\u00eame voix, forte&nbsp;: \u00ab\u2009<em>J\u2019en ai une l\u00e0. J\u2019en ai une\u2009!\u2009<\/em>\u00bb Silence, l\u2019\u00e9cran s\u2019obscurcit \u00e0 nouveau. La m\u00eame voix&nbsp;: \u00ab\u2009<em>Merde, on la perd. Madame, madame, restez avec moi\u2009! Restez\u2009! Ne fermez pas les yeux.\u2009<\/em>\u00bb La voix s\u2019\u00e9loigne en criant \u00ab\u2009MADAME, MADAME\u2009\u00bb. \u00c9cran noir. Un sifflement continu, un c\u0153ur qui bat (bodom, bodom, bodom), pas d\u2019autres sons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sc\u00e8ne 8\/12. Plan am\u00e9ricain fixe. Une femme portant un tablier \u00e9pluche des oignons sur une table de cuisine. Une t\u00e9l\u00e9vision est allum\u00e9e. On entend&nbsp;: \u00ab\u2009<em>\u2026avez perdu votre m\u00e8re dans le bombardement. Une victime parmi les 3842&nbsp;officiellement recens\u00e9s. Comment vivez-vous cette brutale disparition\u2009?\u2009<\/em>\u00bb Une autre voix venant de l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019appartement, hors cadre&nbsp;: \u00ab\u2009<em>Arr\u00eate un peu avec \u00e7a, ces putains de journalistes n\u2019ont aucune d\u00e9cence, ils remuent la merde pour vendre leur camelote pendant la pub et se faire du fric sur le dos de la catastrophe. Arr\u00eate de regarder ces conneries\u2009!\u2009<\/em>\u00bb <em>Une autre<\/em> voix, sortant \u00e0 son tour du poste de t\u00e9l\u00e9 \u00ab\u2009<em>Je ne peux m\u00eame pas faire mon deuil, on n\u2019a pas retrouv\u00e9 son corps. Elle a disparu, mais en v\u00e9rit\u00e9, on ne sait rien. Elle est peut-\u00eatre en vie quelque part en ce moment\u2009? Elle est\u2026<\/em>\u2009\u00bb La t\u00e9l\u00e9 s\u2019\u00e9teint subitement, un homme surgit \u00e0 l\u2019image, il est en maillot de corps et tient \u00e0 la main la prise du poste qu\u2019il a d\u00e9branch\u00e9e. \u00ab\u2009<em>Pourquoi tu t\u2019infliges \u00e7a\u2009?<\/em> \u00ab\u2009L\u2019homme enlace la jeune femme qui continue d\u2019\u00e9plucher ses oignons. Il lui d\u00e9pose un baiser sur la t\u00eate. La femme pleure \u00e0 cause des oignons.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sc\u00e8ne 9\/32. Cam\u00e9ra fixe. Ce sont les images enregistr\u00e9es par la cam\u00e9ra de surveillance&nbsp;U303 \u00e0 l\u2019angle de la rue Babillot et de Springfield Avenue \u00e0 12&nbsp;h&nbsp;24 le 13&nbsp;ao\u00fbt 2042, comme l\u2019indique le texte en surimpression dans le coin inf\u00e9rieur droit de l\u2019image. L\u2019image est de mauvaise qualit\u00e9, elle est parsem\u00e9e de points blancs qui se densifient par moments. L\u2019image fixe montre une partie du trottoir dans la partie inf\u00e9rieure gauche, plusieurs voitures gar\u00e9es le long de la chauss\u00e9e dont une en particulier, de couleur claire, et un morceau de la rue Babillot dans la partie sup\u00e9rieure droite de l\u2019image, o\u00f9 passent des esquisses de voitures et, plus distinctement, quelques v\u00e9los. Un v\u00e9lo passe \u00e0 droite, un homme de dos traverse le coin gauche. Soudain la cam\u00e9ra bouge. L\u2019angle de vue ne change pas. Une femme passe en courant en tant son sac sur la t\u00eate. Un poteau \u00e9lectrique tombe sur la voiture de couleur claire et lui explose le pare-brise. Une voiture vient s\u2019encastrer sur la partie du poteau qui d\u00e9passe sur la chauss\u00e9e. L\u2019image devient brouill\u00e9e. Zoom arri\u00e8re, les images de la cam\u00e9ra de surveillance \u00e9taient projet\u00e9es sur un \u00e9cran devant lequel se tient une dizaine de personnes. On ne voit pas leur visage, elles sont de dos. On entend juste une voix dire&nbsp;: \u00ab\u2009<em>C\u2019est tout ce qu\u2019on a.<\/em>\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sc\u00e8ne 12\/18. La photo en 4e de couverture du livre pos\u00e9 sur un banc est celle d\u2019une femme souriante, la quarantaine, les cheveux bruns et soigneusement coiff\u00e9s. L\u2019ouvrage de Charlize Yokeyoshda (c\u2019est son nom) est intitul\u00e9 \u00ab\u2009<em>Po\u00e9sies de l\u2019abandon<\/em>\u2009\u00bb. Mouvement de cam\u00e9ra, changement de focale, on d\u00e9couvre le d\u00e9cor. C\u2019est un parc qui ressemble \u00e9trangement \u00e0 celui du d\u00e9but du film. Le parc semble identique, il rappelle en tous points le pr\u00e9c\u00e9dent dont on sait qu\u2019il a disparu dans le bombardement. Les immeubles entourant le parc, en revanche, sont diff\u00e9rents, ils sont enti\u00e8rement vitr\u00e9s et on distingue les int\u00e9rieurs empil\u00e9s les uns sur les autres. Une silhouette floue appara\u00eet \u00e0 l\u2019image, elle est encore impr\u00e9cise comme si la cam\u00e9ra n\u2019arrivait pas \u00e0 afficher une image nette. La personne approche, c\u2019est une femme qu\u2019on imagine \u00e2g\u00e9e parce qu\u2019elle boitille et qu\u2019elle s\u2019aide d\u2019une canne en osier. Elle porte une \u00e9charpe \u00e0 carreaux. Elle s\u2019approche du banc sur lequel est d\u00e9pos\u00e9 le livre retourn\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 reconna\u00eetre Charlize Yokeyosheda. Elle est plus \u00e2g\u00e9e, son visage est marqu\u00e9 par le temps, des rides plissent le contour des yeux, ses cheveux ont une couleur argent\u00e9e, mais la m\u00eame lueur brille dans son regard. La vieille dame s\u2019assied sur le banc, aper\u00e7oit le livre, le prend dans ses mains, le regarde et sourit quand elle se reconna\u00eet. Avant de reposer l\u2019ouvrage \u00e0 sa place. Gros plan sur la photo et sur le texte l\u2019accompagnant. \u00ab\u2009<em>Figure majeure du courant po\u00e9tique pr\u00e9apocalyptique, Charlize Yokeyosheda a disparu lors du bombardement de la biblioth\u00e8que Takeda en 2043<\/em>.\u2009\u00bb Douce musique au piano.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/denise-jans-9lTUAlNB87M-unsplash-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-222848\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/denise-jans-9lTUAlNB87M-unsplash-683x1024.jpg 683w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/denise-jans-9lTUAlNB87M-unsplash-280x420.jpg 280w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/denise-jans-9lTUAlNB87M-unsplash-768x1152.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/denise-jans-9lTUAlNB87M-unsplash-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/denise-jans-9lTUAlNB87M-unsplash-1365x2048.jpg 1365w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/denise-jans-9lTUAlNB87M-unsplash-scaled.jpg 1707w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><br>Photo de\u00a0<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/@dmjdenise?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Denise Jans<\/a>sur\u00a0<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/fr\/photos\/photographie-dun-film-de-bobine-dappareil-photo-9lTUAlNB87M?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Unsplash<\/a><\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sc\u00e8ne 2\/17. 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