{"id":222991,"date":"2026-10-03T22:07:58","date_gmt":"2026-10-03T20:07:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=222991"},"modified":"2026-10-03T23:00:38","modified_gmt":"2026-10-03T21:00:38","slug":"arts-de-la-fiction-03-georges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-03-georges\/","title":{"rendered":"#Arts de la fiction #03 | Georges\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9cor sc\u00e8ne 1<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un bar tr\u00e8s sp\u00e9cial. Sur le fronton on lit <em>Le Hangar<\/em>. Quand on entre il y a bien un comptoir, avec derri\u00e8re des verres et des bouteilles, des places o\u00f9 s\u2019asseoir. On est sous une grande b\u00e2che, il y fait tout le temps tr\u00e8s chaud, on est coll\u00e9-serr\u00e9, on boit, on rit, on chante. On est dans un lieu curieux. Un bar gratuit avec pourboire strictement interdit. Pas un bar du temps de la Prohibition, pas un bar illicite, pas la moindre pi\u00e8ce de monnaie en circulation, pas le plus petit ou gros billet de banque en vue. La devise du tenancier dans ce petit espace ouvert tous les week-ends de midi \u00e0 quatorze heures tapantes : <em>Quand on aime on ne compte pas.<\/em> En hiver le ti-punch r\u00e9chauffe les corps et les esprits. En \u00e9t\u00e9 c\u2019est sept jours sur sept open bar aux m\u00eames horaires. Les habitu\u00e9s apportent une bouteille, du saucisson, des cacahu\u00e8tes. On est en 2025. Sur un des murs on lit&nbsp;: <em>ici pas de wifi parlez les uns avec les autres faites comme si on \u00e9tait en 1995.<\/em> On y vient pour partager le plaisir simple d\u2019\u00eatre ensemble et se parler les yeux dans les yeux. On se raconte des histoires, on fait connaissance, on se revoit le lendemain, aux prochaines vacances ou des ann\u00e9es plus tard, ou jamais. Le tenancier sert les verres d\u2019une amiti\u00e9 sinc\u00e8re. Sans rien demander. Sans rien attendre. Rencontres improbables, insolites, m\u00e9lange des genres, et parfois des pique-assiettes qui s\u2019\u00e9liminent tous seuls de ce grand cercle mouvant. Qui danse comme les mar\u00e9es rythment un temps suspendu sur ce minuscule caillou qui flotte sur la mer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sc\u00e8ne 1<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le dernier jour. Georges ferme son bar, quitte l\u2019\u00eele apr\u00e8s vingt-cinq ann\u00e9es de bonnes et juteuses gorg\u00e9es de ti-punch offertes \u00e0 qui a bien voulu le rencontrer, apprendre \u00e0 le conna\u00eetre. C\u2019est la f\u00eate au Hangar. C\u2019est joyeux et triste. Tout le monde ou presque est l\u00e0. La musique coule \u00e0 flot, guitare, batterie et voix rocailleuse au micro. On s\u2019embrasse comme sur le quai d\u2019une gare. Dans sa salopette multicolore, derri\u00e8re le bar, Georges lave et remplit les verres, avec le m\u00eame sourire des premiers jours. La foule s\u2019agglutine, d\u00e9borde sur la route. Il fait chaud, les corps et les c\u0153urs transpirent. On sait que c\u2019est la fin, tout le monde fait mine de rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Travelling \u2013 flash-back sc\u00e8ne 2<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voix off de Georges : <em>Le plus beau jour de ma vie est une nuit. Ce moment attendu depuis trop longtemps dans le silence de mes souffrances. Le passage de l\u2019ombre \u00e0 la lumi\u00e8re. De la nuit du 25 avril 1979 au matin du 26, \u00e0 minuit et une seconde. Pas une de moins, pas une de plus.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que tout le monde dort, portes des chambres du premier \u00e9tage ferm\u00e9es, il descend le plus silencieusement possible l\u2019escalier, chaussures \u00e0 la main. Il s\u2019enfuit de la maison familiale, sans rien, juste ce qu\u2019il porte sur lui. Une chemise noire, un pull vert fonc\u00e9, une \u00e9charpe en laine gris anthracite, un pantalon en velours marron, des chaussettes noires et de vieilles baskets \u00e0 la couleur ind\u00e9finissable. Pas d\u2019argent, pas de brosse \u00e0 dent, pas de peigne, pas m\u00eame un cro\u00fbton de pain pour la route. Il ne veut rien emporter. Le moindre objet, utile par temps d\u2019\u00e9vasion, lui rappellerait sa vie d\u2019avant. On le suit. Il marche pendant plusieurs heures pour rejoindre la nationale. Un bruit de moteur dans la nuit, il tente l\u2019auto stop. Un homme dans une Mercedes bleu marine s\u2019arr\u00eate. Il lui dit qu\u2019il monte \u00e0 Paris. Il r\u00e9pond moi aussi. C\u2019est faux, il ne sait pas o\u00f9 aller, o\u00f9 il va, mais il y va. Loin, le plus loin possible de cet enfer qui a dur\u00e9 de sa naissance \u00e0 ses dix-huit ans. Pas une seconde de plus. Alors pourquoi pas Paris.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-video\"><video height=\"848\" style=\"aspect-ratio: 464 \/ 848;\" width=\"464\" controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/video.mp4\"><\/video><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9cor sc\u00e8ne 1 C\u2019est un bar tr\u00e8s sp\u00e9cial. Sur le fronton on lit Le Hangar. Quand on entre il y a bien un comptoir, avec derri\u00e8re des verres et des bouteilles, des places o\u00f9 s\u2019asseoir. On est sous une grande b\u00e2che, il y fait tout le temps tr\u00e8s chaud, on est coll\u00e9-serr\u00e9, on boit, on rit, on chante. 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