{"id":223124,"date":"2026-10-05T23:41:35","date_gmt":"2026-10-05T21:41:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=223124"},"modified":"2026-10-05T23:55:42","modified_gmt":"2026-10-05T21:55:42","slug":"arts-de-la-fiction-03-la-vieille-ville-et-le-musicien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-03-la-vieille-ville-et-le-musicien\/","title":{"rendered":"#arts de la fiction #03 | la Vieille-Ville et le musicien"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PERSONNAGES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La foule<\/strong>, touristes, habitants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les marchands<\/strong> de p\u00e2tes, \u00e9pices, morue, tapenade, socca. Immobiles au milieu du mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le musicien<\/strong>, grand, la cinquantaine, yeux d&rsquo;un bleu intense. Violoniste. Habite au dernier \u00e9tage d&rsquo;un immeuble de la Vieille Ville.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La voix<\/strong>, voix off, grave, presque murmur\u00e9e. C\u2019est la Vieille-Ville qui parle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9QUENCE 1<\/strong> <strong>L&#8217;embouchure<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>En ext\u00e9rieur de jour. La Vieille-Ville. D\u00e9but d&rsquo;apr\u00e8s-midi, lumi\u00e8re blanche.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN FIXE<\/strong><strong>,<\/strong> large, l\u00e9g\u00e8rement en plong\u00e9e<strong>&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une rue encore respirable. Des passants isol\u00e9s avancent \u00e0 leur rythme, se croisent sans se voir. Chacun suit sa ligne. Le plan dure, s&rsquo;installe. On laisse le temps s&rsquo;\u00e9couler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SON<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rumeur lointaine de la mer, un v\u00e9lo, des voix. Pas de musique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu \u00e0 peu le cadre se remplit. Les corps se rapprochent. Deux courants se dessinent : celui qui vient de la mer, celui qui descend la rejoindre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>TRAVELLING LAT\u00c9RAL<\/strong> lent, \u00e0 hauteur d&rsquo;\u00e9paule, dans le sens du premier flux. Le second flux passe en sens inverse, visages flous, frottements d&rsquo;\u00e9paules. La cam\u00e9ra h\u00e9site, comme un passant qui ne saurait pas quel c\u00f4t\u00e9 choisir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9QUENCE 2<\/strong> <strong>Les \u00e9tals<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>En ext\u00e9rieur de jour. Rue \u00e9troite, \u00e9tals d\u00e9bordant sur la chauss\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>TRAVELLING AVANT<\/strong>, cam\u00e9ra port\u00e9e, l\u00e9g\u00e8rement instable, au milieu de la foule. Le mouvement avance puis se bloque. Chaque arr\u00eat est provoqu\u00e9 par une station devant un \u00e9tal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9RIE DE GROS PLANS<\/strong><strong>,<\/strong> cadence rapide <strong>:<\/strong> des p\u00e2tes fra\u00eeches, farin\u00e9es, une pyramide d&rsquo;\u00e9pices, rouge, ocre, jaune safran, la morue grise sous la lumi\u00e8re crue, la tapenade noire et verte, luisante, la socca qu&rsquo;on d\u00e9coupe sur une plaque de cuivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SON,<\/strong> \u00e0 chaque gros plan, un son isol\u00e9 et amplifi\u00e9, le froissement d&rsquo;un sachet, la lame qui racle le cuivre, une voix de marchand qui annonce un prix. Puis, retour au brouhaha.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9QUENCE 3<\/strong> <strong>La vitesse commune<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Rue Saint-Fran\u00e7ois, puis rue du Collet.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN LARGE<\/strong><strong>, cam\u00e9ra fixe en hauteur<\/strong>, depuis un balcon. La rue enti\u00e8re est visible comme un canal. On voit la foule se serrer, se d\u00e9tendre, se serrer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA VOIX<\/strong> <strong>(off) :<\/strong> <em>Chacun est ralenti ou pouss\u00e9. Se dessine la d\u00e9finition d&rsquo;une vitesse admissible pour tous.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>TRAVELLING ARRI\u00c8RE<\/strong>, tr\u00e8s lent, face \u00e0 la foule qui avance vers la cam\u00e9ra. Les visages d\u00e9filent : contrari\u00e9s, r\u00e9sign\u00e9s, amus\u00e9s, absents. Puis les visages se fondent, le point se perd volontairement, la foule devient tache mouvante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA VOIX<\/strong> <strong>(off) :<\/strong> <em>rapport subtil entre des caract\u00e9ristiques individuelles et l&rsquo;\u00e9mergence de cette vitesse commune. Un genre de mouvement brownien en situation.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SON<\/strong> <strong>:<\/strong> la rumeur monte, s&rsquo;\u00e9paissit. Un avion passe au-dessus, grondement long qui \u00e9crase tout. Puis des raillements de go\u00e9lands, qui d\u00e9chirent la bande son.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LUMI\u00c8RE<\/strong> <strong>:<\/strong> un nuage passe. La rue s&rsquo;assombrit d&rsquo;un coup, les couleurs s&rsquo;\u00e9teignent. Puis le soleil revient, violent, blanc. Ce battement d&rsquo;ombre et de lumi\u00e8re se reproduira plusieurs fois pendant la s\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9QUENCE 4<\/strong> <strong>L&rsquo;homme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>GROS PLAN<\/strong> un visage qui tranche. L&rsquo;homme. M\u00e2choire serr\u00e9e, regard bleu, impatient. Il est plus grand que la foule d&rsquo;une demi-t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>TRAVELLING AVANT<\/strong> rapide, cam\u00e9ra \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule, coll\u00e9e \u00e0 lui. Il fend. Il force. La foule r\u00e9siste, s&rsquo;ouvre, se referme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA VOIX<\/strong> <strong>(off) :<\/strong> <em>Pourquoi est-il venu ici ? Il habite l\u00e0. Les touristes lui p\u00e8sent. Pourtant pour rien au monde il ne voudrait habiter ailleurs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN TR\u00c8S SERR\u00c9<\/strong> <strong>:<\/strong> des nuques luisantes, des chemises coll\u00e9es, des aisselles sombres de sueur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN LARGE<\/strong><strong>,<\/strong> cam\u00e9ra au sol, en contre-plong\u00e9e : la rue film\u00e9e comme un tube, un boyau humide. La foule ondoie, se fragmente, se d\u00e9sordonne et toujours se reconstitue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA VOIX<\/strong> <strong>(off) :<\/strong> <em>Il semble r\u00e9pondre \u00e0 des ordres cach\u00e9s, myst\u00e9rieux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SON<\/strong> <strong>:<\/strong> le brouhaha se d\u00e9forme, ralentit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA VOIX<\/strong> <strong>(off),<\/strong> changement de ton, plus proche, presque au creux de l&rsquo;oreille : <em>Oui, oui avance passant, d\u00e9couvre ta t\u00eate, l\u00e2che-toi, rends-toi. Tu vas te dissoudre.Tu appartiendras \u00e0 ce myst\u00e9rieux labyrinthe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN FIXE<\/strong>, le plus long du film jusqu&rsquo;ici : l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une venelle, noire, \u00e9troite entre deux fa\u00e7ades hautes. Les passants y entrent un par un et sont aval\u00e9s par l&rsquo;ombre. Personne n&rsquo;en ressort pendant toute la dur\u00e9e du plan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA VOIX<\/strong> <strong>(off) :<\/strong> <em>P\u00e9n\u00e9trer dans la Vieille-Ville, c&rsquo;est comme s&rsquo;engager dans une gueule monstrueuse qui saura te fasciner, te poss\u00e9der.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>FONDU AU NOIR<\/strong><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9QUENCE 5<\/strong> <strong>L\u2019escalier, la vigne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Ext\u00e9rieur puis int\u00e9rieur, fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi, lumi\u00e8re dor\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN LARGE<\/strong><strong>, contre-plong\u00e9e<\/strong>, depuis la rue : une fa\u00e7ade ancienne, ocre, l\u00e9zard\u00e9e. Une vigne centenaire grimpe jusqu&rsquo;au dernier \u00e9tage, feuilles larges et vertes qui tremblent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>TRAVELLING VERTICAL<\/strong> le long de la vigne, sans coupe, jusqu&rsquo;\u00e0 la fen\u00eatre du haut. Le son de la rue d\u00e9cro\u00eet \u00e0 mesure que la cam\u00e9ra monte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Int\u00e9rieur<em>, cage d&rsquo;escalier.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN FIXE<\/strong> <strong>en plong\u00e9e.<\/strong> L&rsquo;homme monte. Son pas est devenu l\u00e9ger, tout l&rsquo;agacement de la rue est tomb\u00e9. Il monte comme on remonte \u00e0 la surface.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SON,<\/strong> ses pas seuls, l&rsquo;\u00e9cho de la pierre. Une porte qui s&rsquo;ouvre, se referme. Silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9QUENCE 6<\/strong> <strong>Le havre de paix<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<em>Int\u00e9rieur, jour d\u00e9clinant. Grand appartement sous les toits, murs blancs, soleil rasant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN LARGE FIXE<\/strong><strong>.<\/strong> La pi\u00e8ce. Un divan profond. Un violon dans son \u00e9tui ouvert, pos\u00e9 sur une chaise. Une fen\u00eatre pleine de ciel et de feuilles de vigne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>GROS PLAN<\/strong> sur le visage de L&rsquo;Homme. D\u00e9tendu. Chaque parcelle de peau semble \u00e9mettre une lumi\u00e8re douce. Il sourit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN MOYEN<\/strong><strong>.<\/strong> Il se d\u00e9shabille, sans h\u00e2te. Enfile une longue robe africaine, d&rsquo;un bleu profond.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9RIE DE GROS PLANS<\/strong><strong>, lenteur extr\u00eame :<\/strong> la capsule de la bouteille de bi\u00e8re qui saute, la mousse qui monte dans le verre, ses l\u00e8vres, encore rouges de soleil qui touchent la mousse, sa gorge, le liquide qui descend.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SON.<\/strong> Le pschitt de la bouteille, le cr\u00e9pitement des bulles amplifi\u00e9. Puis la d\u00e9glutition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN FIXE<\/strong><strong>, large.<\/strong> Il s&rsquo;allonge sur le divan. Le corps s&rsquo;enfonce. Il appuie sur une touche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MUSIQUE :<\/strong> baroque, plein cadre cette fois. Son propre enregistrement, un violon, une basse continue qui enveloppe. La musique ne sera plus jamais en arri\u00e8re-plan jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du film.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>ZOOM<\/strong> <strong>tr\u00e8s lent<\/strong> sur son visage. Les yeux se ferment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9QUENCE 7<\/strong> <strong>Venise (r\u00eave)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Lumi\u00e8re cr\u00e9pusculaire, orang\u00e9e puis violette. Image l\u00e9g\u00e8rement voil\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>TRAVELLING AVANT<\/strong>. Cam\u00e9ra \u00e0 vingt centim\u00e8tres du sol, glissant sur des pav\u00e9s mouill\u00e9s. On ne voit pas de pieds : on flotte. Des fa\u00e7ades v\u00e9nitiennes d\u00e9filent, de l&rsquo;eau noire clapote sur le bord du cadre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SON<\/strong><strong>.<\/strong> La musique baroque continue. S&rsquo;y m\u00ealent des cloches lointaines, le clapotis, rien d&rsquo;autre. Aucun passant. Venise vide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN LARGE.<\/strong> Le campo San Polo, d\u00e9sert. Puis la fa\u00e7ade de brique rouge de la Basilique Santa Maria Gloriosa dei Frari.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>INT\u00c9RIEUR, PLAN FIXE<\/strong> <strong>en contre-plong\u00e9e.<\/strong> L&rsquo;<em>Assomption<\/em> du Titien, immense. La Vierge s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, robe rouge, bras ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>ZOOM<\/strong> <strong>lent<\/strong> sur la robe rouge, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le rouge occupe tout l&rsquo;\u00e9cran. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il devienne abstrait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA VOIX<\/strong> <strong>(off), murmure :<\/strong> <em>Subjugu\u00e9e par la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de son envol.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>TRAVELLING LAT\u00c9RAL.<\/strong> Le long de la nef, vers une dalle sombre au sol. Le nom grav\u00e9, Monteverdi. Son tombeau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN FIXE<\/strong><strong>, plong\u00e9e verticale.<\/strong> L&rsquo;homme, dans sa robe bleue, s&rsquo;allonge sur le marbre. Il ferme les yeux. Le bleu de l&rsquo;\u00e9toffe sur le gris de la pierre. Il ne bouge plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SON<\/strong> <strong>:<\/strong> la musique s&rsquo;ouvre, s&rsquo;\u00e9largit comme si la basilique elle-m\u00eame r\u00e9sonnait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA VOIX<\/strong> <strong>(off) :<\/strong> <em>Une extase indicible.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;image <strong>BLANCHIT LENTEMENT<\/strong>. Surexposition progressive jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9cran blanc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9QUENCE 8<\/strong> <strong>Le violon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Int\u00e9rieur. Nuit tombante. La pi\u00e8ce est maintenant bleue.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Retour par<\/strong> <strong>FONDU<\/strong> <strong>depuis le blanc.<\/strong> La m\u00eame pi\u00e8ce, mais le jour a bascul\u00e9. Ombres longues, puis plus d&rsquo;ombre du tout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN MOYEN<\/strong><strong>.<\/strong> L&rsquo;Homme debout pr\u00e8s du violon. Il le sort de l&rsquo;\u00e9tui, le caresse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>GROS<\/strong> <strong>PLAN<\/strong> sur sa main qui suit la courbe du bois. Il le serre contre lui, un instant, comme un corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>GROS PLAN<\/strong>, l&rsquo;archet qu&rsquo;on saisit. Les doigts fins. La tension des crins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN FIXE<\/strong><strong>, moyen.<\/strong> Il joue pour lui seul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MUSIQUE,<\/strong> l&rsquo;enregistrement s&rsquo;est tu sans qu&rsquo;on s&rsquo;en aper\u00e7oive. Il n&rsquo;y a plus que le violon r\u00e9el, dans la pi\u00e8ce, avec ses imperfections, le souffle de l&rsquo;archet, un frottement. M\u00e9lancolique d&rsquo;abord puis vif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>GROS PLAN<\/strong> sur son visage. Une lumi\u00e8re tendre le traverse. On ne sait pas d&rsquo;o\u00f9 elle vient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>S\u00c9QUENCE 9<\/strong> <strong>La fen\u00eatre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Nuit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>TRAVELLING ARRI\u00c8RE<\/strong> tr\u00e8s lent, depuis le visage jusqu&rsquo;au plan large : il s&rsquo;approche de la fen\u00eatre ouverte, le violon toujours \u00e0 la main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN FIXE<\/strong><strong>, contrechamp depuis l&rsquo;ext\u00e9rieur<\/strong>. Cam\u00e9ra suspendue dans le vide au-dessus de la rue. L&rsquo;Homme dans l&rsquo;encadrement, les feuilles de vigne tout autour de lui. La lune. Quelques \u00e9toiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>GROS PLAN<\/strong>. Une feuille de vigne, agit\u00e9e par le vent, effleure la peau de son cou. Il ne bouge pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>SON<\/strong><strong>.<\/strong> La rue, tout en bas, n&rsquo;est plus qu&rsquo;un souffle. Le vent dans les feuilles. Au loin, une derni\u00e8re mouette, puis plus rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA VOIX<\/strong> <strong>(off), tr\u00e8s bas :<\/strong> <em>Et libre, il s&rsquo;endormira bient\u00f4t et traversera d&rsquo;autres mondes invisibles.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>PLAN FIXE<\/strong><strong>, large, tr\u00e8s long.<\/strong> La fen\u00eatre \u00e9clair\u00e9e, seule tache de lumi\u00e8re dans la fa\u00e7ade sombre. La vigne. Le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lumi\u00e8re de la fen\u00eatre s&rsquo;\u00e9teint.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On reste sur la fa\u00e7ade noire, la vigne qui bouge \u00e0 peine, le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>MUSIQUE<\/strong> <strong>:<\/strong> une seule note tenue de violon, qui s&rsquo;amenuise jusqu&rsquo;au silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>FONDU AU NOIR<\/strong><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Musiques d\u2019accompagnement&nbsp;possibles :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Pour les mouvements de la foule&nbsp;: peut-\u00eatre une musique de Scelsi, Rotativa&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XoBhUAOmjt0\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=XoBhUAOmjt0<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une musique baroque s\u2019imposerait dans la s\u00e9quence du r\u00eave&nbsp;: Monteverdi , <em>Vespro della Beata Vergine<\/em> (1610) \u00ab Duo Seraphim \u00bb. <strong>Gardiner &#8211; live in San Marco 1989<\/strong> <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=4XK8V1rUBxM\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=4XK8V1rUBxM<\/a><strong><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PERSONNAGES La foule, touristes, habitants. 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