{"id":223159,"date":"2026-10-07T18:41:17","date_gmt":"2026-10-07T16:41:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=223159"},"modified":"2026-10-07T18:41:17","modified_gmt":"2026-10-07T16:41:17","slug":"arts-de-la-fiction-03-rouge-blanc-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-03-rouge-blanc-noir\/","title":{"rendered":"# Arts de la fiction 03 #  Rouge, Blanc, Noir"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"728\" height=\"681\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-4.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-223180\" style=\"aspect-ratio:1.0690019234505816;width:281px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-4.png 728w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/image-4-420x393.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 728px) 100vw, 728px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>S\u00e9quence &#8211; rythme<\/em> &#8211;<em> trois couleurs<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>le rouge de la guerre, le blanc de la fuite, le noir de l&rsquo;exil. Un souffle ne s&rsquo;interrompt jamais le vent, la respiration de Jes\u00fas, la rumeur de la foule. Il ne se tait que deux fois quand il boit, quand la passerelle se l\u00e8ve. Les plans commencent longs et immobiles, puis se raccourcissent jusqu&rsquo;\u00e0 devenir des \u00e9clats. Quatre objets reviennent, la main, la photo, la carte d&rsquo;identit\u00e9 le petit v\u00eatement bleu<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1<\/strong><br>\u00c9cran rouge. Rien d&rsquo;autre. Un souffle de vent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2<\/strong><br>Travelling avant. La poussi\u00e8re ocre d\u00e9chire une tranch\u00e9e au ras du sol, de la boue, des formes empil\u00e9es qu&rsquo;on ne reconna\u00eet pas tout de suite. Le sang n&rsquo;est pas sec. Le plan dure longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3<\/strong><br>Gros plan une main sur la crosse d&rsquo;un fusil. Elle ne l\u00e2che pas. Les doigts sont blancs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>4<\/strong><br>Jes\u00fas, allong\u00e9 dans la boue, ouvre les yeux. Il ne regarde rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>5<\/strong><br>Plan fixe sur la tranch\u00e9e. Des corps dans des positions impossibles. Une t\u00eate manque. Pas un bruit, pas un cri, pas un appel. Le vent seul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>6<\/strong><br>Jes\u00fas rampe. Travelling lat\u00e9ral, tr\u00e8s lent, \u00e0 hauteur de boue. Il traverse les corps comme on traverse des branches. Il d\u00e9tourne la t\u00eate. Il la remet face \u00e0 l&rsquo;image. Il la d\u00e9tourne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>7<\/strong><br>Plan subjectif. Le bord de la tranch\u00e9e, puis le champ de bataille entier, plat, rouge, sans personne. Un brouillard en strates.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>8<\/strong><br>Jes\u00fas se retourne, pli\u00e9 en deux, une main sur l&rsquo;estomac, la bouche grande ouverte. Aucun son.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>9<\/strong><br>Plan large : la sierra, au loin, une ligne sombre. Jes\u00fas, minuscule, rampe vers elle. Sa silhouette se confond avec la terre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>10<\/strong><br>Gros plan sur sa main. Elle prend une poign\u00e9e de terre, la referme, la serre. Elle tremble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>11<\/strong><br>Il s&rsquo;arr\u00eate. Regards furtifs sur la tranch\u00e9e qu&rsquo;il vient de fuir. Il redescend.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>12<\/strong><br>Un jeune homme mort, brun, mat de peau, yeux bleus ouverts, un trou dans la t\u00eate lui ressemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>13<\/strong><br>Jes\u00fas ouvre la veste du mort. Gros plan sur le grouillement du tissu. On ne voit pas ce que c\u2019est, on le devine. La main s&rsquo;arr\u00eate, tremble. Son corps tout entier,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>14<\/strong><br>Dans la poche du mort, une photo aux coins corn\u00e9s, une jeune fille en robe claire sourit. Il la regarde une seconde, la glisse dans sa chemise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>15<\/strong><br>Deux cartes d&rsquo;identit\u00e9, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Gros plan sur sa date de naissance 1921. Il la d\u00e9pose dans la poche du mort, il prend l&rsquo;autre. Il ne lit pas le nom. La cam\u00e9ra le lit \u00e0 sa place <em>Ignacio Servando Aguirre<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>16<\/strong><br>Il fouille, cherche un peu d&rsquo;argent, des rations. Il prend tout ce qu\u2019il peut a ceux d\u2019en face pour survivre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>17<\/strong><br>Plan fixe sur le corps mort. Jes\u00fas remet la veste en place,  nerveusement par mouvements d\u00e9compos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>18<\/strong><br>A demi pli\u00e9 il se l\u00e8ve, court. Ne plus rien voir. Blanc.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>19<\/strong><br>Le blanc transforme le ciel en un d\u00e9sert hostile, le Levante s&rsquo;est tu, la Tramontane commence, s\u00e8che, glaciale. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>20<\/strong><br>Un champ. Une maison \u00e9ventr\u00e9e, noircie. Sur un fil \u00e0 linge, une barboteuse de sang bleuie, des chaussons de laine lest\u00e9s de boue. Aucun mouvement. L&rsquo;image n&rsquo;insiste pas, elle s\u2019efface<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>21<\/strong><br>Focus sur des branches d&rsquo;un amandier. Plus bas dans le cadre, des pieds nus se balancent. Un pendu, la t\u00eate sur l&rsquo;\u00e9paule. Puis un autre. Puis un autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>22<\/strong><br>Jes\u00fas passe entre eux sans lever la t\u00eate. Il court. Sur la bande-son, seulement sa respiration haletante<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>23<\/strong><br>Gros plan : une flaque. Le souffle s&rsquo;arr\u00eate. Silence total. Jes\u00fas boit dans ses mains. Son visage se contracte. Il crache. Il boit encore. Le souffle revient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>24<\/strong><br>Une route, sur le bas-c\u00f4t\u00e9, une famille immobile. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>25<\/strong><br>\u00c0 l&rsquo;horizon, une colonne avance, charrettes, valises, enfants. Jes\u00fas s&rsquo;y fond jusqu&rsquo;\u00e0 dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>26<\/strong><br>Un panneau cass\u00e9, &#8230;<em>cante, 35 km<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>27<\/strong><br>Vue du ciel. La colonne est un fleuve lent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>28<\/strong><br>Bruit de moteurs d&rsquo;avion en approche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>29<\/strong><br>Les visages, blancs de peur, se l\u00e8vent vers le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>30<\/strong><br>Ils ne voient rien. Les visages se baissent. Images floues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>31<\/strong><br>Noir.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>32<\/strong><br>Alicante. La lumi\u00e8re de la ville p\u00e2le comme lav\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>33<\/strong><br>Plaza de los Luceros. Les volets sont tous ferm\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>34<\/strong><br>Une foule, des enfants, des valises, des charrettes, des soldats sans drapeau br\u00fblent leurs papiers sur le trottoir. Des feuilles volent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>35<\/strong><br>Gros plan sur le visage grave d\u2019un homme luisant de fatigue&nbsp;; de nuits sans dormir. Peut \u00eatre pleure t-il. Il avance, \u00e9paules tombantes. Vues de dos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>36<\/strong><br>Le port. Le <em>Stanbrook,<\/em> de loin, petit charbonnier noir, bas sur l&rsquo;eau, couvert de suie. Une bruine fine. La fum\u00e9e de la chemin\u00e9e traine, monte \u00e0 peine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>37<\/strong><br>Sur le quai, la foule fait un mouvement \u00e0 droite, \u00e0 gauche, au centre, recommence. Une chor\u00e9graphie. Chaque fois un peu plus compacte, serr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>38<\/strong><br>Jes\u00fas dans la foule se glisse de profil, l&rsquo;\u00e9paule en avant, comme un nageur. Son visage ne dit rien, fix\u00e9 sur le dos d&rsquo;un homme devant lui. Sa main passe sur sa chemise, la carte d\u2019identit\u00e9, la photo sont l\u00e0. Le murmure de la foule s&rsquo;amenuise, s\u2019efface, on n&rsquo;entend plus que le froissement des tissus, le bruit des pas disparait presque, m\u00eame les chiens se taisent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>39<\/strong><br>Gros plan Un colosse, un milicien, ouvre un passage \u00e0 coups d&rsquo;\u00e9paule. La foule le bloque, il passe. Jes\u00fas se colle derri\u00e8re lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>40<\/strong><br>Des coups de feu s&rsquo;entendent plus nettement. La foule l\u00e8ve la t\u00eate. Un instant de silence total. Puis le bruit des armes. Visages effray\u00e9s rong\u00e9s par la peur. Incertitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>41<\/strong><br>Le colosse se retourne d&rsquo;un battement de cils, attrape Jes\u00fas par la chemise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>42<\/strong><br>Jes\u00fas vole au-dessus des t\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>43<\/strong><br>Il rebondit sur des \u00e9paules ; des bras veulent le jeter par-dessus bord.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>44<\/strong><br>Deux mains calleuses le posent \u00e0 plat sur la passerelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>45<\/strong><br>Gros plan Jes\u00fas, immobile, les yeux grands ouverts, coll\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>46<\/strong><br>Sur la passerelle, une femme serre contre elle un petit v\u00eatement bleu. Il s\u2019agite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>47<\/strong><br>La passerelle se l\u00e8ve. La foule gronde. Un long grondement continu. L&rsquo;image tremble, se fixe sur un point, l&rsquo;avant du bateau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>48<\/strong><br>Silhouette floue du Stanbrook. Il s\u2019\u00e9vade dans un brouillard opaque, gris,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9cran noir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9quence &#8211; rythme &#8211; trois couleurs le rouge de la guerre, le blanc de la fuite, le noir de l&rsquo;exil. Un souffle ne s&rsquo;interrompt jamais le vent, la respiration de Jes\u00fas, la rumeur de la foule. Il ne se tait que deux fois quand il boit, quand la passerelle se l\u00e8ve. 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