{"id":224187,"date":"2026-10-29T11:18:22","date_gmt":"2026-10-29T10:18:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=224187"},"modified":"2026-10-29T11:18:23","modified_gmt":"2026-10-29T10:18:23","slug":"ma-ville-rien-qua-nous-arts-de-la-fiction-06","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ma-ville-rien-qua-nous-arts-de-la-fiction-06\/","title":{"rendered":"Ma ville rien qu&rsquo;\u00e0 nous \/ arts de la fiction #06"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;entre de nuit dans ma ville&#8230; Dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la nuit mais d\u00e9j\u00e0 la fra\u00eecheur du matin et mon corps est douloureux d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 cogn\u00e9 par le m\u00e9tal froid du plateau sur lequel j&rsquo;ai fait deux cents kilom\u00e8tres recroquevill\u00e9, avec juste une serviette \u00e9ponge pour m&rsquo;envelopper. En appui tant\u00f4t sur un coude, tant\u00f4t sur l&rsquo;autre, je peux voir les rougoiements des fourneaux du matin pour celles et ceux qui ont \u00e0 se lever t\u00f4t, pour le travail ou la pri\u00e8re. On ne voit pas encore la poussi\u00e8re que les roues soul\u00e8vent mais je la sens&nbsp;: elle me parle des amoncellements, des \u00e9chos de gourmandises de la veille au soir et des premiers efforts du jour pour se rendre pr\u00e9sentable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;entre dans ma ville sans savoir comment&#8230; J&rsquo;ai longuement march\u00e9 au long de rues \u00e0 peine trac\u00e9es, fr\u00f4lant des b\u00e2timents pouss\u00e9s \u00e0 la va-vite. Mes narines ont cherch\u00e9 les senteurs oc\u00e9anes pour s&rsquo;en rapprocher, je me suis dit qu&rsquo;elles m&rsquo;indiqueraient la barri\u00e8re \u00e0 franchir pour s&rsquo;y sentir. Qu&rsquo;il y aurait alors comme un m\u00e9lange de coquillages et de parfums de sinhares et puis surtout un certain vent, un vent subtil qui fait bon m\u00e9nage avec la brume. Bien s\u00fbr, autant faire durer le plaisir, ne pas se retrouver trop vite devant l&rsquo;H\u00f4tel de la Poste o\u00f9 tout sera fini.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors je marcherai \u00e0 travers ma ville&#8230; Il y aura un pr\u00e9texte, trouver un peu d&rsquo;ombre, il en faut toujours. Mais il s&rsquo;agira surtout de retrouver ce grand b\u00e2timent \u00e0 allure d&rsquo;entrep\u00f4t, de lever une certaine clandestinit\u00e9. J&rsquo;aurai les deux yeux aux aguets, bien s\u00fbr, mais surtout l&rsquo;oreille \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt d&rsquo;un certain m\u00e9lange. Il me faudra savoir ralentir le pas, m\u00eame sans proximit\u00e9 d&rsquo;ombre, \u00e0 toutes les devantures o\u00f9 l&rsquo;on se presse un peu, guetter les voix sortantes, traquer le possible tressage entre le wolof qui aurait pu s&rsquo;apprendre d\u00e8s les ann\u00e9es trente et un certain gascon qui aurait refus\u00e9 d&rsquo;\u00e9voluer depuis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Regarder ma ville du haut du quartier Pont, le bien nomm\u00e9&#8230; Se dire que le passage dans les deux sens m&rsquo;est possible. Que je peux redevenir celui qui vint de l\u00e0-bas, par la piste de Kotiari, \u00e9touff\u00e9 par la poussi\u00e8re et la chaleur d&rsquo;un solstice pas encore adouci par les premi\u00e8res pluies. Que je peux redevenir aussi celui qui repartit par la piste de Sintiou Maleme, ne craignant plus aucun soleil mais tenant sa main gauche douloureuse d&rsquo;avoir serr\u00e9 tant de mains.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;entre de nuit dans ma ville&#8230; Dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la nuit mais d\u00e9j\u00e0 la fra\u00eecheur du matin et mon corps est douloureux d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 cogn\u00e9 par le m\u00e9tal froid du plateau sur lequel j&rsquo;ai fait deux cents kilom\u00e8tres recroquevill\u00e9, avec juste une serviette \u00e9ponge pour m&rsquo;envelopper. 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