{"id":224406,"date":"2026-11-01T11:24:01","date_gmt":"2026-11-01T10:24:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=224406"},"modified":"2026-11-01T11:24:02","modified_gmt":"2026-11-01T10:24:02","slug":"arts-de-la-fiction-06-sarracher-encore","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-06-sarracher-encore\/","title":{"rendered":"# arts de la fiction #06: S&rsquo;arracher, encore"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>J&rsquo;entre de nuit dans ma ville<\/em> et depuis la terrasse de la gare au loin, exactement sous le bleu tendre d&rsquo;un jour qui d\u00e9cro\u00eet, je sais la mer masqu\u00e9e par les quartiers, je vois le ciel plus infiniment que la terre et la ville masque la mer et un jour il n&rsquo;y avait pas la ville il n&rsquo;y avait que la mer<br>il faudra descendre sous terre dans les tunnels chauds du m\u00e9tro int\u00e9grer sa silhouette \u00e0 cette humanit\u00e9 formant population m\u00e9lange de jeunesse d\u00e9sabus\u00e9e de vieillesse us\u00e9e mais des sourires partout, partout des sourires et comment font-ils tous ces humains comment font-ils<br><br><em>j&rsquo;entre dans ma ville sans savoir comment,<\/em> imm\u00e9diatement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cet homme cueillant des feuilles \u00e0 l&rsquo;arbre qui me surplombe alors que je sirote un caf\u00e9 tasse de propret\u00e9 douteuse servie par une vieille \u00c9gyptienne \u00e0 laquelle je donne l&rsquo;occasion d&rsquo;offrir pour la premi\u00e8re fois un verre d&rsquo;eau chaude au moins je sais l\u00e0 ce que je bois, de l&rsquo;eau de Marseille on dit que l&rsquo;eau est bonne \u00e0 Marseille \u00a0dans ce fourbi de couleurs de bruits d&rsquo;agitation de foule de d\u00e9chets rats feuilles l\u00e9gumes plastiques l&rsquo;eau est bonne \u00e0 Marseille et la M\u00e9diterran\u00e9e est bleue mais bleue mais infiniment bleue<br>puis assise sur le quai les jambes pendantes au-dessus d&rsquo;une nu\u00e9e de petits poissons observant un homme qui s&rsquo;acharne \u00e0 enfiler une b\u00e2che autour du moteur de son bateau il a chaud c&rsquo;est octobre sur le port je stagne devant la coque jaune d&rsquo;un voilier au repos et la for\u00eat de m\u00e2ts sans aucun doute cliquette \u00e0 tout va mais on ne l&rsquo;entend pas, il faut tendre l&rsquo;oreille pour entendre un m\u00e2t car ici royaume de la circulation et des pi\u00e9tons de la musique de rue des acrobates et des badauds chacun sans vergogne fait ses bruits et le tag au-dessus de l&rsquo;\u00e9glise St Ferr\u00e9ol depuis deux d\u00e9cennies garde intact son cri <em>y a pas quelqu&rsquo;un qui veut tomber amoureux de moi<\/em> \u00a0un autre a r\u00e9pondu dessous <em>pour nous aussi c&rsquo;est la gal\u00e8re<\/em> avec des petits c\u0153urs roses et voil\u00e0 je stagne au vieux port j&rsquo;attends une r\u00e9v\u00e9lation qui ne vient pas : o\u00f9 dois-je habiter pour le temps qui me reste \u00e0 vivre\u00a0et suis-je au bon endroit\u00a0<br><br><em>Alors je marcherai \u00e0 travers la ville<\/em> et encore je me dirai est-ce l\u00e0 vraiment\u00a0? n&rsquo;y aurait-il pas un autre port car il y a n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un port, non pas un port \u00ab\u00a0d&rsquo;attache\u00a0\u00bb non, un port n&rsquo;est pas un trou de verdure o\u00f9 l&rsquo;on est clou\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 des labours, il s&rsquo;agit de voir au loin, que l&rsquo;\u0153il ne soit arr\u00eat\u00e9 ni par un building ni par une colline l&rsquo;\u0153il a besoin d&rsquo;espace de repos d&rsquo;horizon de vide et ce bleu profond comble le manque qui d\u00e8s que je marche dans le c\u0153ur de ville revient, les avenues les parcs les librairies aux titres ne me concernant pas ne m&rsquo;intrigant pas ne m&rsquo;accrochant pas le c\u0153ur de ville n&rsquo;est que du manque sans cesse du manque et seul le retour sur la corniche imm\u00e9diatement soulage mais que des maisons cachent le bleu et j&rsquo;\u00e9touffe encore et pourquoi pourquoi je ne comprends pas<br><br><em>ou la variante, regarder ma ville du haut d&rsquo;un pont<\/em> \u00a0ce serait du haut d&rsquo;un fort en pierre rose, d&rsquo;un fort cr\u00e9nel\u00e9 avec des coursives des cours des tours des meurtri\u00e8res et des murs aux bases solides \u00e9ternelles et vastes, que l&rsquo;on contourne sur des quais pav\u00e9s o\u00f9 sommeillent des clochards d&rsquo;o\u00f9 des jeunes gar\u00e7ons plongent dans l&rsquo;eau fra\u00eeche o\u00f9 des amoureux fl\u00e2nent s&rsquo;\u00e9tonnant soudain d&rsquo;\u00eatre deux tandis que des p\u00eacheurs solitaires dans leur aura de silence attendent une rascasse un loup une daurade et l\u00e0 je marche je suis au bon endroit mais il faut marcher encore dans la ville et chercher la variante possible la variante d\u00e9finitive pour le temps qui reste celle qui m&rsquo;\u00e9chappe une variante d&rsquo; horizons et fonds profonds et je m&rsquo;arrache \u00e0 la mer tourner le dos me d\u00e9chire je m&rsquo;enfonce dans la ville et dans la terre je rebrousse chemin l&rsquo;\u00e2me en chagrin oui pour moi aussi c&rsquo;est la gal\u00e8re et pourquoi je ne sais pas mais encore et encore je m&rsquo;arrache<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;entre de nuit dans ma ville et depuis la terrasse de la gare au loin, exactement sous le bleu tendre d&rsquo;un jour qui d\u00e9cro\u00eet, je sais la mer masqu\u00e9e par les quartiers, je vois le ciel plus infiniment que la terre et la ville masque la mer et un jour il n&rsquo;y avait pas la ville il n&rsquo;y avait que <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/arts-de-la-fiction-06-sarracher-encore\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># arts de la fiction #06: S&rsquo;arracher, encore<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":209,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[8256],"tags":[1193,8260,197],"class_list":["post-224406","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts-de-la-fiction-06-cortazar-le-62","tag-marseille","tag-mediterrannee","tag-mer"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/224406","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/209"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=224406"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/224406\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":224407,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/224406\/revisions\/224407"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=224406"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=224406"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=224406"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}