{"id":22496,"date":"2020-01-06T15:13:18","date_gmt":"2020-01-06T14:13:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=22496"},"modified":"2020-01-06T15:13:19","modified_gmt":"2020-01-06T14:13:19","slug":"22496-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/22496-2\/","title":{"rendered":""},"content":{"rendered":"\n<p>Celle qui m&rsquo;enchaine \u00e0 son absence, interrompant mes racines. Me laissant orpheline de toutes celles avant elle. Me laissant seule pour d\u00e9m\u00ealer l&rsquo;\u00e9cheveau de leurs vies. Mille-feuilles de cheveux gris, bruns, longs ou courts, secs et cassants, remont\u00e9s en chignons ou endeuill\u00e9s, dissimul\u00e9s sous un foulard. Seule pour identifier les poitrines allaitantes, opulentes puis fl\u00e9tries. Seule pour dire les mains qui ont nourri, lang\u00e9, soign\u00e9, puni, peint, \u00e9crit, conduit, jou\u00e9. M&rsquo;abandonnant au grenier avec les malles de tissus en couches sediment\u00e9es : satin noir des enterrements, petits bol\u00e9ros immacul\u00e9s des bapt\u00eames, chandails en laine, robes d&rsquo;\u00e9t\u00e9 trop larges, corsets trop \u00e9troits et vos coiffes amidonn\u00e9es que je prenais pour des housses isothermes de th\u00e9i\u00e8re. M&rsquo;abandonnant \u00e0 l&rsquo;ouverture des bo\u00eetes \u00e0 chaussures contenant vos boutons, perruques, fioles et autres bondieuseries. Seule face \u00e0 cette vieille femme assise devant sa maison au regard sans joie, dont le portrait c\u00f4toie sur la m\u00eame double page de l&rsquo;album photo celui de deux enfants sages sur les genoux de leur grand p\u00e8re, quelques pages plus loin une tabl\u00e9e souriante lors d&rsquo;un mariage, un autre mariage, une femme en plan am\u00e9ricain au loin un ch\u00e2teau. Au fil des pages vos visages que progressivement les coups affligent et ceux qui n&rsquo;apparaissent plus. Vous avez v\u00e9cu ici ou ailleurs, vous \u00eates parties en voyage. Toi tu n&rsquo;as jamais quitt\u00e9 ton village quand elle s&rsquo;est mari\u00e9e loin de sa famille. Et toi qui ne t&rsquo;es jamais mari\u00e9e ? un chagrin d&rsquo;amour t&rsquo;a fait, para\u00eet-il, entrer dans les ordres. Tu es la belle-m\u00e8re acari\u00e2tre que tes belles-filles d\u00e9testent et que je trouvais belle et digne dans sa vieillesse. Tu es la belle-fille devenue peintre dans le sud, revenue avec l&rsquo;\u00e2ge au pays troquant l&rsquo;huile pour l&rsquo;aquarelle. Tu es celle qui ne conna\u00eet pas celle que je suis aujourd&rsquo;hui car le temps s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 pour nous dans les ann\u00e9es 80. Sur la frise chronologique je ne peux noter que de vagues rep\u00e8res d&rsquo;enfant : les vacances chez ma grand-m\u00e8re, ta m\u00e8re, guettant \u00e0 sa fen\u00eatre en fumant pour commenter les va et vient sur le champ de foire, les vacances chez ma tante, ta belle-s\u0153ur, dont la blondeur et la douceur accompagneront ta disparition, les vacances chez ma grande tante, petite femme myope qui me laissait libre de vagabonder dans le parc avec les chiens \u00e0 manger les kakis dans l&rsquo;arbre. Sur la frise, non dat\u00e9, le coup de fil de ma tante, ta plus jeune s\u0153ur, m&rsquo;apprenant la mort de mes grands parents, tes parents. Celle que tu aimais tant que tu voulais l&#8217;emmener avec toi, elle est rest\u00e9e et a perdu un fils. Bien avant dans le temps, ma grand-m\u00e8re enfant accroupie dans le sable de l&rsquo;Alg\u00e9rie que j&rsquo;imagine inconsolable de cette jeunesse sauvage contrainte par une vie provinciale d&rsquo;\u00e9pouse de m\u00e9decin. Se glisse ta naissance, chair de notre chair. Comment te construiras-tu avec ces absentes ? Comment te dire tous ces destins fantasm\u00e9s ? <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Celle qui m&rsquo;enchaine \u00e0 son absence, interrompant mes racines. Me laissant orpheline de toutes celles avant elle. Me laissant seule pour d\u00e9m\u00ealer l&rsquo;\u00e9cheveau de leurs vies. Mille-feuilles de cheveux gris, bruns, longs ou courts, secs et cassants, remont\u00e9s en chignons ou endeuill\u00e9s, dissimul\u00e9s sous un foulard. Seule pour identifier les poitrines allaitantes, opulentes puis fl\u00e9tries. Seule pour dire les mains <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/22496-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"><\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":101,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1590,1645],"tags":[],"class_list":["post-22496","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-un-hiver-personnages","category-personnages-2-saint-john-perse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22496","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/101"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22496"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22496\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22496"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=22496"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=22496"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}