{"id":22979,"date":"2020-01-17T20:02:00","date_gmt":"2020-01-17T19:02:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=22979"},"modified":"2020-01-17T20:02:01","modified_gmt":"2020-01-17T19:02:01","slug":"les-turbulentes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/les-turbulentes\/","title":{"rendered":"les turbulentes"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/DSC03164-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-22981\" width=\"454\" height=\"302\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/DSC03164-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/DSC03164-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/DSC03164-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/DSC03164-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/DSC03164-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 454px) 100vw, 454px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>De la sc\u00e8ne, provient un rythme\nsourd qui traverse les ventricules d\u2019une \u00e9norme enceinte. Une fille arpente le\nplateau. Sur son tee-shirt noir, un motif qu\u2019on ne distingue dans ses d\u00e9tails\nque si l\u2019on est aux premi\u00e8res loges, un monstre marin aux tentacules indociles,\nexfiltr\u00e9 d\u2019un conte fantastique. Agile, elle monte \u00e0 l\u2019\u00e9chelle pour changer\nl\u2019ampoule d\u2019un projecteur, scotche des c\u00e2bles au sols, v\u00e9rifie des\nbranchements, d\u00e9place un pupitre, tapote le micro, <em>un deux, un deux<\/em>. Renfrogn\u00e9e\net professionnelle, elle a, \u00e0 ses pieds, une foule sinueuse et encore dispers\u00e9 qui\ns\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 du parterre qui fait face au grand podium. Autour du foodtrack,\nles pieds dans la boue, on fait la queue. Quatre mains s\u2019activent. Deux manient\nla saucisse et la frite, saupoudrent de sel, retournent les steaks sur le grill,\nelles sont grandes et laiteuses&nbsp;; les deux autres, plus \u00e2g\u00e9es, vein\u00e9es et\ntachet\u00e9es cuisent des cr\u00eapes et les replient sur du miel ou du chocolat. Les\ngrandes mains pourraient \u00eatre celles d\u2019un pianiste, elles appartiennent \u00e0 un\nblond plut\u00f4t r\u00e2blais dont le visage transpire et qu\u2019il essuie r\u00e9guli\u00e8rement\navec un grand mouchoir sorti de la poche de son tablier. Les mains qui retournent\nles cr\u00eapes ont des doigts plus courts, un peu boudin\u00e9s, on les imaginerait\nvolontiers \u00eatre celles d\u2019une personne dodue, repl\u00e8te, alors qu\u2019elles sont \u00e0 une\nfemme longiligne sortie d\u2019une galerie de sculptures de Giacometti. Les deux\ntoqu\u00e9s ont invers\u00e9 leurs pognes. La ville est effervescente. Elle n\u2019est pas\ngrande et a l\u2019accueil g\u00e9n\u00e9reux. Sur une ligne de cr\u00eate, les t\u00eates dodelinent,\nles regards se d\u00e9clinent sur la palette du Grand Jour&nbsp;: l\u2019inconditionnel\nheureux, l\u2019impatient qui court en avant, le d\u00e9\u00e7u de n\u2019avoir pas, l\u2019anxieux\nperdu au coin de la rue, le stup\u00e9fait, oui, stup\u00e9fait face \u00e0 un engin qui\ntourne, peut-on appeler cette perle un man\u00e8ge, entrain\u00e9 par un \u00e9trange cycliste\nbariol\u00e9 qui p\u00e9dale et d\u00e9roule des cartes perfor\u00e9es, le gourmand qui en veut\nencore, l\u2019insatisfait qui \u00e9gr\u00e8ne les regrets.&nbsp;\nUn \u00e9tage plus bas, les bustes s\u2019affichent, de face, de profil, celui-l\u00e0 de\ndos, un vieil homme courb\u00e9 en deux qui se d\u00e9leste avec peine d\u2019un veston pied\nde poule, dat\u00e9, trop chaud, il suit un po\u00e8te qui se rengorge et invite \u00e0\ns\u2019assoir autour de lui. Les mots fusent, le po\u00e8te harangue, au sol, il dessine\n\u00e0 la craie, un monde. Une femme, rest\u00e9e debout, un peu en arri\u00e8re, \u00e0 petites\ngorg\u00e9es se r\u00e9gale de ce qu\u2019il d\u00e9clame, rose de cheveux et de robe, sa ceinture\nest une marguerite. Plus loin, d\u2019une caravane devant laquelle un duo a chant\u00e9 des\nromances, sortent deux mauvais gar\u00e7ons, puis deux autres, deux autres et\nencore\u2026 Trente peut-\u00eatre au total, ils changent de costume, on n\u2019y voit que du\nfeu, ils se pressent, ils sont une petite foule, ils sont uniques&nbsp;! Au\nsol, les chaussures suivent la cadence. De grandes mod\u00e8les bateau d\u2019un bleu\npass\u00e9 port\u00e9s sans chaussettes sont \u00e0 un grand \u00e9chalas, pull vert anis sur les\n\u00e9paules, flanqu\u00e9 d\u2019une compagne qui elle, porte des tongs. Autour d\u2019eux, des\nbaskets montantes en nombre, un groupe de chineurs qui rentrent de la brocante,\nassis sur des si\u00e8ges de cin\u00e9ma qu\u2019ils viennent d\u2019acheter, ils s\u2019inventent une\ntoile. Deux paires de chaussures de randonn\u00e9es qui laissent la part belle \u00e0 des\nmollets sans poils arrivent \u00e0 la rescousse, les filles s\u2019installent, en\ntailleur, \u00e0 m\u00eame le sol. Sur le rebord du bassin, un enfant se d\u00e9lecte d\u2019un\nbain de pieds. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <br>\nAutour de la sc\u00e8ne on se presse maintenant. Les choristes sont pr\u00eates. Elles\narrivent de droite et de gauche, forment quatre rangs. Quatre-vingts femmes ondulent\nd\u2019une seule voix. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la sc\u00e8ne, provient un rythme sourd qui traverse les ventricules d\u2019une \u00e9norme enceinte. Une fille arpente le plateau. Sur son tee-shirt noir, un motif qu\u2019on ne distingue dans ses d\u00e9tails que si l\u2019on est aux premi\u00e8res loges, un monstre marin aux tentacules indociles, exfiltr\u00e9 d\u2019un conte fantastique. 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