{"id":2319,"date":"2019-10-25T17:01:03","date_gmt":"2019-10-25T15:01:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=2319"},"modified":"2019-10-27T09:32:29","modified_gmt":"2019-10-27T08:32:29","slug":"un-pied-devant-lautre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/un-pied-devant-lautre\/","title":{"rendered":"Un pied devant l&rsquo;autre"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"843\" height=\"632\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/20190213_162428-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2328\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/20190213_162428-2.jpg 843w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/20190213_162428-2-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/20190213_162428-2-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 843px) 100vw, 843px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Tu es en avant, le chemin\nest poussi\u00e9reux, sec, mes chaussures sont d\u00e9j\u00e0 couvertes de la\npoudre brune qui forme un nuage \u00e0 notre passage et redescend en\nbruine volatile alors que nous avons \u00e0 peine entam\u00e9 notre balade de\n10 kilom\u00e8tres vers Macharaviaya\net, \u00e0 chaque pas, s&rsquo;impriment les empreintes stri\u00e9es de mes\nsemelles, tu es en avant comme toujours, nous suivons le sentier qui\npart de chez toi et qui n&rsquo;est pas avare de raidillons, de cailloux,\nde chardons et de vues plongeantes sur les oliviers, les amandiers et\nla M\u00e9diterran\u00e9e, ce sentier craquel\u00e9, l\u00e9zard\u00e9 (lorsque la pluie\ntombe, elle d\u00e9vale et ravine, affouillant la terre sans m\u00e9nagement),\nrude, traversant des terres arides qui grillent litt\u00e9ralement en \u00e9t\u00e9\net deviennent rousses&nbsp;; tu es en avant, ton \u00e2ne\nchemine \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s, tu l&rsquo;as choisi comme compagnon de route pour\nrallier la France depuis l&rsquo;Andalousie ( ton d\u00e9part est pour bient\u00f4t,\naujourd&rsquo;hui ce n&rsquo;est qu&rsquo;un minuscule entra\u00eenement), ton \u00e2ne, qui\ns&rsquo;arr\u00eate \u00e0  l&rsquo;instant pour s&rsquo;enfiler quelques gousses de caroube\nqu&rsquo;il arrache aux branches basses des arbres ou qu&rsquo;il ramasse au sol,\nbalayant de ses naseaux un fin gravier qui s&rsquo;\u00e9parpille. \n<\/p>\n\n\n\n<p>On est loin du sol moussu et herbeux de ta Wallonie natale, des ruisseaux qui capitalisent l&rsquo;humidit\u00e9, des pluies qui gorgent la terre d&rsquo;eau et la rendent lourde comme une promesse fertile, loin des champignons \u00e0 glaner et des herbes folles derri\u00e8re lesquelles on se cache et batifole, on est loin des sous-bois, de l&rsquo;humus, des foug\u00e8res, des mares et de la vase, non ici c&rsquo;est le sud, la chaleur qui irise jusqu&rsquo;au c\u0153ur, c&rsquo;est la tache d&rsquo;ombre que, les yeux riv\u00e9s au sol, je cherche en vain.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es en avant, le sol est blanc ici, le chemin fait de dalles carr\u00e9es,un assemblage irr\u00e9prochable, une g\u00e9om\u00e9trie imparable, de longs alignements parall\u00e8les qui forment des corridors qui se d\u00e9roulent, les rares enfants s&rsquo;amusent \u00e0 marcher sur les traits rectilignes constitu\u00e9s par les joints ou \u00e0 sautiller d&rsquo;un carreau \u00e0 l&rsquo;autre sur une marelle sans ciel, rien n&rsquo;est laiss\u00e9 au hasard, les d\u00e9nivel\u00e9s sont des marches d&rsquo;escaliers et la v\u00e9g\u00e9tation est artificielle, rien qui pique ni salisse, rien qui respire, ne trottinent ici que des chaussures de ville (parfois on aper\u00e7oit des tongs), des crocs d&rsquo;infirmiers et d&rsquo;aide-soignants -aux antipodes des sabots asiniens-, des roues et des roulettes\u00a0qui ont leurs codes de ballet; c&rsquo;est un acc\u00e8s froid, une piste de c\u00e9ramique d\u00e9ployant \u00e0 l&rsquo;infini des nuances de blanc, des plinthes impeccablement pos\u00e9es, une demi-lune, d&rsquo;un ton un peu plus soutenu (un blanc cass\u00e9 ou l\u00e9g\u00e8rement ros\u00e9 peut-\u00eatre), tente d&rsquo;attirer l\u2019\u0153il,  comme un essai de fantaisie au centre d&rsquo;une petite esplanade\u00a0; tu es en avant, l&rsquo;enchainement de carreaux conduit \u00e0 ta chambre, lorsqu\u2019on en franchit le seuil, le sol est rigoureusement identique \u00e0 celui du couloir, ce sol qui s&rsquo;est tout \u00e0 coup jou\u00e9 de toi, se d\u00e9robant sous tes pieds, perdant son horizontalit\u00e9, devenant flou et ind\u00e9chiffrable et cessant d&rsquo;\u00eatre un ancrage au point de te mener ici.  <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu es en avant, le chemin est poussi\u00e9reux, sec, mes chaussures sont d\u00e9j\u00e0 couvertes de la poudre brune qui forme un nuage \u00e0 notre passage et redescend en bruine volatile alors que nous avons \u00e0 peine entam\u00e9 notre balade de 10 kilom\u00e8tres vers Macharaviaya et, \u00e0 chaque pas, s&rsquo;impriment les empreintes stri\u00e9es de mes semelles, tu es en avant comme <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/un-pied-devant-lautre\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Un pied devant l&rsquo;autre<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":84,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"class_list":["post-2319","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-01-une-phrase-des-sols"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2319","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/84"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2319"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2319\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2319"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2319"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2319"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}