{"id":23457,"date":"2020-01-31T14:43:45","date_gmt":"2020-01-31T13:43:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=23457"},"modified":"2020-01-31T14:44:55","modified_gmt":"2020-01-31T13:44:55","slug":"finale-au-jeffers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/finale-au-jeffers\/","title":{"rendered":"Finale au Jeffers"},"content":{"rendered":"\n<p>Il avait \u00e9t\u00e9 convenu d&rsquo;avoir dans sa tenue quelque chose qui porterait les couleurs. Si c&rsquo;\u00e9tait simple pour les gamins qui portaient tous leurs maillots bleu avec le num\u00e9ro de leur joueur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 placard\u00e9 dans le dos, \u00e7a l&rsquo;\u00e9tait moins pour les aficionados de la derni\u00e8re heure qui voulaient juste participer \u00e0 l&rsquo;excitation finale. Ils voulaient bien mais dans des limites qui pouvaient varier, arborer un maquillage de sioux griffonn\u00e9s sur la joue qu&rsquo;on vendait en b\u00e2ton de stick \u00e0 chaque caisse pour la circonstance, ou prendre dans sa garde- robe un discret cama\u00efeu tricolore si discret qu&rsquo;il fallait le chercher vraiment.&nbsp; Le truc dans ces journ\u00e9es d\u00e9guis\u00e9es, consiste \u00e0 se rendre \u00e0 la f\u00eate, sans se sentir trop d\u00e9muni avec ses plumes de coq et sa cr\u00eate, et&nbsp; encombr\u00e9s par des pattes gauloises, une affaire de ridicule pour chacun diff\u00e9rent. Ils y en avaient qui se rendaient au port en traversant la baie encore \u00e0 mar\u00e9e basse.&nbsp; C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0- bas que la f\u00eate battait son plein avec les trois bistrots qui annon\u00e7aient \u00e9cran et&nbsp; une finale \u00e0 tout casser. L\u00e9o avait oubli\u00e9 son \u00e9charpe, voulait pas porter la puasse, repartit la rechercher \u00e0 mi- chemin, il emprunta finalement&nbsp; la route, la mar\u00e9e avan\u00e7ant \u00e0 grand pas. D&rsquo;autres retardataires solitaires rejoignaient l\u2019assembl\u00e9e d&rsquo;oiseaux. J&rsquo;avais exp\u00e9di\u00e9 ma vieille m\u00e8re extr\u00eamement lente pour sa sieste, intrigu\u00e9e par tous ces pr\u00e9paratifs qu&rsquo;elle regardait d&rsquo;un \u0153il un brin d\u00e9sapprobateur \u00e0 voir tous les siens se pr\u00e9cipiter pour un match de foot, elle qui n&rsquo;avait jamais fait de sport et qui s&rsquo;effarait en silence de ce culte du sport&nbsp; rempla\u00e7ant le c\u0153ur sacr\u00e9 de J\u00e9sus, et l&rsquo;engagement pour des valeurs autrement sup\u00e9rieures. Le c\u0153ur du bourg \u00e9tait vide, rues d\u00e9sert\u00e9es, tous r\u00e9unis soient chez eux avec des voisins devant la t\u00e9l\u00e9vision, mais surtout descendus dans un des trois bars du port. On s&rsquo;agglutinait surtout au \u00ab&nbsp;Jeffers&nbsp;\u00bb, enfin c&rsquo;\u00e9tait peut- \u00eatre son nom d&rsquo;avant. Et avant, avant, c&rsquo;\u00e9tait le \u00ab&nbsp;refuge&nbsp;\u00bb&nbsp;; A c\u00f4t\u00e9, du&nbsp;\u00bb Jeffers&nbsp;\u00bb, en traversant la rue on tombait sur \u00ab&nbsp;le R\u00e9cif&nbsp;\u00bb mais qui&nbsp; s\u2019appelait en fait \u00ab&nbsp;le Glenn&nbsp;\u00bb, mais personne dans ce pays fid\u00e8le se rappelait du nom aujourd\u2019hui. Plus loin, \u00e0 quelques coud\u00e9es, \u00ab&nbsp;l&rsquo;\u00e9cole des mousses&nbsp;\u00bb mais l\u00e0 \u00e7a sentait un peu la Royale et on s\u2019amusait moins. Pour tenter une entr\u00e9e en salle, il fallait se contorsionner, passer par en dessous, ressortir par-dessus comme une pelote de fil \u00e0 d\u00e9m\u00ealer, jusqu&rsquo;\u00e0 apercevoir les jambes connues que l&rsquo;on voulaient rejoindre, puis hisser&nbsp; son buste&nbsp; en avalant son ventre et louvoyant. Impossible de compter le monde dans ce chou-fleur de t\u00eates, bien qu&rsquo;il y en avait une ou deux qui \u00e9taient mont\u00e9es en tige ;&nbsp; une grande bringue au long cou avec brushing irr\u00e9prochable perch\u00e9e sur un tabouret de bar aussi long que son cou. Elle avait tout du collet aux grandes oreilles et on \u00e9tait oblig\u00e9 de regarder d&rsquo;un des c\u00f4t\u00e9s de sa t\u00eate ou de celle de son fianc\u00e9,&nbsp; au poil tr\u00e8s court et \u00e9galement tatou\u00e9, cingl\u00e9 dans un t- shirt d&rsquo;une blancheur \u00e9blouissante qui sugg\u00e9rait on ne peut plus ses pectoraux de body building. L&rsquo;\u00e9cran h\u00e9riss\u00e9 de t\u00eates, absorbait tous les commentaires. \u00ab&nbsp;Qu&rsquo;est que tu nous fais, Putain, faut le changer&nbsp;\u00bb. Une femme mais il fallait avant proc\u00e9der \u00e0 une scrutation pouss\u00e9e, en surv\u00eatement, poursuivait pleine sollicitude tous les arrivants pour les inviter \u00e0 parier dare- dare&nbsp; pour la cagnotte aux millions. Elle talonnait sec, et se proposait de garder la pinte pour filer vite au bar d&rsquo;en face qui faisait PMU. B<strong>ut&nbsp;!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!But&nbsp;!!! <\/strong>Une d\u00e9flagration \u00e9branle tout le bistrot. D&rsquo;un seul mouvement, on s&rsquo;est vu propuls\u00e9 les uns sur les autres pour former une esp\u00e8ce de magma de chair, de bras, de coudes, de poitrine, de jambes, de paumes cognant si bien que des lunettes vol\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;unisson. Le myope d\u00e9cill\u00e9&nbsp; t\u00e2tonne en sous- marin dans les claquettes, les baskets, sur un sol douteux et gluant de bi\u00e8re, flairant affol\u00e9 le rayon de verre \u00e9gar\u00e9 dans cette horde mouvante de mollets, et plonge une main t\u00e9lescopique, arrive \u00e0 saisir ses fragiles adjuvants qui par miracle annon\u00e7ant la suite d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements \u00e0 venir inou\u00efs, n&rsquo;avaient pas rompu sous les plantes vivaces estivales et locales. Remont\u00e9e en surface o\u00f9 l&rsquo;on assagit, avec des vagues moins cinglantes. Un bras en d\u00e9tresse n\u00e9anmoins agitait la reddition, suivi d\u2019une t\u00eate de jeune fille verd\u00e2tre et une haie d\u2019infirmi\u00e8res m\u00e2les et femelles, bras en civi\u00e8re. Le p\u00e8re des couteaux Velisodex me fit un petit signe d\u2019intelligence dans cette \u00e9cume&nbsp; humaine. Oublieuse des noms dans un pays o\u00f9 tout le monde est cousin, on attrapait ce qu\u2019on pouvait pour d\u00e9signer,&nbsp; d\u2019autant que le monsieur \u00e9tait lui-m\u00eame une pi\u00e8ce rapport\u00e9e. Une t\u00eate de pasteur anglais, le cheveu roux, il alliait raideur, politesse et un soup\u00e7on de d\u00e9dain pour autrui vite tremp\u00e9 dans une poign\u00e9e de main de paix du christ. Escort\u00e9 par sa femme, une brune au nez grec, un peu androgyne, le demi- sourire d\u2019une statue de jardin public, toujours un peu vout\u00e9e et concentr\u00e9e de spectatrice d\u2019un match de tennis en demi final \u00e0 Roland Garros, elle portait quel que soit le temps un short et un pull marin sur le dos. Comme un vieux bourgeois parisien qui pour rien au monde n\u2019ira voter dans son arrondissement mais pr\u00e9f\u00e8re se faire recenser dans son pays de c\u0153ur, o\u00f9 il a ses terres, jamais la famille des couteaux n\u2019aurait voulu regarder la finale ailleurs qu\u2019au Jeffers. Un enfant explique pour la \u00e9ni\u00e8me fois \u00e0 sa m\u00e8re balbutiante la diff\u00e9rence entre un penalty et un corner. Deux copines aux cheveux courts, par\u00e9es \u00e0 affronter le vent se demandent \u00e0 quoi pense Antoine Grieseman au moment du penalty. La responsabilit\u00e9 sur ses \u00e9paules, Vraiment, c\u2019est pas possible\u2026. soupir et mains sur la bouche. L\u2019une d\u2019elle porte autour de son cou, une chainette avec trois fillettes dor\u00e9es, ses troph\u00e9es, l\u2019autre pr\u00e9f\u00e8re le lacet d\u2019un serpent tatou\u00e9 autour de son cou. <strong>BUTTTTTTTTT&nbsp;!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!<\/strong> Nouvelle d\u00e9flagration, nouveau d\u00e9collage qui fait sauter en \u00e9clat tous les apart\u00e9s. Emerge un g\u00e9ant suant&nbsp; et hilare comme le g\u00e9nie d\u2019une lampe magique. Arrachant son t-shirt dans son exaltation, il soul\u00e8ve tous les corps \u00e0 proximit\u00e9, embrasse les visages \u00e0 pleine bouche,&nbsp; pleine sueur. Une peau rose et collante comme un rouleau \u00e0 mouche duquel&nbsp; il est tr\u00e8s difficile de soustraire sans perdre une aile. Le g\u00e9nie est si \u00e9mu qu\u2019il veut mettre tous les enfants sur son dos,&nbsp; entrainant chez les gamins des regard t\u00e9tanis\u00e9s,&nbsp; puis dans un \u00e9lan magistrale, il se saisit de sa claquette et se met&nbsp; taper comme un forcen\u00e9 le mur en lambris du pub, la tatane en plastique bat la mesure comme s\u2019il voulait d\u00e9membrer les lattes de bois, les \u00e9caillures du mur&nbsp;; \u00e7a finit par faire comme un petit rond vide autour de lui tandis qu\u2019il fait le m\u00e9tronome, accompagn\u00e9 de ses yeux vitreux. La mi-temps tombe \u00e0 pic pour vider ce trop- plein d\u2019\u00e9motion, mais faut pas s\u2019attarder. Deux courants parall\u00e8les du golf Stream se&nbsp; forment et se d\u00e9roulent patiemment, l\u2019un vers les toilettes qui n\u2019ont jamais connu une telle affluence, vont- elles pouvoir y pallier, l\u2019autre vers&nbsp; le comptoir pour combler le vide des&nbsp; pintes. Des serveuses naviguent en volant avec des plateaux charg\u00e9s de brunes et de blonds,&nbsp; tandis qu\u2019au bar, \u00e0 la chaine on baisse les manettes, verres inclin\u00e9s pour remplir les mazagrans. La promesse d\u2019une victoire entraine la prodigalit\u00e9,&nbsp; tout le monde y va de sa tourn\u00e9e. Sonnerie, c\u2019est reparti. Une voix s\u2019\u00e9l\u00e8ve. C\u2019est&nbsp; l\u2019appel des joueurs au haut- parleur, la foule des supporters reprend en c\u0153ur&nbsp;:&nbsp; Ngolo \u2026.Kant\u00e9, Griesman \u2026\u2026..Antoine,&nbsp; Pogba\u2026\u2026.Paul, la m\u00eame voix toujours initiatrice des modes dont on ne sait o\u00f9 , quand,&nbsp; par qui ils ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9s, entonne un refrain repris&nbsp; l\u2019unisson comme une meute rejoint le sentier avec toujours des \u00e9gar\u00e9s qui ne connaissent pas les paroles ou les saisissent en les d\u00e9formant phon\u00e9tiquement&nbsp;: Benjamin Pavard, je ne crois pas que vous le connaissez, il sort de nulle part, avec sa frappe de b\u00e2tard, on a Benjamin Pavard. Mais nouvelle d\u00e9flagration cosmique suivi de fus\u00e9es de d\u00e9tresse sur le port et de coups de corne de brume, un vrai mitraillage. OOOOHHHHHHHHHH&nbsp;! Ne regardant pas l\u2019\u00e9cran, un distrait&nbsp; n\u2019a pas compris que c\u2019\u00e9tait l\u2019autre camp qui marque, l\u2019impudent se r\u00e9jouit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de voisins qui le regardent le mauvais \u0153il, qu\u2019il&nbsp; passe vite son chemin cet oiseau croate. Les conseilleurs et r\u00e2leurs ne sont pas en reste, ils mangent leurs doigts, agit\u00e9s, comme un capitaine d\u2019\u00e9quipe. Il faut changer ce num\u00e9ro qui n\u2019est pas en forme, ils regardent le temps qu\u2019il reste, \u00e0 la montre. Pour certains, l\u2019essentiel, c\u2019est de gagner m\u00eame si ce n\u2019est pas du beau jeu, et l\u2019ombre de la finale mal\u00e9fique avec l\u2019Allemagne n\u2019est pas dissip\u00e9e pour les plus vieux. Ballot\u00e9e par le ressac, je ne sais plus comment on est arriv\u00e9 \u00e0 la fin du match. De la victoire, un grand bruit, l\u2019envie de sortir dehors, de s\u2019extraire de ce grand corps \u00e9touffant, l\u2019\u00e9cran \u00e9clabouss\u00e9 de bi\u00e8re tandis que l\u2019orage tombait \u00e0 verse dedans sur les joueurs hors d\u2019eux m\u00eame, Poutine sous un parapluie. Dehors sur le port, une s\u00e9rie de lancement de fus\u00e9es de d\u00e9tresse, suivi d\u2019un gars qui fait rugir sa mobylette en faisant cirer son pneu tant qu\u2019il peut, sans parvenir \u00e0 le faire tourner faute de moto. Il fait des ronds de chien devant les bars p\u00e9taradant, brulant sa gazoline, ronflant comme un gros bourdon allant de fleur en fleur. Un autre couvert de taches de rousseur torse nu, emm\u00e8ne partout son caddy o\u00f9 il a accroch\u00e9 une radio avec lequel il entonne la victoire. La voix chanteuse derri\u00e8re son haut-parleur surgit de la fen\u00eatre du premier du petit bar. Docile, le ch\u0153ur reprend du collier tout content de partager une nouvelle chanson, Ngolo Kant\u00e9, palalala, Ngolo Kant\u00e9, il est petit, il est gentil, il a bouff\u00e9 Leo Messsi. La sir\u00e8ne des pompiers s\u2019ajoute, les voil\u00e0 les pompiers rigolards pris d\u2019assauts. On grimpe en grappe sur l\u2019estafette, gentiment d\u00e9graf\u00e9s,&nbsp; mais c\u2019est un feu pas pour rire, les fus\u00e9es de d\u00e9tresse sont tomb\u00e9es sur le toit d\u2019une maison qui s\u2019enflamme avec cette vague de chaleur. Tout est sec, on n\u2019a pas l\u2019habitude ici dans ce pays toujours vert et humide, bient\u00f4t les canadairs.&nbsp; C\u2019est la renverse. La mer est haute. Dans un nouvel acm\u00e9 de joie, un essaim quitte le bar, traverse la chauss\u00e9e, monte sur le parapet, saute,&nbsp; dans le port, poss\u00e9d\u00e9 comme les porcs des Ecritures. Toutes les conjonctions astrales sont r\u00e9unies, grande mar\u00e9e, grande victoire, temps cl\u00e9ment, \u00e0 poil dans l\u2019eau du port. Rien de mieux que l\u2019Iroise pour refroidir ou conserver l\u2019ivresse des grands soirs. L\u2019unisson se d\u00e9plie par vagues successives&nbsp;; ceux qui sautent v\u00eatu, d\u2019autres qui d\u2019un geste plonge nu&nbsp;;&nbsp; les plus prudents qui se d\u00e9shabillent en slip et descendent l\u2019\u00e9chelle du quai en rentrant centim\u00e8tre par centim\u00e8tre dans l\u2019eau fraiche. Une flop\u00e9e de t\u00eates forme une flottille de phoques&nbsp; hilares et joyeux qui s\u2019\u00e9claboussent, on balance aussi des objets, des chaises, des verres, des personnes hurlantes toutes habill\u00e9es. Il y aurait une \u00e9tude \u00e0 faire sur le geste de se d\u00e9shabiller, de jeter, et son lien avec&nbsp; les grandes \u00e9motions,&nbsp; comme les r\u00e9veillons napolitains o\u00f9 sont lanc\u00e9s dans la rue feux d\u2019artifice, assiettes, couverts, verres et tout ce qui passe sous la main. Monsieur Loyal au haut- parleur poursuit, imperturbable, et prend des allures de joueur de flute de Hamelin.&nbsp; Le moteur d\u2019un petit bateau crachote dans la baie, il bat pavillon cocardier, et hermines noires. Encore un breton de c\u0153ur qui bretonne, avec capitaine en pantalon rouge et pull marin. Les familles regardent assis sur le rebord en l\u00e9chant leurs glaces. On se laisse porter en cette fin d\u2019apr\u00e8s- midi comme un cor mor au gr\u00e8s du courant. Les br\u00e8ches sont ouvertes. Les gamins reviennent demander frites, hot dog, fish and chips, ils sont de plus en plus sal\u00e9s sucr\u00e9s et les cormorans commencent \u00e0 tourner autour des poubelles qui d\u00e9bordent. Entre les deux bars qui font leur chiffre d\u2019affaire de l\u2019ann\u00e9e, les ombres incongrues de deux lamas et d\u2019un chameau en point de suspension, et la tente d\u2019un petit cirque qui fait rel\u00e2che. il y ceux qui partent se baigner un peu plus loin sur le m\u00f4le, &nbsp;ils rentrent dans l\u2019eau d\u00e9j\u00e0 s\u00e9par\u00e9e par l\u2019ombre et le silence, ray\u00e9 de temps \u00e0 autre par le klaxon italien d\u2019une voiture qui fait des all\u00e9es et retour entre le bourg des terres et le port avec un drapeau \u00e0&nbsp; la fen\u00eatre. Les d\u00e9marches sont de plus al\u00e9atoires, un grand gars chaloupant vient m\u2019enlacer avec son haleine de bi\u00e8re, avant de s\u2019effondrer doucement contre le mur du R\u00e9cif. Les connaissances se donnent le mot pour arriver dans&nbsp; ces petits moments de glissement. David arriv\u00e9 avec le lot des voitures venues relever le pouls du populaire, descend sur le port, avec son vieux t-shirt et son short. A la mani\u00e8re des lords anglais, plus le v\u00eatement est us\u00e9 et d\u00e9lav\u00e9 par le sel, plus il est digne d\u2019\u00eatre port\u00e9 et ne risque pas d\u2019avoir la vulgarit\u00e9 du neuf.&nbsp; Rien ne lui fera sauter sa journ\u00e9e de labeur, il trouve que la foule se vautre et que ses cousines s\u2019enflamment comme des brindilles dans l\u2019abrutissement g\u00e9n\u00e9ral. La narine dilat\u00e9e, il n\u2019a pu esquiver des rugissements lointains et les musiques de radio crochet. S\u2019inclinant devant le labeur, autodidacte, il ne veut \u00eatre redevable de personne, et connait ses droits, le cadastre, les \u00e9diles locaux comme sa poche . Le matin et le soir, il descend au bistrot pour humer l&rsquo;air lire le T\u00e9l\u00e9gramme \u00ab&nbsp; je ne savais pas que tu aimais autant le foot, mais c\u2019est vrai que Margarita est une star&nbsp; chez Edouard&nbsp;!!!&nbsp;\u00bb suivi d\u2019un \u0153il faussement admiratif en guise de fl\u00e9chette.&nbsp; Mais superbe, et imperm\u00e9able, Margarita ne rel\u00e8ve pas l\u2019escarmouche, et embrasse son fianc\u00e9 en s\u2019\u00e9ventant. Elle assume pleinement son \u00e9tiquette d\u2019actrice de&nbsp; feuilleton si connue \u00e0 la campagne et dans les maisons de retraite, qu\u2019au Leclerc, point n\u00e9vralgique du canton, elle est tout le temps reconnue, poursuivie par des conciliabules, arr\u00eat\u00e9e pour un selfie. Pas b\u00e9gueule,&nbsp; elle se pr\u00eate&nbsp; aux contraintes de ce service apr\u00e8s- vente. Mais d\u00e9j\u00e0 David fait d\u00e9j\u00e0 volte- face pour plonger sur une autre solitaire. Betty souffre chroniquement d\u2019\u00eatre un vilain petit canard intelligent dans son monde \u00e9troit , tra\u00eenant un mari qui ne comprend rien, qu\u2019elle laisse le plus souvent dans ses dossiers europ\u00e9ens, elle parcourt le pays, pour soigner sa m\u00e9lancolie, et r\u00e9parer les ravages d\u2019une \u00e9ducation arri\u00e9r\u00e9e et bourgeoise. Souffrant par tous les pores de sa longue silhouette osseuse, entre deux bains d\u2019huiles essentiels, elle aime se frotter au vrai peuple&nbsp; gentil et pas coinc\u00e9 pour deux pas comme mais d\u00e9j\u00e0 t la conversation par le ronron du moteur du gars \u00e0 la mobylette. Le lendemain on pouvait lire sur les portes du \u00ab&nbsp;Jeffers&nbsp;\u00bb un petit mot coll\u00e9 au scotch, \u00ab&nbsp;Ferm\u00e9&nbsp; car plus de boissons mais on est des Champions&nbsp;\u00bb.&nbsp; La gendarmerie avait enregistr\u00e9 52 gardes \u00e0 vue, un feu ma\u00eetris\u00e9, on \u00e9tait vraiment des champions.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il avait \u00e9t\u00e9 convenu d&rsquo;avoir dans sa tenue quelque chose qui porterait les couleurs. Si c&rsquo;\u00e9tait simple pour les gamins qui portaient tous leurs maillots bleu avec le num\u00e9ro de leur joueur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 placard\u00e9 dans le dos, \u00e7a l&rsquo;\u00e9tait moins pour les aficionados de la derni\u00e8re heure qui voulaient juste participer \u00e0 l&rsquo;excitation finale. 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