{"id":23494,"date":"2020-02-01T14:42:02","date_gmt":"2020-02-01T13:42:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=23494"},"modified":"2020-02-02T09:22:03","modified_gmt":"2020-02-02T08:22:03","slug":"est-ce-que-jinvente","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/est-ce-que-jinvente\/","title":{"rendered":"Est-ce que j\u2019invente ?"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/plage-duo-1024x668.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-23502\" width=\"600\" height=\"391\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/plage-duo-1024x668.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/plage-duo-420x274.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/plage-duo-768x501.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/plage-duo-1536x1002.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/plage-duo-2048x1336.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Rose et Jack<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Paris d\u00e9cembre 2019<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Couple amoureux sur trottinette \u00e9lectrique, lui derri\u00e8re l&rsquo;enveloppe elle de ses longs bras emmanch\u00e9s dans une veste trois quart en tweed brun, il dirige l&rsquo;engin, elle a ses mains pos\u00e9es au milieu du guidon, son visage p\u00e2le est l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9 vers la droite, dans un abandon fragile, ils se d\u00e9placent lentement sur la piste cyclable, le calme du mouvement contraste furieusement avec la circulation sonore du boulevard Magenta qu&rsquo;ils longent en remontant vers la Gare de l&rsquo;Est, leur attachement rayonne tout autour, c&rsquo;est la lumi\u00e8re de cet attachement qui m&rsquo;a saisie, leur travers\u00e9e  fluide comme celle d&rsquo;un lent navire sur mer calme, je pense aux h\u00e9ros de Titanic \u00e0 la proue du navire g\u00e9ant. Ce matin dans la douceur de la chambre de l&rsquo;h\u00f4tel Paradis il lui aura bais\u00e9 la tempe apr\u00e8s qu&rsquo;ils aient d\u00e9cid\u00e9s r\u00e9jouis de parcourir en un jour la ville au hasard \u00e0 bord de leur petit engin \u00e9lectrique, leur go\u00fbt d&rsquo;aventure rend ma marche forc\u00e9e par la gr\u00e8ve bien plus l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bonnie and Clyde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"> <em>Paris, novembre 2019<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je remonte \u00e0 pied la rue du faubourg Saint-Martin, \u00e0 l&rsquo;angle de la rue des R\u00e9collets un jeune couple devant la vitrine de ce que je sais une immense armurerie, main dans la main ils semblent fascin\u00e9s. Ils sont d&rsquo;une belle \u00e9l\u00e9gance, elle cheveux dress\u00e9s en savant chignon banane blond v\u00e9nitien, pardessus marine et bottines fauves \u00e0 talons sous denim brut, lui hipster habitu\u00e9 des\u00a0salons de barbiers, pantalon battant la cheville, casquette en beau lainage, ils sont le chic parisien du moment. Je suis en approche, une vingtaine de m\u00e8tres nous s\u00e9parent, mais d\u00e9j\u00e0 ils pivotent sur leurs talons cir\u00e9s et remontent devant moi la rue. Je presse le pas, \u00e0 la hauteur de l&rsquo;armurerie je jette un \u0153il \u00e0 la vitrine, intrigu\u00e9e, une pr\u00e9sence incongrue aurait pu les tenir l\u00e0 tous les deux, mais non, juste des armes, des guns puissants et ma peur. Ils sont d\u00e9j\u00e0 loin devant moi, je voudrais pouvoir les rattraper, saisir leur conversation, peut \u00eatre cela me permettrait de comprendre ce qui les a fig\u00e9 devant l&rsquo;\u00e9talage de canons et de lames brillantes, je m&rsquo;essouffle, les d\u00e9passe, le faubourg est bruyant mais je leur arrache les d\u00e9tails de l&rsquo;organisation d&rsquo;un week-end \u00e0 Villers, sur la c\u00f4t\u00e9 normande. Une id\u00e9e \u00e9trange me traverse, il faudra que je pense \u00e0 surveiller les faits divers.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;homme et la tr\u00e8s jeune fille<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Tokyo, novembre 2019<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00e9tro \u00e0 Tokyo un dimanche, avec Philippe et Tristan qui nous accompagne \u00e0 la d\u00e9couverte d&rsquo;un bout de ville inconnu. Sur les si\u00e8ges qui nous font face, un homme d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9e, je ne retiens pas grand chose de son visage, mais je le range dans la cat\u00e9gorie d\u00e9peupl\u00e9e des virils, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s une tr\u00e8s jeune fille aux joues plates, la bouche tombante en petite moue, entre eux un jeu \u00e9trange qui me met mal \u00e0 l&rsquo;aise. Il la taquine, elle d\u00e9tourne son visage lunaire, repousse les doigts qui chatouillent. Les \u00e9changes tactiles sont rares en public au Japon, je me surprends voyeuse, hypnotis\u00e9e par la chor\u00e9graphie des mains et des visages. Au moment o\u00f9 je r\u00e9alise que la jeune fille n&rsquo;est pas consentante il m\u00eale ses jambes au siennes, force ses cuisses du genou \u00e9cartant sa jupe d&rsquo;\u00e9coli\u00e8re courte et pliss\u00e9e. Tristan devine ma g\u00eane, il m&rsquo;explique que c&rsquo;est courant, ici des hommes payent des jeunes filles pour qu&rsquo;elles passent avec eux la journ\u00e9e, ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment sexuel, \u00e7a ne dissipe pas mon malaise. En descendant de la rame, le couple nous pr\u00e9c\u00e8de, rejoint sur le quai par une femme d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es et un tr\u00e8s jeune homme, \u00e0 eux quatre ils dessinent  une famille id\u00e9ale. Je suis perplexe, n&rsquo;arrive pas \u00e0 me d\u00e9cider sur la situation, de la perversit\u00e9 qui se joue, laquelle me d\u00e9rangerait le moins.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Roland<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Paris, 1949<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un jeune homme, il n&rsquo;a pas vingt ans, marche dans Paris \u00e0 grandes enjamb\u00e9es, il longe un trottoir de la place Clichy sous le gris mat du ciel, les mains dans les poches de son bleu de travail chiffonn\u00e9 \u2014 le tissu flotte large autour de ses mollets, le col est grand ouvert sur le torse nu ou recouvert d&rsquo;un marcel invisible. Il y a quelque chose d&rsquo;\u00e9lectrique dans sa d\u00e9marche, une \u00e9nergie qui file dans sa silhouette fine mais muscl\u00e9e, une densit\u00e9 f\u00e9brile, jusque dans l&rsquo;\u00e9tincelle de son regard. Il fait de la m\u00e9canique dans un garage du quartier, il semble un petit homme press\u00e9, avec sa moustache fine qu&rsquo;il a laiss\u00e9 pousser pour m\u00fbrir son visage, c&rsquo;est l&rsquo;heure o\u00f9 il prend sa pause, il avale son caf\u00e9 serr\u00e9 au comptoir d&rsquo;un troquet de la place, sans se d\u00e9partir de son petit sourire, de l&rsquo;odeur de t\u00f4le et d&rsquo;essence qui impr\u00e8gne la toile de son bleu et ses cheveux ondul\u00e9s. Cette odeur de l&rsquo;enfance, d\u00e9couverte dans le garage de son grand-p\u00e8re \u00e0 Ivry, cette odeur qu&rsquo;il retrouvera bient\u00f4t dans les hangars \u00e0 avions de la base a\u00e9rienne de Saint-Yan, cette odeur qui l&rsquo;entra\u00eenera jusque dans l&rsquo;Ontario, puis Marrakech, Montr\u00e9al, Alger.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Roland et Monique&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em>Maroc, 1956<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les heures vides \u00e0 la terrasse d\u2019un bar de Marrakech o\u00f9 Roland a ses habitudes avec Delorme, ils observent l\u2019agitation de fin de journ\u00e9e dans la ville, ils regardent les filles en buvant des bi\u00e8res. Il remarque cette jeune femme, la courbe tendre de ses joues, les cheveux nou\u00e9s sur sa nuque d\u00e9licate, ses yeux p\u00e9tillants parfois emprunts de m\u00e9lancolie, des sourires qui r\u00e9pondent \u00e0 ses regards, sa gr\u00e2ce presque fragile. Il devine la pulsation rapide sous sa peau fine, un battement de c\u0153ur d&rsquo;oisillon, \u00e7a fait grandir un grand trouble dans le thorax, il rougit. Quels premiers mots ont-ils \u00e9chang\u00e9 ? Quelle marche, sous quel ciel, dans quelle nuit claire, quelle rue d\u00e9serte ? Leurs mains qui se fr\u00f4lent en trinquant, sa t\u00eate qu\u2019elle jette en arri\u00e8re pour finir ses verres, ses grands yeux gris, sa peau brillante sous la chaleur. Et les heures douces du dimanche, \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la tension de fin de colonisation palpable en ville, la danse, les vir\u00e9es sur la c\u00f4te avec la Lancia bleu ciel d\u00e9capotable, les plages alentour, Agadir, Mogador, El Jadida ou Taghazoute. Et les batailles dans l\u2019Atlantique en riant, le soleil qui br\u00fble leurs \u00e9paules sal\u00e9es, parfois ils restent jusqu\u2019au soir, les corps alourdis d\u2019une torpeur exquise, devant l\u2019horizon les paupi\u00e8res \u00e0 demi ferm\u00e9es pour filtrer le feu du couchant. Et les longs silences qui s\u2019installent, dans les yeux gris de Monique passent des ombres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rose et Jack Paris d\u00e9cembre 2019 Couple amoureux sur trottinette \u00e9lectrique, lui derri\u00e8re l&rsquo;enveloppe elle de ses longs bras emmanch\u00e9s dans une veste trois quart en tweed brun, il dirige l&rsquo;engin, elle a ses mains pos\u00e9es au milieu du guidon, son visage p\u00e2le est l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9 vers la droite, dans un abandon fragile, ils se d\u00e9placent lentement sur la piste <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/est-ce-que-jinvente\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Est-ce que j\u2019invente ?<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":186,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1723],"tags":[298,1743],"class_list":["post-23494","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-personnages-4-croquis","tag-corps","tag-couple"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23494","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/186"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=23494"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/23494\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23494"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=23494"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=23494"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}