{"id":23955,"date":"2020-02-10T08:19:26","date_gmt":"2020-02-10T07:19:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=23955"},"modified":"2020-04-02T10:40:33","modified_gmt":"2020-04-02T08:40:33","slug":"4-personnages-croquis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/4-personnages-croquis\/","title":{"rendered":"#4 Personnages | croquis"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/alone-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-23963\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/alone-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/alone-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/alone-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/alone.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Elle danse en agitant les bras. Les mains haut par dessus la t\u00eate. Cheveux mi-long, d\u00e9tach\u00e9s. Le brushing dont on imagine la minutie ne r\u00e9siste pas. Robe noire, petite veste \u00e9crue. Elle paraissait sage quelques minutes avant et \u00ab\u00a0Cette ann\u00e9e-l\u00e0\u00a0\u00bb de Claude Fran\u00e7ois a vrill\u00e9 ses premi\u00e8res notes sur la sono de location : elle s&rsquo;est \u00e9lanc\u00e9e comme la moiti\u00e9 de la salle de r\u00e9ception. Ses yeux ne regardent personne, elle agite les bras, la t\u00eate, plie parfois les genoux \u00e0 contre-temps. Et cela s&rsquo;appelle danser. S&rsquo;\u00e9clater, peut-\u00eatre. \u00ab\u00a0On s&rsquo;est bien \u00e9clat\u00e9 au mariage\u00a0\u00bb, racontera-t-elle \u00e0 ses coll\u00e8gues \u00e0 l&rsquo;agence d&rsquo;assurance lundi.<\/p>\n\n\n\n<p>S&rsquo;\u00e9clater. Je reste assis. Une tasse de caf\u00e9 ti\u00e8de entre les mains. Je ne parle \u00e0 personne. Et il y a cette fille \u00e0 quinze m\u00e8tre qui tourne sur elle-m\u00eame dans les taches de couleurs rouges, vertes, bleues, sur un vieux Claude Fran\u00e7ois nostalgique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu&rsquo;elle cherche \u00e0 oublier en tendant les bras vers le ciel ? Quel amour d\u00e9\u00e7u ? Quels r\u00eaves inaboutis ? Elle a l&rsquo;\u00e2ge des premiers regrets, des premiers bilans. L&rsquo;\u00e2ge aussi du premier enfant. Toutes les injonctions : s\u00e9duire, r\u00e9ussir. Elle n&rsquo;en a plus rien \u00e0 faire. Il est une heure du matin. Elle oublie. Sa t\u00eate va de gauche \u00e0 droite, de haut en bas. Ses mains tressaillent comme prises de tremblements incontr\u00f4lables. Des pantins d\u00e9sarticul\u00e9s tentent comme elles une communion impossible avec le rythme. Pas un danseur pour rattraper l&rsquo;autre, chacun dans sa tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de ressembler \u00e0 Claude Fran\u00e7ois, \u00e0 une de ses danseuses, au moins \u00e0 quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Les onze autres chaises de ma table sont vides et les aur\u00e9oles de vin, de sauce au champagne, les \u00e9clats de sucres, une serviette en boule, le fond d&rsquo;une bouteille d&rsquo;eau gazeuse, une fourchette oubli\u00e9e, l&#8217;empreinte d&rsquo;un rouge \u00e0 l\u00e8vres trop rouge sur un dernier verre \u00e0 pied m&rsquo;accompagnent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Cette ann\u00e9e-l\u00e0&#8230;\u00a0\u00bb : la chanson n&rsquo;en finit plus. Elle repousse les cheveux qui lui reviennent dans les yeux. Elle ne sourit pas. Depuis le d\u00e9but du morceau, son visage est imperturbable. Elle a les yeux maintenant ferm\u00e9s les trois-quarts du temps. Lundi, \u00e0 neuf heures, lorsqu&rsquo;ouvrira l&rsquo;agence, elle se souviendra d&rsquo;un bon moment. Quelques minutes \u00e0 \u00eatre elle-m\u00eame sur la piste de danse. Une heure peut-\u00eatre. Seule au monde. Elle est l&rsquo;amie d&rsquo;un ami de la mari\u00e9e. Elle ne connait personne et m\u00eame ce gar\u00e7on depuis pas si longtemps, et pour en oublier un autre. Alors, elle a pu se l\u00e2cher. Personne qu&rsquo;elle reverrait jamais ici. Des inconnus destin\u00e9s \u00e0 le rester. Elle a un peu trop bu. Sinon elle ne danse pas. Elle aura un peu mal au cr\u00e2ne lundi et les blagues du patron, son regard insistant&#8230; Elle aura un peu plus de difficult\u00e9s \u00e0 sourire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ordinaire. Et dans sa t\u00eate elle fredonnera : \u00ab\u00a0cette ann\u00e9e-l\u00e0\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme de son \u00e2ge arrive derri\u00e8re elle, la prend par la taille ; elle tourne la t\u00eate, lui sourit. Ils tentent un pas de danse commun. Leurs yeux d&rsquo;accrochent. C&rsquo;est lui, l&rsquo;ami de la mari\u00e9e. Lui qui, pour ne pas venir seul, a propos\u00e9 \u00e0 la fille de l&rsquo;accompagner. Elle n&rsquo;avait rien de mieux \u00e0 faire, alors, un mariage, pourquoi pas. Boire, manger, boire, danser. Une f\u00eate qui en vaut bien une autre. Elle le quittera apr\u00e8s. Un message suffira. Ou ne plus r\u00e9pondre aux siens pendant quelques jours. Mais il a ses mains sur ses hanches, il lui sourit. Et si elle a accept\u00e9 de l&rsquo;accompagner, pense-t-il, c&rsquo;est que cette fois il se passe quelque chose. Il viendra la chercher lundi soir \u00e0 la fermeture. Ce sera le moment de lui proposer une clef de l&rsquo;appartement. Il sait que c&rsquo;est la bonne. Il ne faut rien brusquer mais ne pas laisser passer sa chance. Attendre lundi. Proposer sa clef le soir du mariage, c&rsquo;est un symbole trop fort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Cette ann\u00e9e-l\u00e0&#8230;\u00a0\u00bb Ce sont les miennes qui d\u00e9filent. Ne pas trop y penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle retire les mains de ses hanches ; s&rsquo;\u00e9loigne un peu du gar\u00e7on, fait un tour sur elle-m\u00eame. Tout est rapide, syncop\u00e9. Il la regarde. Il ne la comprends pas tr\u00e8s bien. Mais il n&rsquo;a aucun doute. C&rsquo;est elle. Pour la vie. La premi\u00e8re fois qu&rsquo;il am\u00e8ne une femme \u00e0 un mariage et, \u00e0 la mairie, ils se tenaient la main. C&rsquo;est elle. Il la trouve belle quand elle danse, naturelle.<\/p>\n\n\n\n<p> J&rsquo;ai fait un petit tas de miettes sur la nappe.<\/p>\n\n\n\n<p>A quelle heure peut-on quitter la f\u00eate d&rsquo;un mariage sans passer pour un goujat ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle danse en agitant les bras. Les mains haut par dessus la t\u00eate. Cheveux mi-long, d\u00e9tach\u00e9s. Le brushing dont on imagine la minutie ne r\u00e9siste pas. Robe noire, petite veste \u00e9crue. 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