{"id":25764,"date":"2020-02-25T17:09:20","date_gmt":"2020-02-25T16:09:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=25764"},"modified":"2020-03-06T12:39:15","modified_gmt":"2020-03-06T11:39:15","slug":"camp","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/camp\/","title":{"rendered":"CAMP"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/IMG_0312.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-25765\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/IMG_0312.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/IMG_0312-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Des centaines de venelles menant aux yeux. Un parchemin de chair qui a essuy\u00e9 temp\u00eates glac\u00e9es et m\u00eame plus de larmes. Un sourire r\u00e9solu\u00a0: transmettre neige et cendres. Apparemment, rien d\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>En son for int\u00e9rieur&nbsp;: la campagne qui respire \u00e0 l\u2019abri\ndes poursuites. La m\u00e8re se tenant pr\u00eate quand on frappe \u00e0 la porte. Travers\u00e9e\nd\u2019une mer noircie mais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 un jour cesseront les grondements des\ntrains et des chenilles. C\u2019est ce qu\u2019elle croit \u00e0 seize ans. Et l\u00e0 dans les quatre-vingt.<\/p>\n\n\n\n<p>Monte dans le bus, \u00e0 l\u2019avant. Derri\u00e8re, beaucoup\nd\u2019adolescents emmitoufl\u00e9s qui se taisent plus ou moins. Elle prend le micro\npermettant de s\u2019adresser \u00e0 tous les passagers. Trajet depuis l\u2019a\u00e9roport jusqu\u2019\u00e0\nl\u2019arriv\u00e9e. Parle presque tout du long, \u00e0 l\u2019exception de quelques zones de\nsilence. Froid&nbsp;: des maisons diss\u00e9min\u00e9es tout du long s\u2019\u00e9chappe un peu de\nfum\u00e9e. Paysage qui ne r\u00e9chauffe pas. Le micro gr\u00e9sille.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien de temps encore&nbsp;la force de leur dire? Ils applaudissent quand l\u2019avion atterrit, pour certains c\u2019est la premi\u00e8re fois. Mais apr\u00e8s&nbsp;? Le chemin pour se rapprocher du pire. Le faire pour leur apprendre \u00e0 dire non&nbsp;? Ils sont pr\u00e9par\u00e9s, mais comment pr\u00e9voir ce qui se passe au contact des lieux qui disent tout ce qu\u2019on ne peut ni croire ni entendre m\u00eame quand soi-m\u00eame, on y \u00e9tait&nbsp;? On ne peut que les accompagner l\u00e0 o\u00f9 eux-m\u00eames n\u2019ont perdu personne. Leur parler quand la nuit tombe brutalement entre les blocs et qu\u2019ils sont tout autour comme couronne \u00e9perdue qui se r\u00e9chauffe au contact d\u2019une vieille survivante, arr\u00eat\u00e9e si jeune. Et revenue de tout. <\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Porcelaine aux transparences roses sur les joues. Bleu pervenche\ndes yeux comme ceux d\u2019une poup\u00e9e choy\u00e9e. L\u00e8vres prot\u00e9g\u00e9es par un baume qui les\nrend brillantes et aptes \u00e0 supporter les morsures du froid. Tresse blonde comme\non n\u2019en fait plus. Seize ans <\/p>\n\n\n\n<p>En son for int\u00e9rieur&nbsp;: pavillon blotti dans le lotissement de banlieue, chaleur ambiante et repas qui rassemblent. L\u2019avenir en ligne de mire et si on &nbsp;travaille bien, il n\u2019y aura pas de question. Les parents savent&nbsp;: on peut les croire. <\/p>\n\n\n\n<p>Est mont\u00e9e dans le bus. A l\u2019arri\u00e8re. A \u00e9cout\u00e9 vaguement,\nberc\u00e9e par le d\u00e9placement, la voix dans le micro. A m\u00eame souri quand l\u2019autre\nassis pr\u00e8s d\u2019elle lui a dit qu\u2019ici les grandes villes ne couraient pas les\nrues. D\u2019ailleurs il n\u2019y a pas de rue. Et pas grand monde dehors. &nbsp;Juste une sorte de petite rivi\u00e8re qui a l\u2019air\nde se cacher dans les mar\u00e9cages. Peut-\u00eatre des gens qui se r\u00e9chauffent dans les\nmaisons diss\u00e9min\u00e9es. Mais il a fallu descendre. Renoncer \u00e0 la chaleur ambiante,\n\u00e0 tout ce qui s\u2019appelle \u00ab&nbsp;avant&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Attendez-moi&nbsp;!\nJe n\u2019y arrive pas. Tellement march\u00e9 entre baraquements, r\u00e9cits, t\u00e9moignages.\nFatigu\u00e9e. &nbsp;Peur de me perdre dans les\nsalles d\u2019exposition- je ne sais pas comment on appelle \u00e7a. On trouve des\nvitrines, on se penche sur elles, on ne voit pas de tableaux ou d\u2019objets ayant\nappartenu \u00e0 des artistes mais des v\u00eatements de tout petits enfants. Des\nbrassi\u00e8res. Tricot\u00e9es \u00e0 la main. Madame, j\u2019ai appris \u00e0 en tricoter une pour un\nb\u00e9b\u00e9 que je connais mais l\u00e0\u2026 Ils ont retrouv\u00e9 les brassi\u00e8res, les minuscules\nv\u00eatements mais pas les corps. Et \u00e7a continue avec la grande vitrine. Derri\u00e8re,\nune montagne grise, peut-\u00eatre de la laine pour les matelas. Je m\u2019approche, pour\nvoir de plus pr\u00e8s. Petites nattes coup\u00e9es. Il y a des explications en dessous. Non.\nMadame, on ne peut pas penser une chose pareille. On ne peut pas. <\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n\n\n\n<p>Des yeux qui mangent le visage. Un nez plant\u00e9 droit au\nmilieu de la figure. Et la bouche bien \u00e9lev\u00e9e qui voudrait r\u00e9pondre aux\nquestions, comme toujours. Mais rien ne sort. <\/p>\n\n\n\n<p>En son for int\u00e9rieur&nbsp;: un paradis dangereux, avec\ninterdiction d\u2019aller pr\u00e8s du lac aux marches de marbre, et de d\u00e9passer les\ncontours de la for\u00eat o\u00f9 s\u2019effondrent les pagodes du si\u00e8cle d\u2019avant.<\/p>\n\n\n\n<p>Est mont\u00e9e dans le bus, entre l\u2019avant et l\u2019arri\u00e8re. Interface. Les nuits d\u2019avant&nbsp;: sans sommeil. Route grise apr\u00e8s le voyage plein ciel. Sandwiches distribu\u00e9s. Le bus se gare. Ils mangent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, prennent des forces avant d\u2019aller plus loin. <\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Tout le chemin, un an\nde travail. C\u2019est comme pr\u00e9parer une exp\u00e9dition au p\u00f4le Nord. Mais bien plus\nloin, l\u00e0 o\u00f9 plus de p\u00f4le et plus de Nord. La responsabilit\u00e9. Comment faire\nquand on arrive \u00e0 destination, devant l\u2019entr\u00e9e avec toutes les vies bien\nemmitoufl\u00e9es qui d\u00e9couvrent par moins trente fausse gare, barbel\u00e9s, et tout le\nreste&nbsp;? Entourer, faire barrage, \u00e9couter la revenante r\u00e9conforter ceux qui\nsont devenus orphelins d\u2019un monde id\u00e9al en venant ici, dire \u00e0 l\u2019adolescente\nblonde comme les bl\u00e9s de d\u00e9poser doucement l\u00e0 o\u00f9 les corps ont br\u00fbl\u00e9, les \u00e9pis\nsoigneusement transport\u00e9s dans l\u2019avion puis dans le bus. On repart, il faut\nrentrer. &nbsp;L\u2019adolescente blonde a chang\u00e9.\nDans ses yeux d\u2019outremer, col\u00e8re, d\u00e9termination. Ce que deviennent les \u00e9pis. <\/p>\n\n\n\n<p>***<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des centaines de venelles menant aux yeux. Un parchemin de chair qui a essuy\u00e9 temp\u00eates glac\u00e9es et m\u00eame plus de larmes. 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