{"id":25869,"date":"2020-02-27T16:36:28","date_gmt":"2020-02-27T15:36:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=25869"},"modified":"2020-05-28T09:51:44","modified_gmt":"2020-05-28T07:51:44","slug":"agonie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/agonie\/","title":{"rendered":"Agonie"},"content":{"rendered":"\n<p>Bouche dissimul\u00e9e par un\nencombrement de tuyaux. Les yeux mi-clos comme aux aguet. Paupi\u00e8res lourdes d\u2019une\nl\u00e9thargie mortelle. La peau distendue, assouplie ou affaiss\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En son for int\u00e9rieur&nbsp;:\nla mer aux multiples miroirs qui se d\u00e9tache d\u2019un rivage escarp\u00e9. Porte d\u2019un\nmonde exotique o\u00f9 r\u00e8gnent les grands palmiers silencieux. Foudroiement du d\u00e9sir\nfauch\u00e9 dans son \u00e9lan. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il y a en\nmoi un autre, papillon de nuit aveugl\u00e9 par la lumi\u00e8re obscure, affol\u00e9 de ne\npouvoir trouver la sortie, et l&rsquo;autre qui l&rsquo;enferme \u00e0 double tour, gardien\namn\u00e9sique ayant perdu la cl\u00e9, sangl\u00e9 dans sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 sans but, centr\u00e9 sur sa t\u00e2che,\naccomplie par devoir, juste pour ainsi maintenir la ligne, l&rsquo;essence m\u00eame de\ncette vie ignorante. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et maintenant je suis mort, mais pas plus avanc\u00e9, car ma voix r\u00e9sonne blanche et sans timbre, onde n\u00e9gative d&rsquo;une pr\u00e9sence qu&rsquo;on ne peut v\u00e9ritablement cerner et qui pourtant s&rsquo;obstine \u00e0 hanter les lieux de la m\u00e9moire, s&rsquo;infiltrant dans la lumi\u00e8re matinale d&rsquo;un printemps sans promesse autre que la r\u00e9p\u00e9tition infinie de sensations vagues, imperturbable rappel \u00e0 l&rsquo;ordre auquel tout ob\u00e9it, m\u00eame le moindre bourgeon dans son espoir d\u00e9risoire d&rsquo;\u00eatre un autre, voix blanche qui s&rsquo;effraie \u00a0un peu de son pouvoir, le regardant s&rsquo;accro\u00eetre et s&rsquo;enfler au-dessus des \u00eatres et des choses, obstin\u00e9 boutoir qui \u00e9branle la porte de l&rsquo;infini sans savoir si derri\u00e8re il n&rsquo;y pas le n\u00e9ant, une vibration pas plus. Et la courbe sinuso\u00efdale de nos \u00eatres parfois se rencontre. Vraiment je suis mort et je ne le sais pas.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Visage\npartag\u00e9 entre la douleur et le soulagement. Les maxillaires dissym\u00e9triques masquent\navec peine une col\u00e8re inutile. Le regard fixe sort litt\u00e9ralement des orbites\npour ne se poser sur rien qui puisse l\u2019atteindre.<\/p>\n\n\n\n<p>En son for\nint\u00e9rieur&nbsp;: Des groupes d\u2019hommes qui se rassemblent et l\u2019ignorent,\npalabrant \u00e0 n\u2019en plus finir en phrases r\u00e9sonnantes sur une place \u00e0 l\u2019\u00e9cart des\ntrafics. Ils n\u2019ont jamais pris garde \u00e0 sa haine. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Je t&rsquo;\u00e9coute\nmais je ne t&rsquo;entends pas ; plus fort que moi, plus fort que ma parole il y a le\nlieu qui n&rsquo;a d&rsquo;autre volont\u00e9 que de venir au jour, il parle et c&rsquo;est lui qui\nvient toucher mon oreille, il parle et son balbutiement n&rsquo;a pas plus de force\nque l&rsquo;instinct, c&rsquo;est \u00e0 dire beaucoup plus que ma simple volont\u00e9, h\u00e9sitante et\nmolle devant tant d&rsquo;efforts \u00e0 devoir d\u00e9faire le monde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je parle la\nvoix des choses, elles se m\u00ealent en un brouhaha ind\u00e9chiffrable je ne les \u00e9coute\npas quand elles me traversent ainsi, la raison est seulement m\u00e9canique ; la\nraison encha\u00eene mes images plus s\u00fbrement qu\u2019aucun tyran jamais ne le fit.<\/em> <em>Mon temps n&rsquo;a plus de limite, je m&rsquo;\u00e9gare dans une attente d\u00e9mesur\u00e9e mes\npas s&rsquo;en vont comme les paraphes d&rsquo;un nom sans m\u00e9moire.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le visage n\u2019a\nplus d\u2019espace pour y \u00e9crire le temps pass\u00e9. Aux l\u00e8vres minces s\u2019accrochent des\nmots r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sans suite, hors de propos, comme on en dit dans ces occasions. <\/p>\n\n\n\n<p>En son for int\u00e9rieur&nbsp;:\nla proie apeur\u00e9e qui sent sur elle le regard rapace de celle qui voudrait\nemporter des pans entiers de sa vie, les d\u00e9chirer , les \u00e9parpiller sur le\nchemin pierreux.<\/p>\n\n\n\n<p><em>D&rsquo;un seul tenant il est sorti de moi, tout arm\u00e9 de son bruit qui bourdonne \u00e9trangement, c&rsquo;est \u00e0 dire dans une autre dimension que celle o\u00f9 je suis maintenant aveugl\u00e9e esp\u00e9rant dans mes t\u00e2tonnements maladroits le rejoindre et&nbsp; l&rsquo;espace s&rsquo;\u00e9tend, nu et froid devant mon regard transperc\u00e9, et rien ne compte que l&#8217;emportement dont la force pousse. C&rsquo;est un peu plus qu&rsquo;un simple trait, un vecteur, une impulsion sans cesse renouvel\u00e9e d\u00e9pourvue de nom et d&rsquo;origine traversant les espaces infinis pour y rayer le vide. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026\u00e7a crie en\nmoi, les portes grincent dans le d\u00e9dale o\u00f9 continuent de tourner les enferm\u00e9s,\net les murs r\u00e9sonnent d&rsquo;un gravier \u00e9cras\u00e9, d&rsquo;un pas muet au rythme maladroit,\nd&rsquo;un peu de cet espoir que le bleu du ciel vient parfois dessiner au-dessus de\nma t\u00eate. Pauvre t\u00eate, si faible si malhabile \u00e0 contenir en elle tant de lieux\nqui l&rsquo;\u00e9crasent et la broient. Ils ont tous disparu, un \u00e0 un dans ce caillot de\nsang et depuis comme ma langue bute sur la phrase, comme le mot r\u00e9siste \u00e0\nl&rsquo;\u0153uvre de ma langue, comme elle est infinie la peine qui me noie.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bouche dissimul\u00e9e par un encombrement de tuyaux. Les yeux mi-clos comme aux aguet. Paupi\u00e8res lourdes d\u2019une l\u00e9thargie mortelle. La peau distendue, assouplie ou affaiss\u00e9e. En son for int\u00e9rieur&nbsp;: la mer aux multiples miroirs qui se d\u00e9tache d\u2019un rivage escarp\u00e9. Porte d\u2019un monde exotique o\u00f9 r\u00e8gnent les grands palmiers silencieux. 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