{"id":26129,"date":"2020-03-08T16:26:18","date_gmt":"2020-03-08T15:26:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=26129"},"modified":"2020-03-08T16:26:19","modified_gmt":"2020-03-08T15:26:19","slug":"deux-verres-fonces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/deux-verres-fonces\/","title":{"rendered":"Deux verres fonc\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p>Deux\nsourcils bien arqu\u00e9s, deux accentuations, deux verres fonc\u00e9s, yeux doubl\u00e9s,\nprot\u00e9g\u00e9s, trop sensibles au soleil, un visage imbib\u00e9 d\u2019un sourire m\u00e9lancolique.\nLe cou est tr\u00e8s pliss\u00e9, plis non parall\u00e8les, chemins parcourus qui ont laiss\u00e9\ndes traces. Au bas du cou, un renfoncement perceptible par moments, petite\ncuvette, d\u00e9pression capable de recueillir des substances invisibles qui se\nmettent au repos dans ce lieu humide et chaud.<\/p>\n\n\n\n<p>En\nson for int\u00e9rieur&nbsp;: il marche dans une rue d\u00e9serte avec sa grand-m\u00e8re\nd\u00e9c\u00e9d\u00e9e voil\u00e0 plus de cinquante ans, il rencontre sa fille qui fut sa m\u00e8re, un\nmerle se pose sur son \u00e9paule et il parle \u00e0 son boucher du temps qu\u2019il fait\npendant que ce dernier pr\u00e9pare le gigot destin\u00e9 \u00e0 ses amis. Il ressent sur sa\npeau une chaleur de mois d\u2019aout en hiver. Il pose un baiser sur son cou \u00e0 elle\nqui est pourtant si loin. Un parfum intense l\u2019enivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il\nfait sa marche quotidienne dans une petite for\u00eat de pins, de chemins d\u2019agaves\net de freesias qui embaument aujourd\u2019hui. Situ\u00e9e au-dessus de la ville\ngrouillante&nbsp;elle surplombe de nombreux quartiers et au sud elle respire la\nmer au nord les montagnes enneig\u00e9es. La peur du coronavirus s\u2019\u00e9vanouit ici, le\nd\u00e9tachement s\u2019installe.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Qui\noserait me les enlever, oui mes lunettes, sous le pr\u00e9texte qu\u2019on ne voit pas\nmon regard et que c\u2019est g\u00eanant dans un face \u00e0 face. Je persiste. Ce n\u2019est pas\nune barri\u00e8re, c\u2019est ce qui me permet de d\u00e9coller quand je veux. En fait je r\u00eave\n24&nbsp;h sur 24, et je le mesure chaque jour un peu plus. Peu \u00e0 peu, je lib\u00e8re\nde la place dans ma journ\u00e9e, mon moi conscient, social n\u2019est plus h\u00e9g\u00e9monique.\nMa description du monde change, s\u2019enrichit, sort des mod\u00e8les appris, inculqu\u00e9s,\nimpos\u00e9s. Je vis des sortes d\u2019extensions de r\u00e9alit\u00e9. Je me rends bien compte que\nce qui peut appara\u00eetre comme une divagation n\u2019en est pas une pour moi. J\u2019aime\nerrer dans toutes sortes d\u2019espaces que je convoque ou dans lesquels une simple\nr\u00eaverie spontan\u00e9e de quelques minutes m\u2019engage<a>. <\/a>Le\ntemps lin\u00e9aire, chronologique s\u2019estompe, des images du pass\u00e9 surgissent, est-ce\nbien mon pass\u00e9, j\u2019en suis parfois surpris, ne sachant \u00e0 quel de mes multiples\npersonnages j\u2019ai \u00e0 faire<\/em><em>\u2009<\/em><em>! Mes verres sombres me mettent \u00e0 l\u2019abri du\nregard des autres. Je ne me livre pas quand je ne le veux pas. Derri\u00e8re mes\nverres je peux entrer en moi-m\u00eame, faire abstraction de ce qui me cerne et\nplonger dans mes pens\u00e9es, mes chemins de traverse, mes labyrinthes, mes\nsous-sols, ma polyphonie. Souvent je r\u00e9ussis une bilocation entre ici et\nailleurs, un ailleurs dont je me souviens ou un ailleurs que je cr\u00e9e. En m\u00eame\ntemps je suis pleinement dans le jour pr\u00e9sent. L\u2019\u00e9quilibre ne se rompt pas. <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux sourcils bien arqu\u00e9s, deux accentuations, deux verres fonc\u00e9s, yeux doubl\u00e9s, prot\u00e9g\u00e9s, trop sensibles au soleil, un visage imbib\u00e9 d\u2019un sourire m\u00e9lancolique. Le cou est tr\u00e8s pliss\u00e9, plis non parall\u00e8les, chemins parcourus qui ont laiss\u00e9 des traces. Au bas du cou, un renfoncement perceptible par moments, petite cuvette, d\u00e9pression capable de recueillir des substances invisibles qui se mettent au repos <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/deux-verres-fonces\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Deux verres fonc\u00e9s<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":142,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1590,1828],"tags":[],"class_list":["post-26129","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-un-hiver-personnages","category-personnages-6-for-interieur-un-hiver-personnages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/142"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=26129"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/26129\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=26129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=26129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}