{"id":27013,"date":"2020-04-03T18:11:59","date_gmt":"2020-04-03T16:11:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=27013"},"modified":"2020-04-13T11:45:14","modified_gmt":"2020-04-13T09:45:14","slug":"defile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/defile\/","title":{"rendered":"D\u00e9fil\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/p9-de-dos-rue-du-Dourduff-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-27014\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/p9-de-dos-rue-du-Dourduff-rotated.jpg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/p9-de-dos-rue-du-Dourduff-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00a9F.Herth<\/p>\n\n\n\n<p>A Louise Ebrel<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me dimanche d\u2019ao\u00fbt. Le jour se l\u00e8ve \u00e0 peine et tu frappes \u00e0 la porte de la maison d\u2019en face. Celle qui est comme ta s\u0153ur: pr\u00eate. Vite on monte, on est limite. On remonte la rue de l\u2019Eau noire jusqu\u2019\u00e0 la salle communale. \u00c7a sent bon le caf\u00e9, et les femmes qui savent les gestes sont l\u00e0. Toi aussi, l\u2019adopt\u00e9e, tu as appris mais l\u00e0, comme vous devez d\u00e9filer et que les enfants arrivent un peu plus tard, laisse-toi faire, elles commencent par vous. Tu as d\u00e9j\u00e0 une sorte de caraco blanc dont on ne verra plus qu\u2019un petit peu du haut quand le ch\u00e2le noir aura tout recouvert, apr\u00e8s. Mais on commence par la chikolodenn. La coiffe simple des travailleuses. Celle qu\u2019on arrime avec pr\u00e9cision sur tes cheveux a \u00e9t\u00e9 transmise par la famille de ta s\u0153ur de coeur. On la portait dans les champs, ailes relev\u00e9es sur le dessus de la t\u00eate pour ramasser les pommes de terre. Tu penses \u00e0 ton enfance, ailleurs comme ici, avec sphinx et pommes de terre. Aujourd\u2019hui les ailes seront en dimanche, r\u00e9unies sur la poitrine. Tu as aussi rev\u00eatu la longue jupe noire. Ecarte les bras, fais la croix, maintenant on va t\u2019aider \u00e0 mettre le ch\u00e2le. Pour porter le pain tout-\u00e0-l\u2019heure, il faut m\u00e9nager un peu d\u2019ampleur. Le ch\u00e2le est magnifique et lourd, fleurs brod\u00e9es dans le noir. Ce n\u2019est pas le ch\u00e2le multicolore des autres pays. Ici, il rappelle la retenue, les veuvages de la grande guerre, les renoncements. Et puis le noir et blanc, pas d\u2019autre chemin. La pointe bien au milieu. De dos, on dirait un cormoran. Allez, on rel\u00e8ve la pointe, on noue solidement dans ton dos les deux extr\u00e9mit\u00e9s, on attache le tablier, on rabat la pointe, on v\u00e9rifie. On plaisante. En attente, dessous, se trouve la danse des origines, celle qui embrasera les vies, un peu plus tard.&nbsp; Il faut que la grande \u00e9toffe tienne, en haut, avec la broche aux trois spirales. Tu es dans la peau d\u2019un voilier qu\u2019on arme. Amure et voilure. Tu portes le tissu d\u2019une histoire, on te fait confiance. Ce sera fi\u00e8rement, pr\u00e8s de ta s\u0153ur au grand c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Rassemblement des participants, les b\u00e9n\u00e9voles sont dans le bourg, derri\u00e8re l\u2019\u00e9cole, petite place de terre, noire de monde. Les vieux tracteurs p\u00e9taradent. Petits nuages de fum\u00e9e qui sentent le gasoil. Les batteuses sont attel\u00e9es, les lourds chevaux aussi -ceux qui tractaient les citernes dans les champs, l\u2019ann\u00e9e de la grande s\u00e9cheresse, sans rien ab\u00eemer. On a ressorti le mat\u00e9riel qui a fait son temps mais que les anciens entretiennent pour les jours de grande f\u00eate. Les enfants costum\u00e9s sont install\u00e9s sur les gerbes d\u2019\u00e9pis qui plus tard seront d\u00e9li\u00e9s et plac\u00e9s sur les tapis menant \u00e0 la s\u00e9paration de la balle et du grain, une fois v\u00e9rifi\u00e9es les courroies de transmission. Tu te revois \u00a0\u00a0fin d\u2019enfance quand tu portais aux moissonneurs du plateau le panach\u00e9 bien frais et revenais perch\u00e9e sur la montagne de grains ti\u00e8des dans la remorque. \u00a0\u00a0Les cercles invit\u00e9s se pr\u00e9parent\u00a0; tout-\u00e0-l\u2019heure, ils \u00a0voltigeront sur le podium pr\u00e8s de l\u2019aire de battage mais avant, ils danseront au beau milieu du d\u00e9fil\u00e9, sur la route. Les sonneurs s\u2019accordent et la rumeur s\u2019amplifie dans la poussi\u00e8re du pi\u00e9tinement. Toutes-deux vous vous placez entre la remorque et le bagad. Tu es la porteuse du pain cuit pour la circonstance. Il sera pos\u00e9 sous le fr\u00eane tut\u00e9laire \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e, pour le go\u00fbter des moissonneurs. Tu as plac\u00e9 sur la cro\u00fbte le bouquet rituel d\u2019\u00e9pis m\u00eal\u00e9s de marjolaine, \u00a0de fenouil sauvage et de bruy\u00e8re. Et le grand serpent de terre s\u2019\u00e9branle dans la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est parti. Les enfants ouvrent la marche pr\u00e8s des m\u00e8res et des porteurs de banni\u00e8res&nbsp;: images et noms d\u00e9filent sous le regard de la foule qui peuple les c\u00f4t\u00e9s et applaudit au passage. Tenons bon, rappelle la colombe brod\u00e9e dans les temp\u00eates. &nbsp;&nbsp;Caisses claires et basses scandent la marche et te soul\u00e8vent l\u2019\u00e2me&nbsp;; on dirait le battement d\u2019un po\u00e8me qui s\u2019\u00e9crit en pleine rue pendant la travers\u00e9e du village. On passe devant l\u2019\u00e9cole publique, devant l\u2019Amzer Zo. C\u2019est le temps qui passe, on est le temps qui passe en longeant le cimeti\u00e8re, route en contre-bas. Sur le mur du cimeti\u00e8re, il se postait &nbsp;pour prendre les photos qui restent aujourd\u2019hui. A pr\u00e9sent, il repose dans le champ des tombes. C\u2019est la vie. Et les images d\u00e9filent. &nbsp;Dans le rituel il fait toujours beau ce jour-l\u00e0 gr\u00e2ce au cierge allum\u00e9 dans le sanctuaire de la M\u00e8re, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0 et le temps passe encore. Tu portes le pain d\u2019un pas r\u00e9gulier comme on porte le deuil, ceux qui sont partis ne sont jamais loin. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on entend le battement des tambours et tous ceux qui d\u00e9filent sont transport\u00e9s dans l\u2019autre monde. La file est immense et son d\u00e9roulement, comme celui d\u2019une procession qui relierait le jour et la nuit, est une phrase marqu\u00e9e par des haltes qui r\u00e9gulent le d\u00e9placement, ponctu\u00e9 par des danses sur place&nbsp;: elles ressemblent \u00e0 des prises de parole. Naviguer.<\/p>\n\n\n\n<p>Dernier virage. &nbsp;C\u2019est\nl\u00e0 que le d\u00e9fil\u00e9 quitte la voie menant au Croissant pour descendre vers le\nterrain en passant pr\u00e8s de la chapelle b\u00e2tie sur la l\u00e9gende d\u2019un ermitage. Jamais\non n\u2019a vu autant de monde. Tous applaudissent encore, \u00e0 tours de bras, heureux\nd\u2019\u00eatre l\u00e0, t\u00e9moins du temps des moissons quand aujourd\u2019hui on applaudit aux\nfen\u00eatres les h\u00e9ro\u00efnes et h\u00e9ros, en premi\u00e8re ligne &nbsp;contre le cauchemar. Descente en pente\ndouce&nbsp;: calvaire qui d\u00e9chire, une fontaine gardant le secret de son eau, l\u2019ancien\nlavoir, nettoy\u00e9 pour la circonstance. Dis, quand reviendras-tu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019arriv\u00e9e. Invisible ligne franchie. La voix dans le haut-parleur annonce en gr\u00e9sillant ce qui ressemble \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du tour de France. Mais il s\u2019agit de nommer au fur et \u00e0 mesure l\u2019ancrage de tous les maillons d\u2019une cha\u00eene stellaire qui rappelle l\u2019\u00e9t\u00e9. Le d\u00e9fil\u00e9 se disperse sur le terrain, c\u2019est l\u2019heure du d\u00e9jeuner. Beaucoup de photos en costumes. Le rata cuit dans les grands chaudrons. On s\u2019\u00e9vertue. Les fl\u00e9aux sont pos\u00e9s contre les troncs;  les batteuses huil\u00e9es et restaur\u00e9es sont pr\u00eates pour la premi\u00e8re salve de l\u2019apr\u00e8s-midi. L\u2019\u00e9t\u00e9 prochain, on verra bien.<\/p>\n\n\n\n<p>En filigrane&nbsp;: &nbsp;f\u00eates\nagraires, Lugnasad, myst\u00e8res d\u2019Eleusis. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a9F.Herth A Louise Ebrel Deuxi\u00e8me dimanche d\u2019ao\u00fbt. Le jour se l\u00e8ve \u00e0 peine et tu frappes \u00e0 la porte de la maison d\u2019en face. Celle qui est comme ta s\u0153ur: pr\u00eate. Vite on monte, on est limite. 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