{"id":27238,"date":"2020-04-11T11:38:47","date_gmt":"2020-04-11T09:38:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=27238"},"modified":"2020-04-20T14:33:22","modified_gmt":"2020-04-20T12:33:22","slug":"juin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/juin\/","title":{"rendered":"JUIN"},"content":{"rendered":"\n<p>A-t-il plu une seule fois en douze ann\u00e9es de juin\u00a0? La premi\u00e8re ann\u00e9e, ne compte pas dans la litanie des anniversaires. C\u2019est l\u2019ann\u00e9e qui inaugure l\u2019apr\u00e8s. Celle du chagrin, de la col\u00e8re, du d\u00e9ni aussi; passent les\u00a0\u00a0mois qui semblent des ann\u00e9es et la peine se cache au creux des vert\u00e8bres.\u00a0Le juin de cette ann\u00e9e l\u00e0,\u00a0\u00a0il faisait grand soleil. La tombe \u00e9tait ouverte. Des marguerites\u00a0\u00a0il y en avait \u00e0 foison, en bouquets sans papier. Et d\u2019autres fleurs qu\u2019il n\u2019aurait pas voulues.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un jour pour les morts qu\u2019on le veuille ou non, de la Toussaint ou tout autre, qu\u2019on le partage ou pas, qu\u2019on se le dise ou non. Il y a un jour parmi les jours o\u00f9 l\u2019on ranime les fleurs et les flammes et o\u00f9 l\u2019on s\u2019en va parler aux pierres.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce serait juin avions nous dit au d\u00e9but de la deuxi\u00e8me ann\u00e9e. Se retrouver en juin. Il y avait la maison. Nous pourrions boire et manger ensemble sur la terrasse puis aller chacun \u00e0 son rythme \u00e0 pied ou en voiture jusqu\u2019au cimeti\u00e8re. Onze ans&nbsp;: peu ont manqu\u00e9 le rendez-vous de juin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La main de l\u2019enfant se pose sur la pierre &#8211; cette robe tablier imprim\u00e9e de coccinelles qu\u2019elle porte &#8211; c\u2019est juin dernier&nbsp;; cette robe je l\u2019avais vue sur une autre des ann\u00e9es plus t\u00f4t. Le soleil br\u00fble et l\u2019enfant assise sur la st\u00e8le porte la robe d\u2019une autre. Elle porte la robe d\u2019une enfant qui occupe \u00e0 pr\u00e9sent une place \u00e0 la table des grands, je l\u2019ai vue tout \u00e0 l\u2019heure qui buvait un verre de vin et fumait une cigarette sur la terrasse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Trois enfants \u00e9taient n\u00e9s en 12 ann\u00e9es de juin. Il y avait eu des morts, quelques une.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant a pos\u00e9 une main sur la pierre, elle cache ses yeux avec son autre main. Vous diriez une pri\u00e8re. Vous diriez un chagrin. Elle se cache du grand soleil br\u00fblant de juin. Le terrain avec ses pierres couch\u00e9es, ses croix, ses marbres, il penche&nbsp;; c\u2019est une pente abrupte adoucie par l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019herbe. Elle plonge. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la route en contre bas, deux chevaux s\u2019\u00e9brouent. Un poulain tremble sur ses pattes d\u2019\u00e9chassier. Des chevaux, dans le champ qui fait face au cimeti\u00e8re, je crois qu\u2019il y en a toujours eu.&nbsp;\u2014 As-tu as vu le petit cheval? Et l\u2019enfant assise sur la st\u00e8le court vers le muret pour voir le cheval enfant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions march\u00e9 en file indienne au long du ruisseau. Il faut une demi heure en fl\u00e2nant pour rejoindre le cimeti\u00e8re.&nbsp;&nbsp;Nous \u00e9tions d\u2019abord pass\u00e9 devant le lavoir. Le fond noirci d\u2019algues \u00e9tait comme un miroir. Le chemin on le prend sur la gauche avant le grand virage de la route qui monte \u00e0 l\u2019\u00e9glise. On marche deux par deux, \u00e0 trois c\u2019est plus p\u00e9rilleux on risque de tomber dans l\u2019eau. Des places s\u2019\u00e9changeront au fil de la ballade. Certains, qui ne se sont pas vus de l\u2019ann\u00e9e, se diront, parfois \u00e0 voix plus basse, ce que fut cette ann\u00e9e et se jurent que cette fois ils se verront plusieurs fois avant juin. Les plus petits go\u00fbtent leur libert\u00e9. Ils courent. Vont et viennent dans la lumi\u00e8re soyeuse. Le miracle renouvel\u00e9 de l\u2019eau. Les reflets qui rendent l\u2019herbe plus belle encore. Les fleurs on dirait des bijoux. Ici la transparence du ruisseau est inou\u00efe. Ils s\u2019arr\u00eatent pour compter&nbsp;&nbsp;les t\u00eatards, voudraient p\u00eacher. On leur raconte la p\u00eache aux cailloux de l\u2019enfance. \u2014 oui du premier coup avec une pierre. Les pieds nus dans l\u2019eau. Il faut rester immobile. La p\u00eache demande de la patience. On attend avec la pierre dans la main. Quand le poisson est assomm\u00e9. On le met dans un seau. Cette histoire ni vraie, ni fausse, n\u2019est pas du gout de tous. Les enfants l\u2019adorent la redemande d\u2019une ann\u00e9e sur l\u2019autre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on passe devant la mairie on sait qu\u2019on est \u00e0 mi chemin. On a toujours un mot pour leur noce. On aime se souvenir de ce samedi d\u2019avril, et \u00e7a leur fait plaisir. On dit qu\u2019on avait pris le m\u00eame chemin et que la robe blanche s\u2019\u00e9tait accroch\u00e9e aux ronces. On dit, et \u00e7a leur fait plaisir, que le temps \u00e9tait radieux, que cette noce \u00e0 la campagne c\u2019\u00e9tait aussi beau qu\u2019une partie de campagne de Renoir : \u2014 Qu\u2019elle \u00e9tait joyeuse votre noce de campagne.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le rosier a grandi. Les cailloux, la bougie casher dans sa boite de conserve, les fleurs fraiches et la croix incrust\u00e9e dans la pierre, tout se m\u00e9lange. Dire, sans expliquer, \u00e0 la nouvelle amie de T qui est allemande \u2014 ce qu\u2019il aurait trouv\u00e9 tr\u00e8s bien \u2014 que chez nous ce n\u2019est jamais tr\u00e8s orthodoxe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On a appos\u00e9 une main sur la pierre. D\u00e9plac\u00e9 un caillou . Arrach\u00e9 cette plante envahissante.&nbsp; On parle de lui.&nbsp;&nbsp;Ou d\u2019autre choses. On parle de lui en parlant d\u2019autre chose. Un enfant demande&nbsp;: \u2014 C\u2019est quoi&nbsp;&nbsp;ici&nbsp;? C\u2019est qui lui qu\u2019on ne voie pas&nbsp;? \u00ab&nbsp;C\u2019est une chambre avec pleins de lits sous la terre et les dormeurs ne se r\u00e9veillent pas.&nbsp;\u00bb&nbsp;Qui a pu lui r\u00e9pondre \u00e7a&nbsp;?&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce onzi\u00e8me rendez-vous de juin il y a l&nbsp;\u2018\u00e9v\u00e9nement de l\u2019accord\u00e9on. A cause de son accord\u00e9on, il n\u2019a pas fait la marche avec nous. \u2014 C\u2019est lourd. Il nous attend flanqu\u00e9 de son ventre \u00e0 soufflet. Il va jouer et nous chanterons. Combien sommes-nous, assis, couch\u00e9 dans l\u2019herbe&nbsp;? Les chaussures, les vestes ont vals\u00e9. Elle dit&nbsp;: \u2014 C\u2019est Woodstock aujourd\u2019hui. Les enfants ont pris les arrosoirs ils vont entre les pierres, ils arrosent aussi les fleurs en plastique. Elle dit&nbsp;: \u2014 Qui sait si \u00e7a ne poussera pas un jour. Elle s\u2019\u00e9loigne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On ne dit pas les d\u00e9flagrations de chagrin. C\u2019est palpable dans les silences comme dans les rires. C\u2019est palpable au moment de se s\u00e9parer. On fait trainer malgr\u00e9 les embouteillages qu\u2019on aura toujours en rentrant. Quelque fois on a rien ressenti. Juste un grand plein d\u2019absence. On a eu le plaisir d\u2019\u00eatre ensemble. On cherche son chagrin. Il reviendra&nbsp;: il n\u2019\u00e9tait pas d\u2019Anniversaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre le cimeti\u00e8re et le grand porche, il y a un seuil couvert, avec des bancs. Les derniers \u00e0 partir s\u2019y assoient \u00ab&nbsp;\u00e0 la russe&nbsp;\u00bb comme on fait quand on quitte la maison&nbsp;: cette pause sur le banc du jardin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Certains empruntent le chemin du haut pour repartir. La barri\u00e8re moderne ouvre sur une route caillouteuse. Par la fen\u00eatre des mains s\u2019agitent, et, la poussi\u00e8re vole dans le bruit des moteurs.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A-t-il plu une seule fois en douze ann\u00e9es de juin\u00a0? La premi\u00e8re ann\u00e9e, ne compte pas dans la litanie des anniversaires. C\u2019est l\u2019ann\u00e9e qui inaugure l\u2019apr\u00e8s. Celle du chagrin, de la col\u00e8re, du d\u00e9ni aussi; passent les\u00a0\u00a0mois qui semblent des ann\u00e9es et la peine se cache au creux des vert\u00e8bres.\u00a0Le juin de cette ann\u00e9e l\u00e0,\u00a0\u00a0il faisait grand soleil. 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