{"id":27338,"date":"2020-04-12T18:24:05","date_gmt":"2020-04-12T16:24:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=27338"},"modified":"2020-04-12T18:24:06","modified_gmt":"2020-04-12T16:24:06","slug":"vibrations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/vibrations\/","title":{"rendered":"Vibrations"},"content":{"rendered":"\n<p><a>Une t\u00eate tranch\u00e9e sur une t\u00e9l\u00e9, du plus bel effet, une version punk de Salom\u00e9 et Jean Baptiste. Il rit \u00e0 cette pens\u00e9e, il se surprend, il est encore capable de rire, pour rien, pour un souvenir boiteux. Il se dit que l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re des rencontres est de plus en plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, une date de p\u00e9remption. Le punk c\u2019est ce qui l\u2019a maintenu, la t\u00eate hors de l\u2019eau, hors des conventions , hors de sa timidit\u00e9. Une musique maelstrom. Efficace. L\u2019\u00e2ge aidant, il a rang\u00e9 ses ceintures sling, ses frocs \u00e0 zip, ses cha\u00eenes et son perf, ses creepers, ses bracelets clout\u00e9s. Il a enlev\u00e9 ses boucles d\u2019oreilles mais il chavire dans l\u2019essentiel, \u00e7a il ne l\u2019abandonne pas, le rythme et cet espoir de n\u2019\u00eatre que le moment pr\u00e9sent ou de na\u00eetre \u00e0 chaque fois au moment pr\u00e9sent. Il tranche encore des t\u00eates, il pogote les nuits de pleine lune, il se saoule beaucoup pour partir ailleurs, couper le cordon du pr\u00e9sent, fr\u00e9quenter la mort, aucun repos, aucune issue. Il entend des voix absentes d\u00e9sormais, Jo Strummer, Lou Reed, David Bowie, Daniel Darc, Johnny Thunder et d\u2019autres disparus, la liste serait trop longue et il n\u2019a aucun go\u00fbt pour les listes. Il n\u2019a jamais compris l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces mini catalogues, pense-b\u00eate, m\u00eame pour les courses. La m\u00e9moire n\u2019a d\u2019int\u00e9r\u00eat que dans sa capacit\u00e9 \u00e0 repenser les \u00e9v\u00e8nements, les embellir, raconter une autre histoire&nbsp; avec ces d\u00e9calages qui font que le r\u00e9el devient mouvant. Parfois il se demande dans quelle dimension&nbsp;il existe ? Les premiers accords de <em>London Calling<\/em> et il est de nouveau l\u00e0.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a>Il faut se pr\u00e9parer \u00e0 se d\u00e9nuder, \u00e0 se d\u00e9membrer, un jour ou l\u2019autre. Les nuits d\u2019errance sont des meurtres, toujours. Il ne tuait que l\u2019image du gar\u00e7on lisse et pos\u00e9, celui qui avait m\u00eame oubli\u00e9 les mots, les mots \u00e0 rendre fous les mots.&nbsp; <em>Hier je t\u2019aimerai dans un bar de Berlin<\/em>, po\u00e8me de l\u2019entre-deux. Il manquait la musique. Il lui fallait ces corps trompe l\u2019\u0153il, ces corps trompe corps, la rage de l\u2019\u00e9pique et de la bi\u00e8re. Les cheveux, premi\u00e8res victimes consentantes ou expiatoires, une cr\u00eate color\u00e9e en lieu et place d\u2019une coupe trop straight. Les fringues anciennes comme un cauchemar moisi, oubli\u00e9 au coin d\u2019une porte coch\u00e8re, deuxi\u00e8me dommage collat\u00e9ral. Il arpentait sa t\u00eate en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, un gar\u00e7on se perdait et ne rentrait jamais.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a>Glissades et roulades, les orphelins du d\u00e9luge se noient sur les pav\u00e9s glissants de la cit\u00e9 flamande \u00e0 4 h du matin les pas incertains qui clignent des yeux sous le r\u00e9verb\u00e8res \u00e0 peine des lueurs, regarde ses pieds et ces godasses si neuves et rutilantes, anti d\u00e9rapantes et pourtant \u00e7a glisse, sous les pav\u00e9s, il y a ce sable mouill\u00e9 qu\u2019on arrive pas \u00e0 retenir tellement il glisse entre les doigts, les doigts du matin froid et humide,&nbsp; ceux des pieds qui se d\u00e9p\u00eachent de faire ce bruit qui claque comme celui des sabots des chevaux, se sentir vivant dans ce bruit rythm\u00e9 et furtif qui te monte dans tous le corps pour finir aux mains qui s\u2019agitent pour se r\u00e9chauffer et pour marquer le tempo du sol qui te porte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de la nuit<\/a>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a>Lumi\u00e8re noire, aucun reflet , \u00e0 t\u00e2tons dans la pi\u00e8ce, \u00e9teindre l\u2019ordinateur, la chaine, le ventilateur, l\u2019\u0153il vide du dedans dehors , glace sans tain, observer sans \u00eatre vu, l\u2019\u0153il du Mordore, encore une histoire de surveillance et d\u2019attirance\/d\u2019aimant\/&nbsp; de voyage initiatique jusqu\u2019au bout de soi-m\u00eame\/un souffle de soupirail\/ cauchemar r\u00e9current, le voleur de songes aux couleurs rouill\u00e9es, go\u00fbter le gris de la nuit sur la fracture d\u2019amour, compter les gouttes d\u2019embruns qui s\u2019\u00e9crasent sur les ann\u00e9es de fi\u00e8vre, les l\u00e9cher avidement, sans rel\u00e2che. Fermer la fen\u00eatre. Les mots aveugles titubent, se cognent se mordent, s\u2019\u00e9corchent. Ils s\u2019aiment sans se comprendre.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a><em>Collision drive, Alan Vega<\/em><\/a>, la n\u00e9buleuse qui le fascinait tant. Il en avait fait des croquis qui ressemblaient \u00e0 des taches de couleur, tr\u00e8s loin des \u00e9toiles. Il &nbsp;n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dou\u00e9 pour les dessins, il sentait les couleurs mais d\u00e8s qu\u2019il prenait un pinceau,&nbsp; le r\u00e9sultat \u00e9tait d\u00e9cevant, voire carr\u00e9ment effrayant. <em>Collision drive, Alan Vega<\/em>, une nuit d\u2019Op\u00e9ra Night, zombie Batcave, des salons particuliers, des gar\u00e7ons d\u00e9nud\u00e9s de Palace, de Bataclan\/ <em>Orchestre Rouge ,&nbsp;\u00bbMon seul contact physique est avec la police&nbsp;\u00bb <\/em>d\u2019Arsenal des Gal\u00e8res, un nom qui lui plaisait bien, fantasmes de muscles tendus, de sueurs m\u00e9lang\u00e9es, Querelle de Brest dansant au bord du gouffre\/ <em>Cargo de nu<\/em><em>it.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<strong>Vibrations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Glissades et roulades, les orphelins du d\u00e9luge se noient sur les pav\u00e9s glissants de la cit\u00e9 \u00e0 4 h du matin. Les pas incertains qui clignent des yeux sous le r\u00e9verb\u00e8res \u00e0 peine des lueurs, regarde ses pieds et ses godasses si neuves et rutilantes, anti d\u00e9rapantes et pourtant \u00e7a glisse, sous les pav\u00e9s, il y a ce sable mouill\u00e9 qu\u2019on arrive pas \u00e0 retenir tellement il glisse entre les doigts, les doigts du matin froid et humide, ceux des pieds qui se d\u00e9p\u00eachent de faire ce bruit qui claque comme celui des sabots des chevaux, se sentir vivant dans ce bruit rythm\u00e9 et furtif qui te monte dans tous le corps pour finir aux mains qui s\u2019agitent pour se r\u00e9chauffer et pour marquer le tempo du sol qui te porte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de la nuit. Il faut se pr\u00e9parer \u00e0 se d\u00e9nuder, \u00e0 se d\u00e9membrer, un jour ou l\u2019autre. Les nuits d\u2019errance sont des meurtres, toujours. Il ne tuait que l\u2019image du gar\u00e7on lisse et pos\u00e9, celui qui avait m\u00eame oubli\u00e9 les mots, les mots \u00e0 rendre fous les mots.&nbsp; <em>Hier je t\u2019aimerai dans un bar de Berlin<\/em>, po\u00e8me de l\u2019entre-deux. Il manquait la musique. Il lui fallait ces corps trompe l\u2019\u0153il, ces corps trompe corps, la rage de l\u2019\u00e9pique et de la bi\u00e8re. Les cheveux, premi\u00e8res victimes consentantes ou expiatoires, une cr\u00eate color\u00e9e en lieu et place d\u2019une coupe trop straight. Les fringues anciennes comme un cauchemar moisi, oubli\u00e9 au coin d\u2019une porte coch\u00e8re, deuxi\u00e8me dommage collat\u00e9ral. Il arpentait sa t\u00eate en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, un gar\u00e7on se perdait et ne rentrait jamais.<em> Collision drive, Alan Vega<\/em>, la n\u00e9buleuse qui le fascinait tant. Il en avait fait des croquis qui ressemblaient \u00e0 des taches de couleur, tr\u00e8s loin des \u00e9toiles. Il &nbsp;n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dou\u00e9 pour les dessins, il sentait les couleurs mais d\u00e8s qu\u2019il prenait un pinceau,&nbsp; le r\u00e9sultat \u00e9tait d\u00e9cevant, voire carr\u00e9ment effrayant. <em>Collision drive, Alan Vega<\/em>, une nuit d\u2019Op\u00e9ra Night, zombie Batcave, des salons particuliers, des gar\u00e7ons d\u00e9nud\u00e9s de Palace, de Bataclan\/ <em>Orchestre Rouge ,&nbsp;\u00bbMon seul contact physique est avec la police&nbsp;\u00bb <\/em>d\u2019Arsenal des Gal\u00e8res, un nom qui lui plaisait bien, fantasmes de muscles tendus, de sueurs m\u00e9lang\u00e9es, Querelle de Brest dansant au bord du gouffre\/ <em>Cargo de nuit.<\/em> Lumi\u00e8re noire, aucun reflet , \u00e0 t\u00e2tons dans la pi\u00e8ce, \u00e9teindre l\u2019ordinateur, la chaine, le ventilateur, l\u2019\u0153il vide du dedans dehors , glace sans tain, observer sans \u00eatre vu, l\u2019\u0153il du Mordore, encore une histoire de surveillance et d\u2019attirance\/d\u2019aimant\/&nbsp; de voyage initiatique jusqu\u2019au bout de soi-m\u00eame\/un souffle de soupirail\/ cauchemar r\u00e9current, le voleur de songes aux couleurs rouill\u00e9es, go\u00fbter le gris de la nuit sur la fracture d\u2019amour, compter les gouttes d\u2019embruns qui s\u2019\u00e9crasent sur les ann\u00e9es de fi\u00e8vre, les l\u00e9cher avidement, sans rel\u00e2che. Fermer la fen\u00eatre. Les mots aveugles titubent, se cognent se mordent, s\u2019\u00e9corchent. Ils s\u2019aiment sans se comprendre. Une t\u00eate tranch\u00e9e sur une t\u00e9l\u00e9, du plus bel effet, une version punk de Salom\u00e9 et Jean Baptiste. Il rit \u00e0 cette pens\u00e9e, il se surprend, il est encore capable de rire, pour rien, pour un souvenir boiteux. Il se dit que l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re des rencontres est de plus en plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, une date de p\u00e9remption. Le punk c\u2019est ce qui l\u2019a maintenu, la t\u00eate hors de l\u2019eau, hors des conventions , hors de sa timidit\u00e9. Une musique maelstrom. Efficace. L\u2019\u00e2ge aidant, il a rang\u00e9 ses ceintures sling, ses frocs \u00e0 zip, ses cha\u00eenes et son perf, ses creepers, ses bracelets clout\u00e9s. Il a enlev\u00e9 ses boucles d\u2019oreilles mais il chavire dans l\u2019essentiel, \u00e7a il ne l\u2019abandonne pas, le rythme et cet espoir de n\u2019\u00eatre que le moment pr\u00e9sent ou de na\u00eetre \u00e0 chaque fois au moment pr\u00e9sent. Il tranche encore des t\u00eates, il pogote les nuits de pleine lune, il se saoule beaucoup pour partir ailleurs, couper le cordon du pr\u00e9sent, fr\u00e9quenter la mort, aucun repos, aucune issue. Il entend des voix absentes d\u00e9sormais, Jo Strummer, Lou Reed, David Bowie, Daniel Darc, Johnny Thunder et d\u2019autres disparus, la liste serait trop longue et il n\u2019a aucun go\u00fbt pour les listes. Il n\u2019a jamais compris l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces mini catalogues, pense-b\u00eate, m\u00eame pour les courses. La m\u00e9moire n\u2019a d\u2019int\u00e9r\u00eat que dans sa capacit\u00e9 \u00e0 repenser les \u00e9v\u00e8nements, les embellir, raconter une autre histoire&nbsp; avec ces d\u00e9calages qui font que le r\u00e9el devient mouvant. Parfois il se demande dans quelle dimension&nbsp;il existe ? Les premiers accords de <em>London Calling<\/em> et il est de nouveau l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une t\u00eate tranch\u00e9e sur une t\u00e9l\u00e9, du plus bel effet, une version punk de Salom\u00e9 et Jean Baptiste. Il rit \u00e0 cette pens\u00e9e, il se surprend, il est encore capable de rire, pour rien, pour un souvenir boiteux. Il se dit que l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re des rencontres est de plus en plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, une date de p\u00e9remption. 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