{"id":27674,"date":"2020-05-04T23:49:59","date_gmt":"2020-05-04T21:49:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=27674"},"modified":"2020-05-11T10:37:57","modified_gmt":"2020-05-11T08:37:57","slug":"reve-de-jean-giono","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/reve-de-jean-giono\/","title":{"rendered":"R\u00eave de Jean Giono, soldat d&rsquo;infanterie et futur \u00e9crivain"},"content":{"rendered":"\n<p><em>A l&rsquo;hiver 2019, Fran\u00e7ois Bon a propos\u00e9 un cycle d&rsquo;atelier autour de la nouvelle. Un an plus tard, je d\u00e9cide de reprendre ce cycle \u00e0 mon rythme et \u00e0 ma mani\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"500\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/revederevesdejeangiono.jpg\" alt=\"Attrapeur de r\u00eave (d'artiste ou d'\u00e9crivain)\" class=\"wp-image-27843\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/revederevesdejeangiono.jpg 800w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/revederevesdejeangiono-420x263.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/revederevesdejeangiono-768x480.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption>Photo by&nbsp;<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/@jaronnix?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Jaron Nix<\/a>&nbsp;on&nbsp;<a href=\"https:\/\/unsplash.com\/?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText\">Unsplash<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>La nuit de la f\u00eate des morts 1918, Jean Giono, soldat d\u2019infanterie et futur \u00e9crivain, \u00e9tait \u00e0 Paris. En permission, il faissait \u00e9tape, avant de poursuivre, le lendemain, sa route vers le sud. Il dormait d\u2019un sommeil \u00e9touff\u00e9 dans la turne crasseuse d&rsquo;une caserne. Il fit un r\u00eave.<br><br>Il r\u00eava qu\u2019il se trouvait au fond d\u2019une tranch\u00e9e couverte de mousse. Comme accoutrement, il portait un uniforme de papier bleu et avait \u00e0 la main un pistolet \u00e0 bouchons. Une cohorte de soldats de plomb, brillants au soleil, l&rsquo;entourait. <br>Leurs visages \u00e9taient gribouill\u00e9s d&rsquo;un sourire niais et d&rsquo;une mine rigolarde. Les torses se bombaient, comme s&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9lan\u00e7aient dans le vide sur des jambes fam\u00e9liques. <br><br>Une forte odeur de cypr\u00e8s, accompagn\u00e9e d&rsquo;un vent de pollen, saturait l\u2019air. La chaleur \u00e9tait \u00e9lectrique, Jean Giono sentait une br\u00fblure sur sa nuque, comme si le soleil lui collait \u00e0 la peau. Le soldat nageait dans sa transpiration, et son uniforme se consumait lentement. <br><br>Pouss\u00e9 dans le dos par le soleil, il grimpa hors de la tranch\u00e9e. En varappe, il s\u2019accrocha \u00e0 des racines, et enfin il pris pied sur la souche d&rsquo;un arbre fra\u00eechement coup\u00e9. Sous un ciel de fer blanc, un champ de chrysanth\u00e8me se d\u00e9couvrit \u00e0 perte de vue. L&rsquo;horizon aveuglait, au loin, une ombre s\u2019avan\u00e7ait. Par r\u00e9flexe, le soldat dressa son bras, serra son pistolet et mit en joue cette lointaine silhouette. <br><br>Tout \u00e0 coup, derri\u00e8re lui, il y eut le cri d\u00e9chirant d\u2019un corbeau, il se retourna et vit le soleil qui tombait sur la terre comme un m\u00e9t\u00e9ore, une imp\u00e9n\u00e9trable f\u00f4ret lui fon\u00e7ait dessus ; comme cette masse sombre \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sur lui, il voulut retenir sa respiration ; mais dans un m\u00eame r\u00e2le, c&rsquo;est la canop\u00e9e qui l&rsquo;aspira avant, les branches le plong\u00e8rent au sol ; d\u2019\u00e9paisses racines \u00e9cartel\u00e8rent ses membres et tous ses organes furent noy\u00e9s de boue et d\u2019argile ; son corps fut plong\u00e9 dans une terre grasse o\u00f9 milles insectes d\u00e9vor\u00e8rent ses os. Il n&rsquo;eut point le temps de soupirer. <\/p>\n\n\n\n<p>Ses yeux s\u2019ouvrirent sur un ciel \u00e9toil\u00e9 ; sentant, \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, la chaleur cr\u00e9pitante d&rsquo;un feu de camp, il avait retrouv\u00e9 son corps. Allong\u00e9, nu comme un vers, son pistolet \u00e0 bouchons \u00e9tait pos\u00e9 sur son ventre. Il se leva. Il connaissait bien cette clairi\u00e8re, il \u00e9tait sur les hauteurs de Manosque ; et les arbres portaient les doux souvenirs des moments pass\u00e9s avec Elise. De derri\u00e8re les flammes, il distingua une ombre adoss\u00e9 \u00e0 un figuier. Elle parla&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D&rsquo;o\u00f9 viennent les ordres ? D&rsquo;o\u00f9 viennent tes actes ? Tu as tant d\u00e9sir\u00e9 la paix, mais d\u2019obscures forces ont guid\u00e9 ta main, et ta main a broy\u00e9 ton d\u00e9sir. N&rsquo;oublies pas, Pan est un Dieu vengeur.<br><br>Sans dire un mot, Jean Giono jeta son pistolet au feu. Quand l\u2019arme se consuma dans le brasier, le futur \u00e9crivain se r\u00e9veilla, finalement, de son long r\u00eave. Sa sueur \u00e9paississait l\u2019humidit\u00e9 de la chambre. Il chercha les \u00e9toiles, mais, dehors, le ciel parisien ne donnait que le vide. Comme il ne put retrouver le sommeil cette nuit l\u00e0, il songea \u00e0 Elise.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Texte, doublement et humblement, inspir\u00e9 de la proposition de Fran\u00e7ois Bon \u00ab\u00a0Ecritures avec \u00e9crivain\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0R\u00eave de r\u00eaves\u00a0\u00bb d&rsquo;Antonio Tabucchi. <\/em><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><strong>Envie de participer \u00e0 mon texte ? <\/strong>\nApportez vos annotations et corrections \nen commentaires ou <a href=\"https:\/\/etherpad.alolise.org\/p\/aurelienmarty-ecrituresavececrivain-episode2\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">sur ce pad collaboratif. <\/a><\/pre>\n\n\n\n<p><strong>Cycle Nouvelle en 4000 mots, les \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents : <\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/atelier-nouvelle-proposition1-images-mentales-michaux-kafka\/\" target=\"_blank\">Proposition #1 | Images Mentales<\/a><\/li><li><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/images-mentales-episode-2\/\" target=\"_blank\">Proposition #1 | Images Mentales \u2013 Episode 2<\/a><\/li><li><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/atelier-nouvelle-proposition2-giono-tabucchi\/\" target=\"_blank\">Proposition #2 | \u00c9critures avec \u00e9crivain &#8211; Naissance d\u2019un personnage<\/a><\/li><\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;hiver 2019, Fran\u00e7ois Bon a propos\u00e9 un cycle d&rsquo;atelier autour de la nouvelle. Un an plus tard, je d\u00e9cide de reprendre ce cycle \u00e0 mon rythme et \u00e0 ma mani\u00e8re. La nuit de la f\u00eate des morts 1918, Jean Giono, soldat d\u2019infanterie et futur \u00e9crivain, \u00e9tait \u00e0 Paris. En permission, il faissait \u00e9tape, avant de poursuivre, le lendemain, sa <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/reve-de-jean-giono\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">R\u00eave de Jean Giono, soldat d&rsquo;infanterie et futur \u00e9crivain<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":98,"featured_media":27843,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1795,1906],"tags":[1910,1978,1908,1976,1977],"class_list":["post-27674","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-atelier-nouvelle","category-pan-2-ecritures-avec-ecrivains","tag-antonio-tabucchi","tag-elise","tag-jean-giono","tag-la-grande-guerre","tag-pan"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27674","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/98"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27674"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27674\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/27843"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27674"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27674"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27674"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}