{"id":29651,"date":"2021-03-07T18:03:41","date_gmt":"2021-03-07T17:03:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=29651"},"modified":"2021-06-15T17:49:29","modified_gmt":"2021-06-15T15:49:29","slug":"rue-de-la-verrerie-haute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rue-de-la-verrerie-haute\/","title":{"rendered":"Rue de la Verrerie Haute"},"content":{"rendered":"\n<p>Stupeur, apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es, retour \u00e0 Montpellier dans la rue de la premi\u00e8re enfance, rue de la Verrerie Haute devenue rue de la Verrerie. Rue amaigrie, tronqu\u00e9e arbitrairement de son qualificatif et surtout de la vie intense et color\u00e9e qui y r\u00e9gnait. Et curieusement plus loin cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle rue, la rue de la Verrerie Basse\u2009! La rue de la Verrerie est toujours bord\u00e9e par l\u2019Ancien Coll\u00e8ge Royal de M\u00e9decine devenu en 2013 le Mo.Co. Panac\u00e9e Centre d\u2019Art Contemporain. R\u00e9habilitation de vieux b\u00e2timents. L\u2019appartement occup\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque se situait au premier \u00e9tage au croisement de la rue de la Verrerie et de la rue Expert, la rue du Calvaire tr\u00e8s pentue d\u00e9bouchait sur cet angle. La rue de la Verrerie n\u2019a cess\u00e9 de rester parall\u00e8le \u00e0 la rue de l\u2019Universit\u00e9, si\u00e8ge de l\u2019ancienne universit\u00e9 de Droit\u2009! La rue actuelle est sans vie, sans cris, sans musique. Un peu modernis\u00e9e, retap\u00e9e mais transpirant toujours sa modestie, m\u00eame si les prix grimpent car le centre-ville, l\u2019\u00c9cusson suscite \u00e0 nouveau beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat. Je remonte la rue du Calvaire comme autrefois pour avoir le plaisir de la redescendre \u00e0 ma vitesse maximale certes moins vite que jadis, je courais alors et imaginais me trouver sur une piste d\u2019envol qui se traduisait parfois par une chute et un genou \u00e9corch\u00e9. Mais pas grave, importaient les sensations, la griserie de la vitesse et du risque pris. J\u2019ouvrais la porte, grimpais l\u2019escalier en pierre et en colima\u00e7on, alors toute rouge et le dos mouill\u00e9 je p\u00e9n\u00e9trais dans l\u2019appartement o\u00f9 m\u2019attendait un go\u00fbter fait de tartines de beurre saupoudr\u00e9 de cacao. La rue est devenue triste, morne. Petit immeuble, petites fa\u00e7ades, ouvertures \u00e9troites parfois agrandies, cr\u00e9pis superpos\u00e9s, d\u00e9cors de vies successives, la m\u00eame rue, mais d\u00e9vitalis\u00e9e. On y passe et on n\u2019apprend rien. Enfant, la rue ouvrait portes et fen\u00eatres, accueillait les vendeurs ambulants, les rempailleurs de chaises. Quand les devoirs \u00e9taient termin\u00e9s, il \u00e9tait temps de redescendre l\u2019escalier, retrouver la copine de la porte \u00e0 c\u00f4t\u00e9, de rire, de se disputer et tr\u00e8s souvent de s\u2019asseoir sur un petit banc pour \u00e9couter la grand-m\u00e8re raconter des histoires. Est-ce possible, j\u2019entends les cris pouss\u00e9s par ces deux fillettes qui se battaient dans le couloir pour une raison oubli\u00e9e. L\u2019amiti\u00e9 renaissait le lendemain\u2009; au bout de la rue vivait une famille de gitans tr\u00e8s nombreuse, des cris, des rires et des chants offraient une pr\u00e9sence incroyable\u2009; certains jours les danses accompagn\u00e9es par une guitare me fascinaient et je tentais d\u2019imiter leur rythme seule \u00e0 la maison devant l\u2019armoire \u00e0 glace. En face de la&nbsp;maison, une devanture ferm\u00e9e, avec un grillage rouill\u00e9. La peinture de la fa\u00e7ade est effrit\u00e9e. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9picerie de F\u00e9licie. Une vieille dame veuve toujours habill\u00e9e de noir, qui aimait les enfants. Au temps des cerises, achet\u00e9es non pas au kg mais par petits paquets attach\u00e9s les uns avec les autres je d\u00e9tachais deux paires de deux cerises et je les posais sur le contour des oreilles comme des boucles d\u2019oreilles. Pas de doute sur le charme acquis et sur la satisfaction d\u2019une proche d\u00e9gustation. Le seuil restaur\u00e9 de la porte d\u2019entr\u00e9e de l\u2019immeuble a gard\u00e9 les m\u00eames dimensions \u00e9troites. Yeux ferm\u00e9s, je revois la fillette de quatre ans que j\u2019\u00e9tais, assise tranquillement sur ce seuil en pierre et attendant sa m\u00e8re dont elle s\u2019\u00e9tait \u00e9loign\u00e9e sans crainte, cette derni\u00e8re regardant avec attention un magasin de laines situ\u00e9 assez loin de la maison, sur la place de la Pr\u00e9fecture. Impatiente, j\u2019imagine, j\u2019\u00e9tais partie et avais rejoint seule la maison. J\u2019affirmais d\u00e9j\u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance qui ne me quitterait plus\u2009! Ma m\u00e8re affol\u00e9e me rejoignit plus tard, apr\u00e8s avoir parcouru toutes les rues environnantes, je l\u2019accueillis avec calme, elle m\u2019embrassa les yeux remplis de larmes. La rue de la Verrerie, une rue banale aujourd\u2019hui, aseptis\u00e9e, mais un c\u0153ur qui bat encore rejoint par r\u00e9miniscence cette rue-microcosme gorg\u00e9e de d\u00e9couvertes, d\u2019exp\u00e9riences, cette rue-\u00e9cole de la vie qui tambourine dans ses oreilles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Stupeur, apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es, retour \u00e0 Montpellier dans la rue de la premi\u00e8re enfance, rue de la Verrerie Haute devenue rue de la Verrerie. Rue amaigrie, tronqu\u00e9e arbitrairement de son qualificatif et surtout de la vie intense et color\u00e9e qui y r\u00e9gnait. 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