{"id":30013,"date":"2021-03-27T15:50:06","date_gmt":"2021-03-27T14:50:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=30013"},"modified":"2021-04-09T11:53:49","modified_gmt":"2021-04-09T09:53:49","slug":"le-garni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-garni\/","title":{"rendered":"LE GARNI"},"content":{"rendered":"\n<p>Je ne l\u2019aurais pas vu si je n\u2019\u00e9tais pas entr\u00e9e dans la photo d\u2019avant. La rue pourtant, tant de fois sillonn\u00e9e dans les deux sens, jusqu\u2019au 16, l\u00e0 o\u00f9 se trouvait la galerie Erval dans laquelle, par hasard, des ann\u00e9es apr\u00e8s la fuite, j\u2019avais vu accroch\u00e9es les grandes encres noires, je croyais la conna\u00eetre&nbsp;: en marchant \u00e0 ce moment-l\u00e0, je jetais un coup d\u2019\u0153il sur le reste -autres vitrines, fa\u00e7ades raval\u00e9es et bien l\u00e9ch\u00e9es de cette voie plut\u00f4t \u00e9troite menant au fleuve mais je ne baguenaudais pas&nbsp;: j\u2019allais c\u0153ur battant vers la galerie. Toutes les autres portes, murs, noms, trottoir \u00e9taient seulement des signes avant-coureurs, des t\u00e9moins muets de l\u2019aimantation&nbsp;: tout me conduisait \u00e0 la galerie. Le peintre a disparu, je suis revenue sur les lieux. Ils ne me sont pas \u00e9trangers mais ils ont surgi autrement. Le po\u00e8te me guide. Il avait trouv\u00e9 \u00e0 se loger dans cette rue pendant presque un an. Un h\u00f4tel parmi d\u2019autres&nbsp;: pas vraiment lieu de vill\u00e9giature. Miteux, quelque chose du refuge clandestin pour voyageur perp\u00e9tuel, le g\u00eete et le couvert pour fauch\u00e9s. H\u00f4tel meubl\u00e9, base arri\u00e8re transitoire&nbsp;: la ville &nbsp;stratifie tous les pas et les \u00e2mes en peine \u00e9crivaient dans les caf\u00e9s le reste du temps. En quittant le meubl\u00e9, il passait forc\u00e9ment devant la galerie&nbsp;: elle \u00e9tait alors h\u00f4tel particulier dans lequel une femme de lettres, \u00e9galement peintre, tenait salon. A-t-il fait halte \u00e0 cet endroit, y retrouvant son ami Eug\u00e8ne&nbsp;? Il marchait lui aussi jusqu\u2019au fleuve ou, dans l\u2019autre sens, vers le vieux quartier grouillant. &nbsp;Mal au ventre, mal \u00e0 la t\u00eate, mal partout. Ce jour-l\u00e0, chaleur \u00e9paisse&nbsp;: il est revenu dans le garni pour attendre le verdict. Photo prise par Atget depuis la rue Jacob. Le mot Jacob \u00e0 gauche et \u00ab&nbsp;lait pur. 20c&nbsp;\u00bb, encadrement cintr\u00e9 du porche d\u2019o\u00f9 est prise la photo. Pavement au premier plan, le regard traverse et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 entre l\u2019auvent blanc et une boutique \u00e0 louer de suite -sans doute une boulangerie-, une entr\u00e9e noire, avec devant un animal flou. Au-dessus de l\u2019entr\u00e9e noire, un bandeau&nbsp;: H\u00f4tel du Maroc. Lettres blanc sur noir. Au-dessus du bandeau, un couple accoud\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre -lui avec une casquette, elle buste en blanc. Au premier \u00e9tage, deux autres fen\u00eatres entr\u2019ouvertes. Il doit faire chaud. Au-dessus des trois fen\u00eatres s\u2019\u00e9tale \u00e0 nouveau l\u2019adresse&nbsp;: 57. H\u00f4tel du Maroc. 57. Chiffre r\u00e9p\u00e9t\u00e9 au d\u00e9but et \u00e0 la fin&nbsp;: deux cariatides modernes. Au m\u00eame niveau, au-dessus de la boutique \u00e0 louer de suite, d\u2019autres fen\u00eatres aux persiennes \u00e0 demi-ferm\u00e9es et une enseigne moins glorieuse, un peu dans la p\u00e9nombre&nbsp;: h\u00f4tel des Pyr\u00e9n\u00e9es. Moins haut que l\u2019h\u00f4tel du Maroc, fen\u00eatres rectangulaires. Celles de l\u2019h\u00f4tel du Maroc ont des stores, plus ou moins baiss\u00e9s, vaguement orientaux, des arrondis o\u00f9 logent des mascarons gris. Un petit fronton us\u00e9 surplombe la fen\u00eatre centrale, au deuxi\u00e8me \u00e9tage. Vestiges d\u2019une splendeur ab\u00eem\u00e9e. Encore au-dessus&nbsp;: les trois chiens assis du quatri\u00e8me et \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, les petites lucarnes. Sur le trottoir, une passante, longue robe blanche comme l\u2019auvent qu\u2019elle longe en s\u2019\u00e9loignant. Hors de la photo, des indications&nbsp;: petit h\u00f4tel particulier au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019h\u00f4tel meubl\u00e9 a \u00e9t\u00e9 le si\u00e8ge \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de \u00ab&nbsp;L\u2019accusateur r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb, journal des ouvriers dont le fondateur fut le r\u00e9dacteur de l\u2019unique num\u00e9ro paru en 1848. En 1902, Picasso d\u00e9sargent\u00e9 partage une mis\u00e9rable mansarde du meubl\u00e9 avec un sculpteur. Devenu peu apr\u00e8s le \u00ab&nbsp;57. H\u00f4tel Louis XV.57&nbsp;\u00bb le garni s\u2019est vite d\u00e9grad\u00e9. &nbsp;Restaur\u00e9 dans l\u2019esprit de l\u2019h\u00f4tel particulier initial c\u2019est d\u00e9sormais un immeuble grand standing&nbsp;: pierres claires, entr\u00e9e peinte en bleu avec, au-dessus, ornement\u00e9e, l\u2019inscription \u00ab&nbsp;Maitre Di\u00e9val, imprimeur&nbsp;\u00bb. Google view&nbsp;: \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019auvent et de la passante, une vitrine&nbsp;: lettrage noir sur blanc \u00ab&nbsp;Majesticfilatures&nbsp;\u00bb&nbsp;et en dessous&nbsp;: \u00ab&nbsp;deluxe teeshirt&nbsp;\u00bb. Actuellement&nbsp;: commerce non essentiel. A droite de l\u2019entr\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 \u00e9tait la \u00ab&nbsp;boutique \u00e0 louer de suite\u00bb, on voit la devanture noire -chic de \u00ab&nbsp;The Kooples&nbsp;\u00bb, magasin de v\u00eatements. Actuellement&nbsp;: commerce non essentiel. La galerie du 16, rue de Seine, a chang\u00e9 de nom. Elle est vide et ferm\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne l\u2019aurais pas vu si je n\u2019\u00e9tais pas entr\u00e9e dans la photo d\u2019avant. 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