{"id":30082,"date":"2021-03-31T22:26:49","date_gmt":"2021-03-31T20:26:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=30082"},"modified":"2021-04-02T16:15:13","modified_gmt":"2021-04-02T14:15:13","slug":"25-rue-des-marais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/25-rue-des-marais\/","title":{"rendered":"25 rue des Marais"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-30083\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image-420x280.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image-768x512.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>atlas Jacoubet, d\u00e9tail <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 la mi-juillet 1851, Baudelaire est de retour \u00e0 Paris, au 31bis rue des Marais (ou rue des Marais du Temple, ou rue des Marais Saint-Martin) puis chez Jeanne Duval, au 25 de la m\u00eame rue. Comme la plupart des lieux o\u00f9 il a v\u00e9cu, cette maison a disparu, la rue elle m\u00eame n\u2019existe plus. La rue des Marais reliait la rue du faubourg Saint-Martin \u00e0 la rue du Temple, en 1855 Haussmann \u00e0 l\u2019\u0153uvre perce le boulevard de Magenta, arrache en son centre le c\u00f4t\u00e9 impair de la rue des Marais et la caserne V\u00e9rines en recouvrira l\u2019extr\u00e9mit\u00e9. Sa proximit\u00e9 avec le lieu o\u00f9 je vis aujourd\u2019hui, le fait que nous nous soyons install\u00e9s \u00e0 Paris rue de Malte de 1996 \u00e0 1999, mon go\u00fbt des signes&#8230; c\u2019est l\u00e0 que j\u2019irais sur les traces du po\u00e8te. Commencer par l\u2019\u00e9tude de plans anciens pour recouper les informations, comprendre qu\u2019il reste aujourd\u2019hui quatre fragments de la rue des Marais, sous les noms de rue de Nancy, place Jacques Bonsergent (uniquement le c\u00f4t\u00e9 pair de la rue), puis rue Albert Thomas, enfin rue de Malte. La rue de Nancy s\u2019inscrit dans le prolongement du passage du D\u00e9sir, c\u2019est une voie \u00e9troite et calme \u00e0 l\u2019architecture mixte dont le trac\u00e9 n\u2019a sans doute pas boug\u00e9 depuis 1851. Rien ne laisse deviner la pr\u00e9sence de Baudelaire, aujourd\u2019hui quelques immeubles haussmanniens parmi des b\u00e2timents d\u2019un ou deux \u00e9tages \u2014 la direction de la s\u00e9curit\u00e9 de proximit\u00e9 parisienne, l\u2019espace Japon, des h\u00f4tels endormis \u2014 de la brique, de la pierre de Paris, de la pierre de Taille. L\u2019immeuble du n\u00b011, plus \u00e9troit, sugg\u00e8re un b\u00e2ti plus ancien. Je prends quelques photos sans conviction, ce n\u2019\u00e9tait pas ces b\u00e2timents, ni ces portes, ni ces fen\u00eatres, ce n\u2019\u00e9tait pas ces hauteurs, ces enduits, cet asphalte, si je veux des pav\u00e9s il me faut retourner sur les bords du canal. La rue dessine une l\u00e9g\u00e8re courbe avant de se jeter sur le boulevard de Magenta. C\u2019est l\u00e0 tout autre ambiance, circulation dense, voitures, bus, v\u00e9los et trottinettes, place grouillante, \u00ab la rue assourdissante autour de moi hurlait. \u00bb Il faut alors imaginer le trac\u00e9 de la rue en traversant les quatre voies, les terre-pleins, les pistes cyclables, pour arriver sur la place Jacques Bonsergent, surtout il faut faire abstraction de la R\u00e9publique qui attire sur la droite pour dresser le b\u00e2ti du trottoir impair de la rue des Marais, pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 vivait Baudelaire \u2014 j\u2019ai pu le v\u00e9rifier sur l\u2019atlas de Jacoubet. Je longe la place, sur la gauche l\u2019entr\u00e9e du passage des Marais reste la seule mention de l\u2019ancienne rue. Je m\u2019engage rue Albert Thomas, des immeubles ouvriers et du Haussmann \u2014 encore \u2014 quelques commerces\u00a0<em>tendance<\/em>\u00a0s\u2019y risquent. L\u2019\u00e9glise Saint-Martin-des-Champs \u00e0 l\u2019abri d\u2019un \u00e9chafaudage me donne un faux espoir, elle a \u00e9t\u00e9 construite en 1854, Baudelaire avait d\u00e9j\u00e0 fui vers une autre demeure. J\u2019ai parcouru ces rues quelques fois, mais je n\u2019y ai pas vraiment de souvenirs, je ne connais pas l\u2019histoire de ces lieux, je peux seulement r\u00eaver ce Paris disparu, imaginer les soir\u00e9es agit\u00e9es du caf\u00e9 le Peletier o\u00f9 se retrouvait la\u00a0<em>basse boh\u00e8me<\/em>, m\u2019\u00e9mouvoir de la beaut\u00e9 paradoxale d\u2019un \u00e9chafaudage, devenir une passante. Au bout de la rue Albert Thomas se dresse l\u2019immense mur en pierre de taille de la caserne V\u00e9rines, une plaque signale qu<em>&lsquo;ici s&rsquo;\u00e9levaient de 1822 \u00e0 1839 le Diorama de Daguerre et le laboratoire o\u00f9 celui-ci, perfectionnant l&rsquo;invention de Joseph Nic\u00e9phore Ni\u00e8pce d\u00e9couvrit le daguerr\u00e9otype<\/em>. C\u2019est de cet endroit, au 5 rue des Marais, qu\u2019en 1838 Daguerre photographie le Boulevard du Temple, ne pas s\u2019illusionner du calme apparent, si on ne voit pas grouiller la foule c\u2019est que les d\u00e9placements \u00e9taient trop rapides pour \u00eatre enregistr\u00e9s par le daguerr\u00e9otype, pourtant on devine une forme humaine en bas \u00e0 gauche de l\u2019image, un homme qui se fait cirer les chaussures, le chiffonnier ne doit pas \u00eatre bien loin. C\u2019est l\u2019une des toutes premi\u00e8res photos du monde, c\u2019est peut-\u00eatre la seule repr\u00e9sentation du quartier tel que Baudelaire l\u2019a connu, vu d\u2019en haut, Paris\u00a0<em>d\u00e9cor<\/em>, d\u2019avant les grands chantiers, d\u2019avant les expropriations pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique, celui de la m\u00e9lancolie des vieux faubourgs, celui auquel je r\u00eave \u00e0 travers la foule anonyme, dans la ville ferm\u00e9e, absente \u00e0 elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"735\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/EB1E67C0-0AEF-4D54-B139-9855CAA5DB63.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-30084\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/EB1E67C0-0AEF-4D54-B139-9855CAA5DB63.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/EB1E67C0-0AEF-4D54-B139-9855CAA5DB63-420x301.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/EB1E67C0-0AEF-4D54-B139-9855CAA5DB63-768x551.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Paris, Boulevard du temple, par Daguerre en1838<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la mi-juillet 1851, Baudelaire est de retour \u00e0 Paris, au 31bis rue des Marais (ou rue des Marais du Temple, ou rue des Marais Saint-Martin) puis chez Jeanne Duval, au 25 de la m\u00eame rue. 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