{"id":30512,"date":"2021-05-26T13:28:36","date_gmt":"2021-05-26T11:28:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=30512"},"modified":"2024-10-15T09:10:00","modified_gmt":"2024-10-15T07:10:00","slug":"testard_baudelaire_4_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_baudelaire_4_1\/","title":{"rendered":"#baudelairebicentenaire #04 | La th\u00e9orie du ruissellement"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 de ruissellement. Il n&rsquo;y a bient\u00f4t plus que l&rsquo;\u00e9coulement de l&rsquo;eau dans le regard. Tintement. Le nom que l&rsquo;on donne \u00e0 l&rsquo;eau de pluie apr\u00e8s qu&rsquo;elle a touch\u00e9 le sol ou une surface construite ou naturelle, toiture, terrasse ou arbre, susceptible de l&rsquo;intercepter ou de la r\u00e9cup\u00e9rer est eau pluviale. Il n&rsquo;y a que l&rsquo;\u00e9coulement de l&rsquo;eau dans la rue \u00e0 entendre. Il n&rsquo;y a que le ruissellement \u00e0 voir. Le regard au milieu de la rue. Est un trou avec une grille pour qu&rsquo;on n&rsquo;y tombe pas. Que n&rsquo;y passe personne. Un corps y tiendrait. Un regard ou une bouche ? Le parking est une pente. \u00c7a ne se voit pas. Le parking sans bouger suit une pente. Est une portion d&rsquo;horizon, de l&rsquo;horizon o\u00f9 stationner. Le parking rend l&rsquo;horizon irr\u00e9m\u00e9diablement proche. Zoom. Le parking est horizon. Mais le parking a une pente : tr\u00e8s faible, si peu sensible pente : une d\u00e9clivit\u00e9, couverture imperm\u00e9able du territoire par o\u00f9 s&rsquo;\u00e9coulent et se collectent les eaux pluviales : de ruissellement. Faux plat. La pente du parking. C&rsquo;est insensible : le parking descend du ciel. \u00c7a ne se sent pas. Avec les eaux. Le parking est presque vide. Le parking plein de cases vides. Le regard est dans le vide. Un trou \u2014 de la taille d&rsquo;un homme, debout \u2014 dans le parking. L&rsquo;eau tombe \u2014 pleut, ruisselle, coule puis tombe l\u00e0. \u00c7a s&rsquo;appelle regard aussi l\u00e0. Bouche ? Ennui profond. Entends-tu dans le ruissellement le chant des parkings ? Entendez-vous l&rsquo;appel des parkings dans la nuit ? Appel d&rsquo;air ou d&rsquo;eau ? Est-ce en auto ou au fil de l&rsquo;\u00e9criture, ou sur le fil blanc de l&rsquo;aube, blanc ou noir, que vous, nous irons ? Si la nuit est un tunnel, une conduite, une buse, un abouchement ou embo\u00eetement de buses, de tubes : une suite \u2014 un encha\u00eenement : une canalisation qui court sous les jours. Si la vie est un \u00e9gout ? Le bassin de r\u00e9tention est en face de l&rsquo;enclos des autos d&rsquo;occasion \u2014 de l&rsquo;autre cot\u00e9. De la route. Le bassin de r\u00e9tention \u00e0 ciel ouvert. Le bassin de r\u00e9cup\u00e9ration enclos. Bassin de r\u00e9tention compensatoire des effets de l&rsquo;imperm\u00e9abilisation des sols. Bassin de limitation des apports d&rsquo;eau pluviales au r\u00e9seau. Bassin d&rsquo;\u00e9cr\u00eatement des crues des eaux. Bassin d&rsquo;\u00e9vitement de la saturation des r\u00e9seaux d&rsquo;assainissement. Bassin de collecte du trop-plein des d\u00e9versoirs d&rsquo;orages, bassin d&rsquo;orage. Zone humide. Bassin attenant \u00e0 l&rsquo;\u00e9changeur routier. Bassin de d\u00e9cantation. Filtrant. Bassin pare-chocs de pollutions vers le milieu naturel. Bassin versant. Bassin d&#8217;emploi. Le ruissellement je n&rsquo;y crois pas. Le parking et ses cases \u00e0 cocher ou remplir. Le parking o\u00f9 l&rsquo;on est pour un autre. Si ce n&rsquo;est pas moi, ce sera un autre. O\u00f9 tu te gares \u00e0 l&rsquo;aise. Le parking \u00e0 l&rsquo;aise. La d\u00e9tente de l&rsquo;espace du parking. L&rsquo;extension. L&rsquo;extensivit\u00e9. L&rsquo;auto veut rejoindre les parkings. L&rsquo;auto veut se rassembler. Les autos veulent se ressembler. Les autos sont de l&rsquo;eau. L&rsquo;eau veut ruisseler, se rassembler, viscosit\u00e9 de l&rsquo;eau. Entends-tu le ruissellement des parkings, et le concours immense ? La mobilisation infinie ? Le grand emportement ou contournement des parkings : les routes noires le jour, blanches la nuit par r\u00e9verb\u00e9ration de la couverture nuageuse, de la pollution lumineuse, les routes vous conduisent aux parkings comme les canalisations vont aux bassins de r\u00e9tention, de ruissellement. Les routes canalisent, la circulation est flux, l&rsquo;automobile est un fluide. \u00catre automobile est \u00eatre fluide. Liquide. (\u2026) S&rsquo;\u00e9couler. Descendre de l&rsquo;auto. Toucher le fond. La vie est au fond. On ne voit pas tellement. Elle est dans les constructions. On conna\u00eet une zone d&rsquo;activit\u00e9. Dehors c&rsquo;est la circulation. Les gens sont dedans. La fr\u00e9quentation est dedans. Le travail. La socialisation. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur des enceintes. Par del\u00e0 les cl\u00f4tures. Et puis il y a les sorties d&rsquo;\u00e9tablissements. Dehors c&rsquo;est le stationnement. Et la v\u00e9g\u00e9tation. C&rsquo;est le milieu du jour. La vibration de la lumi\u00e8re est forte. Le dehors est l\u00e0. La vibration de l&rsquo;air. La r\u00e9verb\u00e9ration sur les constructions. De la lumi\u00e8re. Sur la chauss\u00e9e aussi. Qui brille. C&rsquo;est la lumi\u00e8re du jour. Elle tombe de haut. Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas une pluie fine. De tomber. Il y a tout l&rsquo;air qu&rsquo;on veut dehors. C&rsquo;est devant. Toucher le fond. C&rsquo;est imminent. Traverser le rideau de bruine. La zone est inond\u00e9e de soleil. C&rsquo;est tout un volume d&rsquo;air montant du sol au ciel. Avec la chaleur du jour. Qui fait pousser la v\u00e9g\u00e9tation. Les vapeurs montent. Et puis c&rsquo;est a\u00e9r\u00e9. La zone est bien a\u00e9r\u00e9e. La zone de protection. Tr\u00e8s espac\u00e9e. C&rsquo;est un espace a\u00e9r\u00e9. On vient pour l&rsquo;animation. Toucher le fond. Laisser vivre une zone d&rsquo;activit\u00e9. C&rsquo;est beau la distance. C&rsquo;est le calme qui vient avec la distance. La paix gagne avec la distance. La distance a de la brume, la distance a de l&rsquo;atmosph\u00e8re. La transparence de l&rsquo;air se fait sentir quand les gouttelettes d&rsquo;eau innombrables la traversent, la chargent, la manifestent. Le plateau et ses surfaces commerciales couvertes et ses surfaces de parking imperm\u00e9ables recelant des bassins de r\u00e9cup\u00e9ration des eaux de ruissellement de plus en plus volumineux \u00e0 la surface ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du territoire sont les enfants de l&rsquo;atmosph\u00e8re, sont les r\u00e9ceptacles de la lumi\u00e8re qui finit l\u00e0 de traverser l&rsquo;air en rebondissant dans les yeux, qui a travers\u00e9 toute l&rsquo;atmosph\u00e8re en finissant sur eux, en se finissant dans les yeux, elle les bombarde doucement dans un d\u00e9luge d&rsquo;atomes de lumi\u00e8re, \u00e0 travers une pluie diluvienne de simulacres et d&rsquo;images. Toutes les nouvelles saveurs de la vie. La zone attire toute la vie l\u00e0. Toute la vie qu&rsquo;il y a \u00e0 la surface du territoire un jour se retrouve l\u00e0. Drain\u00e9e. Drainage de la vie. Le ruissellement ? La vie liquide ? La vie automobile \u2014 la condition ? Vie flexible. C&rsquo;est pour fuir l&rsquo;insipidit\u00e9 de la vie. La vie a de moins en moins de go\u00fbt. Ou bien ? Il y a de moins en moins de go\u00fbt \u00e0 la vie, \u00e0 la surface du territoire. Le go\u00fbt \u00e0 la vie se retrouve l\u00e0. En fuite. Tous les nouveaux d\u00e9parts. Tout le nouveau. Les arrivages. Les liquidations. Tout doit dispara\u00eetre l\u00e0. Tout vient l\u00e0. Les raisons de ne pas vivre, toutes l\u00e0. Le temps pass\u00e9 l\u00e0. Tout. Le cumul des temps de vie. L&rsquo;accumulation \u00e9norme des vies, des ciels sur le parking, les amoncellements de nuages et de ciels, bleus, gris, de ciels variables, tous les vents. De tout le territoire \u00e7a vient, on vient l\u00e0 comme s&rsquo;il en pleuvait, la vie pleuvait des autos. Le dynamisme des territoires est de la violence routi\u00e8re et la violence l\u00e0 vient se poser, zone prot\u00e9g\u00e9e. Elle tourne l\u00e0 gentiment. Sensiblement. Elle se jette l\u00e0 follement. Il n&rsquo;y a quand m\u00eame que la lumi\u00e8re du jour. Il n&rsquo;y a rien de tel. Heureusement qu&rsquo;il y a les parkings. Tout de suite apr\u00e8s le fourr\u00e9 il y a un bassin de r\u00e9cup\u00e9ration des eaux de ruissellement du r\u00e9seau de voirie qui fait \u00e0 la terre un imperm\u00e9able, des eaux de la zone au milieu du rond-point paysag\u00e9 ou am\u00e9nag\u00e9 en mare, zone humide, d\u00e9guis\u00e9 en milieu ou habitat pour les grenouilles et carte postale de, publicit\u00e9 pour la zone d&rsquo;activit\u00e9s, son image, o\u00f9 les grenouilles vantent la zone d&rsquo;activit\u00e9s \u00e9conomique mais \u00e9cologique, je m&rsquo;\u00e9gare, j&rsquo;y entre par les coulisses, je veux dire par l&rsquo;arri\u00e8re, dire par les fourr\u00e9s, le paysage, je sors du bois ou des massifs dans la photo de mariage ou fond photo, idyllique, de mariage, toucher le fond, d&rsquo;\u00e9cran, de mes deux pieds sur le rond-point, terre-plein central, je veux dire un \u00e9crin de verdure, je veux dire un, petit, coin de nature avec la circulation donc la violence, routi\u00e8res, qui tourne autour, contourne forc\u00e9e la photo de mariage mar\u00e9cageuse avec des massettes, joncs dans laquelle j&rsquo;entre. (\u2026) Impossible de p\u00e9n\u00e9trer le sol. \u00c7a reste en l&rsquo;air. La question demeure en l&rsquo;air. Quelle forme de vie ? Un trou avec une grille pour qu&rsquo;on, un corps n&rsquo;y tombe, ne passe pas. L&rsquo;eau seule et les s\u00e9diments qu&rsquo;elle charrie. Les regards sont des \u00e9gouts ? Aller du regard, aller de nuit en nuit ou dans la nuit se couler, couler puis saillir, jaillir d&rsquo;o\u00f9 un corps tient, soulever la grille, dans la nuit d&rsquo;une autre rue, autre zone, \u00e0 combien de rues ou d&rsquo;\u00e9changeurs routiers, carrefours giratoires, s&rsquo;\u00e9lever, flotter, nappe au dessus des rev\u00eatements : nappe blanche. Table rase. Le principe d&rsquo;\u00e9vacuation est premier. L\u00e0 le principe d&rsquo;\u00e9vacuation est partout. La prochaine sortie. L&rsquo;on ne s&rsquo;y rend et vous ne vous y rendez que dans la perspective de s&rsquo;en \u00e9chapper. L&rsquo;\u00e9vacuation est la perspective. Dispara\u00eetre. Escamoter. Rien, il ne s&rsquo;agit de rien, d&rsquo;autre que vider les lieux. Le ciel lave les parkings. \u00c9coper. Ou faire durer ? Prolonger son temps sur le parking ? Attendre la nuit, d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la surface de la lune. Voir se faire et se d\u00e9faire l\u00e0 tout le jour. Rien. Venir. Venir voir venir. Attendre tout le jour sur zone qu&rsquo;elle se vide, que la nuit s&rsquo;y fasse. Voir comme la terre est loin, loin, alors, mesurer comme on est \u00e9loign\u00e9 de la terre et de la vie. Voir la vie de la lune. Stationner. Que la nuit s&rsquo;y pose. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la nuit de tout le ciel afflue sur zone. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le ciel se soit compl\u00e8tement d\u00e9pos\u00e9 sur la zone. Vous ne m&rsquo;avez jamais entendu parler de ruissellement. Le ruissellement \u2014<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/210523_Nauman_4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-30517\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><mark style=\"background-color:#ffffff\" class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\"><em>Bruce Nauman, Model for Trench, Installation at Leo Castelli&rsquo;s, <\/em><br><em>offset lithograph (detail), 1978<\/em><\/mark><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le ruissellement je n&rsquo;y crois pas. 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