{"id":32081,"date":"2021-06-20T12:43:56","date_gmt":"2021-06-20T10:43:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=32081"},"modified":"2021-07-13T08:54:03","modified_gmt":"2021-07-13T06:54:03","slug":"1-elle-arrive-quelque-part-par-la-gare","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/1-elle-arrive-quelque-part-par-la-gare\/","title":{"rendered":"#L1-Elle arrive quelque part par la gare"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"952\" height=\"610\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Une-aimable-pensee-de-PAris-que-je-quitte.png\" alt=\"\" data-id=\"32085\" data-full-url=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Une-aimable-pensee-de-PAris-que-je-quitte.png\" data-link=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?attachment_id=32085\" class=\"wp-image-32085\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Une-aimable-pensee-de-PAris-que-je-quitte.png 952w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Une-aimable-pensee-de-PAris-que-je-quitte-420x269.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Une-aimable-pensee-de-PAris-que-je-quitte-768x492.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 952px) 100vw, 952px\" \/><\/figure><\/li><\/ul><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Elle arrive quelque part par la gare. Elle ne sort pas de suite. Elle reste d\u2019abord sur le quai. Elle pose son sac \u00e0 dos \u00e0 ses pieds, garde sa besace en travers et son sac \u00e0 main coinc\u00e9 entre le flanc et le coude, main agripp\u00e9e \u00e0 la bandouli\u00e8re. Elle laisse partir le train. Elle le regarde partir. Dans son regard se lit une immense fatigue mais le corps est tonique pour l\u2019\u00e2ge qu\u2019on estime. Elle ne s\u2019affaisse pas. Les \u00e9paules tourn\u00e9es vers le train qui s\u2019\u00e9loigne sont droites, le menton lev\u00e9. Seuls les yeux semblent bris\u00e9s malgr\u00e9 la clart\u00e9 de leur gris. Le quai est vide maintenant. Elle fl\u00e9chit les jambes, remet le sac sur le dos d\u2019une vive rotation. On sent que le sac \u00e0 dos est lourd mais on sent aussi qu\u2019une fois en place il fait corps avec elle. Elle le fait sauter deux fois pour l\u2019ajuster sur les \u00e9paules qui n\u2019ont pas fl\u00e9chi. Elle fait demi-tour, remonte le quai sur une vingtaine de m\u00e8tres, lentement, en regardant autour d\u2019elle. Elle entre dans le hall de la gare, fait quelques pas, se d\u00e9cale sur le c\u00f4t\u00e9 et s\u2019arr\u00eate \u00e0 nouveau. Elle regarde le panneau lumineux des d\u00e9parts, celui, plus petit des arriv\u00e9es. Elle se situe dans la g\u00e9ographie de l\u2019errance. Elle reste ainsi un moment, debout, doc Martens us\u00e9es ancr\u00e9es dans le sol, \u00e0 un demi-pas de la bande rugueuse sens\u00e9e conduire les non-voyants vers l\u2019ext\u00e9rieur. Elle ne se demande rien, ne projette rien. Elle se fond dans la gare. Par son immobilit\u00e9, elle en est d\u00e9j\u00e0 devenu un mobilier. On se dit que le sac doit peser sur les \u00e9paules, que celle des deux qui re\u00e7oit aussi la sangle de la besace doit \u00eatre un peu plus douloureuse, plus tendue. Ses yeux posent leur fatigue tout autour et c\u2019est \u00e7a que l\u2019on remarque, si l\u2019on prend le temps de simplement poser ses propres yeux sur elle. On voit un corps fort, vieilli mais fort. Plant\u00e9 l\u00e0, l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9cal\u00e9 de l\u2019axe acc\u00e8s aux quais, sortie centre-ville. Elle, elle est bien plant\u00e9e. On pourrait se dire encore si on prenait un peu plus le temps qu\u2019elle est bien conserv\u00e9e, qu\u2019on aimerait \u00eatre comme elle \u2013 dont on ne sait rien \u2013 \u00e0 son \u00e2ge. Mais on ne prend pas ce temps, il a suffit de poser les yeux sur elle pour en voir l\u2019immense fatigue et c\u2019est ce que l\u2019on garde en soi, en sortant de la gare ou en allant \u00e9changer son billet \u00e0 la borne automatique ou en s\u2019engageant dans les escaliers vers les quais B et suivants. Mais quand on se retourne, on constate qu\u2019elle est sortie. Elle est maintenant devant la gare, \u00e0 nouveau immobile, d\u00e9cal\u00e9e de la grande porte. Elle observe le dehors depuis le trottoir, le sac presque \u00e0 toucher le mur de la gare, une gare comme elles le sont toutes maintenant avec un parvis o\u00f9 trams et bus ont pris le pas sur les voitures et o\u00f9 les vendeurs de kebabs ont effac\u00e9 les caf\u00e9s o\u00f9 l\u2019on pouvait rester assis face \u00e0 la gare qui n\u2019\u00e9tait pas encore de verre et de m\u00e9tal. Il suffisait de traverser la rue. Elle est arriv\u00e9e quelque part et elle se dit qu\u2019elle pourrait \u00eatre aussi ailleurs. Rien dans ce qu\u2019elle voit, n\u2019\u00e9veille de souvenirs. Ou plut\u00f4t, elle doit creuser dans le d\u00e9cor, l\u2019effacer, couper l\u2019\u00e9cran devant elle pour faire surgir le vieux caf\u00e9, la boulangerie, retrouver l\u2019angle de la rue qu\u2019elle va prendre de toutes fa\u00e7ons, car elle conna\u00eet le chemin. Elle sait o\u00f9 elle va m\u00eame si elle n\u2019a pas encore vraiment quitt\u00e9 la gare. Elle traverse, droit devant elle, entre les rares voitures puis bifurque. Un homme assis \u00e0 l\u2019une des deux tables du kebab la regarde traverser. Devant lui est pos\u00e9 une tasse transparente de caf\u00e9 au lait froid et tr\u00e8s sucr\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle arrive quelque part par la gare. Elle ne sort pas de suite. Elle reste d\u2019abord sur le quai. Elle pose son sac \u00e0 dos \u00e0 ses pieds, garde sa besace en travers et son sac \u00e0 main coinc\u00e9 entre le flanc et le coude, main agripp\u00e9e \u00e0 la bandouli\u00e8re. Elle laisse partir le train. Elle le regarde partir. 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