{"id":322,"date":"2019-10-30T08:12:13","date_gmt":"2019-10-30T07:12:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=322"},"modified":"2023-05-23T19:29:28","modified_gmt":"2023-05-23T17:29:28","slug":"en-sautant-les-parquets","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/en-sautant-les-parquets\/","title":{"rendered":"En sautant les parquets"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"679\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/pour-le-tiers-livfre-1-1024x679.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1331\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/pour-le-tiers-livfre-1-1024x679.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/pour-le-tiers-livfre-1-420x279.jpg 420w, 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\u00e9taient le privil\u00e8ge d\u00e9licieux des \u00e9l\u00e8ves de terminale assises sur ses racines pour se raconter leur \u00e9t\u00e9, \u00e9cho de la pin\u00e8de qui se muait peu \u00e0 peu en sable gris autour des blockhaus \u00e0 Hy\u00e8res, ce sable sale que la r\u00e9sine et le sel collaient \u00e0 mes jambes autour du ou des furoncles renaissants que ma m\u00e8re br\u00fblait le soir, \u00e9cho de la terre meule \u00e0 la limite de l&rsquo;abri du gigantesque tilleul de Solli\u00e8s, juste avant les rang\u00e9es de tomates ou de salades, l\u00e0 o\u00f9, les derniers graviers s&rsquo;enfon\u00e7ant dans mes cuisses, pench\u00e9e sur leur affairement, je m&rsquo;appliquais \u00e0 entraver le cheminement des fourmis charg\u00e9es de minuscules provisions avant de galoper avec les autres, appel\u00e9s vers la rigole longeant le jardin pour assister au moment o\u00f9, parce que c&rsquo;\u00e9tait notre heure, notre vieil ami lib\u00e9rait l&rsquo;eau \u2013 et nous le suivions au long des petits canaux pour avoir le droit de soulever les petits barrages m\u00e9talliques, d&rsquo;admirer l&rsquo;\u00e9veil de la terre qui buvait sa ration de vie liquide \u2013 juste avant que nous repartions sur les dalles de terre cuite de l&rsquo;all\u00e9e, entre les rang\u00e9es de buis vers le go\u00fbter, laissant nos sandales au seuil de la porte pour entrer, en refoulant les lani\u00e8res du rideau, dans l&rsquo;odeur de cire, de miel, de pommes murissantes, les pieds nus sur les carreaux blancs et verts qui, par del\u00e0 les tomettes auxquelles nous \u00e9tions habitu\u00e9s, nos tomettes un peu trop neuves dont les couleurs trop proches ne chantaient qu&rsquo;en mineur l&rsquo;harmonieux cama\u00efeu, me rappelaient \u2013 les autres \u00e9taient trop petits ou je le pensais \u2013 les carreaux juste un peu plus raffin\u00e9s de la maison de La P\u00e9rouse \u2013 je n&rsquo;ai appris qu&rsquo;il y a quelques ann\u00e9es le beau nom berb\u00e8re oubli\u00e9 pendant un si\u00e8cle, Tamentfoust, de ce petit port et son antiquit\u00e9 \u2013 avec leur bordure d&rsquo;acanthes vertes et bleues inspir\u00e9e de la c\u00e9ramique ancienne remont\u00e9e autour de la fontaine dans la cour, entre le jardin de terre battue et la villa sur la mer au dessus du hangar \u00e0 bateau qui s&rsquo;ouvrait sur le sable fin de la plage, juste apr\u00e8s les restes d&rsquo;une petite jet\u00e9e sur les pierres glissantes de laquelle nous allions, couteau en main, d\u00e9coller ces d\u00e9licieuses an\u00e9mones de mer que nous regarderions ensuite se r\u00e9duire dans la po\u00eale, condensant en une toute petite pur\u00e9e de saveurs le contenu du grand seau remont\u00e9 par le petit sentier qui la prolongeait, la porte de bois peinte en vert \u00e0 mi-hauteur, avant la rue de terre battue s\u00e9parant la rang\u00e9e de maisons bourgeoises de la petite ferme aux oies caqueteuses qui me terrorisaient, la rue pleine d&rsquo;orni\u00e8res sur lesquelles cahotait la traction de mon oncle o\u00f9 nous nous entassions pour aller \u00e0 la ferme pr\u00e8s de l&#8217;embouchure du Hamiz, les premiers coquelicots dont je me souvienne, entre les roseaux, la grande cour de terre entour\u00e9e de b\u00e2tisses basses qui ne doit plus exister maintenant \u2013 la zone semble lotie, incluse dans la banlieue baln\u00e9aire d&rsquo;Alger \u2013 dont je me souviens fort mal ou pas du tout, plaquant sur ce mot de ferme des images venues de toutes les vacances en Haute-Savoie ou en Auvergne en un m\u00e9lange un peu flou mais \u00e0 peu pr\u00e8s homog\u00e8ne malgr\u00e9 les diff\u00e9rences de paysages et de terroirs d&rsquo;o\u00f9 ne se d\u00e9tachent que, plus r\u00e9centes, les longues b\u00e2tisses basses en pierres des petites exploitations \u00e9parpill\u00e9es au bord des chemins creux du hameau autour de la maison des courtes ann\u00e9es heureuses en Limousin, au temps de ma d\u00e9couverte tardive de la sensualit\u00e9 des terres riches, de l&rsquo;humus, des for\u00eats humides, la maison aux dalles de pierre us\u00e9es, aux chemin\u00e9es profondes, avec sa porte surmont\u00e9e d&rsquo;un bandeau o\u00f9 \u00e9tait sculpt\u00e9 \u00abchabatz d&rsquo;entrar\u00bb et le fer fix\u00e9 dans la ma\u00e7onnerie pour nettoyer chaussures et bottes et&#8230; J&rsquo;ai pris soudain conscience du soleil qui atteignait maintenant mes avant bras, mes mains appuy\u00e9es sur la pierre de mon banc, et j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que madame ma fantaisie fl\u00e2nant derri\u00e8re mes petites puis grasses jambes d&rsquo;adolescente s&rsquo;\u00e9tait tant attard\u00e9e que les sols de ma vraie vie, ou ma vie d&rsquo;adulte, ma vie en propre, sols du nord, planchers raboteux, planchers bien sages, jouissance des parquets des mus\u00e9es ou monuments, horreurs des minces parquets dits mosa\u00efqu\u00e9s pos\u00e9s sur les sols chauffants des appartements bourgeois des ann\u00e9es 60 ou 70, macadam \u2013 et les pav\u00e9s qui sont apparus lorsque il y a si longtemps on l&rsquo;a attaqu\u00e9 ou fait br\u00fbler \u2013 all\u00e9es sages du P\u00e8re Lachaise, trottoirs divers, quais de bord de Seine et quais du m\u00e9tro, et la navrance des couloirs suivis \u00e0 la D\u00e9fense pour attraper un bus vers Bougival, avec les flaques quand leur plafond pleurait pour m&rsquo;accompagner vers la chambre o\u00f9 mon p\u00e8re avait d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il avait suffisamment v\u00e9cu, la terre du jardin du Palais Royal, les all\u00e9es de Saint Germain, et puis les monts d&rsquo;Ambazac avant le plaisir visuel des calades o\u00f9 me tordre les chevilles&#8230; mais comme il \u00e9tait trop tard suis sortie du jardin, descendant vers les dalles blanches de la place du palais.<\/p>\n<p><\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/DSC00582-1024x683.jpg\" alt=\"\" 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