{"id":32957,"date":"2021-06-24T22:31:11","date_gmt":"2021-06-24T20:31:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=32957"},"modified":"2021-07-27T23:34:59","modified_gmt":"2021-07-27T21:34:59","slug":"une-forme-qui-en-devient-une-autre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/une-forme-qui-en-devient-une-autre\/","title":{"rendered":"# L1 | une forme qui en devient une autre"},"content":{"rendered":"\n<p>Il &#8211; mais rien n&rsquo;est moins s\u00fbr &#8211; est le sale gosse qui s&rsquo;agite sur la banquette, frotte son derri\u00e8re, forme des peluches sur sa culotte, choque son monde, attire les regards, d\u00e9couvre l&rsquo;ennui et l&rsquo;inconfort en lui, vit d\u00e9j\u00e0 plusieurs vies, tue \u00e0 mains nues un papillon. Quel \u00e2ge a t-il quand il descend sur le quai ? Les lignes de son visage tracent des \u00e9nigmes pour l&rsquo;\u0153il, pourquoi pas, un r\u00e9bus, une forme qui en devient une autre, en permanence, son existence est indiqu\u00e9e dans un jeu de mot fait il y a longtemps, seule preuve, il y a aussi son accent dans l&rsquo;indication qu&rsquo;il donne au chauffeur de taxi, l&rsquo;accent qu&rsquo;il ne peut situer sur une carte, il coupe la conversation impossible, n&rsquo;est pas encore arriv\u00e9 mais descend d\u00e9j\u00e0. Expire. Revient. De son voyage, l&rsquo;homme a son content de paysages : est-ce pour cela qu&rsquo;il marche dans un rythme de battement, d&rsquo;elles qui gloussent, jupes serr\u00e9es sur leurs cuisses joufflues, il ne reconna\u00eet pas les fillettes, il fripe avec le vent les enveloppements f\u00e9minins. Quinte de toux dans sa paume. Comme un pr\u00e9sage : le taxi ne va pas plus loin. Il poursuit sa marche en solitaire, c&rsquo;est \u00e0 ce moment que le smog le quitte tout \u00e0 fait, manteau d&rsquo;obsidienne se fraie un passage, des chemins en croix tranchent l&rsquo;herbe. Le brouillard fait du silence une musique, les horizons s&rsquo;affaissent, strabisme du voyageur. Tout est si vert par ici ! Il g\u00e2che la couleur \u00e0 chaque pas. Cueille des foug\u00e8res qu&rsquo;il \u00e9miette sans \u00e9motion. Engourdi. Corps en \u00e9tat de d\u00e9possession. Remonte le chemin, \u00e0 pieds, les herbes font la r\u00e9v\u00e9rence. Les odeurs de feuilles br\u00fbl\u00e9es qu&rsquo;il pense reconna\u00eetre modifient l&rsquo;expression de son visage. Il a des envies violentes &#8211; \u00e9tancher sa soif, briser d&rsquo;un coup ses doigts paralys\u00e9s, marcher droit, retourner, fumer le cigare, sentir des draps propres, croquer dans le go\u00fbt de son pays, briser l&rsquo;\u00e9quilibre d&rsquo;un cairn, \u00e9ternuer, percer ce brouillard d&rsquo;un feu de for\u00eat, \u00eatre, sans ordre pr\u00e9cis, d\u00e9termin\u00e9. Il \u00e9carte les vapeurs de son manteau ouvert, il sort d&rsquo;une de ses vall\u00e9es profondes qui paraissent for\u00eats. Il en a perdu le bouton de sa veste. Comme il a de grands gestes ! Il effraie les oiseaux de sa r\u00e8gle de quatre qu&rsquo;il \u00e9nonce tout haut. S&rsquo;asseoir un instant, si pr\u00e8s, peut-\u00eatre, le soleil tente une perc\u00e9e, il est \u00e9bloui, se rel\u00e8ve, le tronc laisse des traces sur son dos, il sent sa colonne vert\u00e9brale. Arrive au parc, on n&rsquo;y arrive jamais vraiment, travers\u00e9e, toujours, la terre est rare, il snobe le chemin de sable, r\u00e9alise, oublie, recommence, l&rsquo;encre de son billet a fait une t\u00e2che dans son pantalon, il soupire son voyage. Les fleurs dressent ici des murailles, il en oublie de reconna\u00eetre la maison. Une dame se confond dans toutes les lignes perdues de son regard, elle dresse la t\u00eate en r\u00e9ponse \u00e0 son salut. Il pr\u00e9tend ne plus vouloir se raconter. Les z\u00e9brures d&rsquo;ombres sur le miroir permettent une pause ; il reste encore de quoi penser l&rsquo;autre. Esprit qui voyage. Leurs silhouettes incertaines sur la page blanche.<\/p>\n\n\n\n<p><em>version sans \u00ab\u00a0il\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00eatre devient fant\u00f4me (\u00f4 comme l&rsquo;exercice est plaisant)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2026qui s\u2019agite sur la banquette, frotte son derri\u00e8re, forme des peluches sur sa culotte, choque son monde, attire les regards, d\u00e9couvre l\u2019ennui et l\u2019inconfort, vit d\u00e9j\u00e0 plusieurs vies, tue \u00e0 mains nues un papillon. Quel \u00e2ge quand descend sur le quai ? Les lignes de son visage tracent des \u00e9nigmes pour l\u2019\u0153il, pourquoi pas, un r\u00e9bus, une forme qui en devient une autre, en permanence, son existence est indiqu\u00e9e dans un jeu de mot fait il y a longtemps, seule preuve, il y a aussi son accent dans l\u2019indication donn\u00e9e au chauffeur de taxi, l\u2019accent impossible de situer sur une carte, coupe la conversation impossible, n\u2019est pas encore arriv\u00e9 mais descend d\u00e9j\u00e0. Expire. Revient. De son voyage, l\u2019homme a son content de paysages : est-ce pour cela qu\u2019il marche dans un rythme de battement, d\u2019elles qui gloussent, jupes serr\u00e9es sur leurs cuisses joufflues, ne reconna\u00eet pas les fillettes, fripe avec le vent les enveloppements f\u00e9minins. Quinte de toux dans sa paume. Comme un pr\u00e9sage : le taxi ne va pas plus loin. Poursuit sa marche en solitaire, c\u2019est \u00e0 ce moment que le smog s\u2019en va, manteau d\u2019obsidienne se fraie un passage, des chemins en croix tranchent l\u2019herbe. Le brouillard fait du silence une musique, les horizons s\u2019affaissent, strabisme du voyageur. Tout est si vert par ici ! G\u00e2che la couleur \u00e0 chaque pas. Cueille des foug\u00e8res, \u00e9miette sans \u00e9motion. Engourdi. Corps en \u00e9tat de d\u00e9possession. Remonte le chemin, \u00e0 pieds, les herbes font la r\u00e9v\u00e9rence. Les odeurs de feuilles br\u00fbl\u00e9es (pense reconna\u00eetre) modifient l\u2019expression de son visage. A des envies violentes \u2013 \u00e9tancher sa soif, briser d\u2019un coup ses doigts paralys\u00e9s, marcher droit, retourner, fumer le cigare, sentir des draps propres, croquer dans le go\u00fbt de son pays, briser l\u2019\u00e9quilibre d\u2019un cairn, \u00e9ternuer, percer ce brouillard d\u2019un feu de for\u00eat, \u00eatre, sans ordre pr\u00e9cis, d\u00e9termin\u00e9. Ecarte les vapeurs de son manteau ouvert, sort d\u2019une de ses vall\u00e9es profondes qui paraissent for\u00eats. En a perdu le bouton de sa veste. Grands gestes ! Effrayant les oiseaux de sa r\u00e8gle de quatre \u00e9nonc\u00e9e tout haut. S\u2019asseoir un instant, si pr\u00e8s, peut-\u00eatre, le soleil tente une perc\u00e9e, est \u00e9bloui, se rel\u00e8ve, le tronc laisse des traces sur son dos, sent sa colonne vert\u00e9brale. Arrive au parc, on n\u2019y arrive jamais vraiment, travers\u00e9e, toujours, la terre est rare, snobe le chemin de sable, r\u00e9alise, oublie, recommence, l\u2019encre de son billet a fait une t\u00e2che dans son pantalon, soupire son voyage. Les fleurs dressent ici des murailles, en oublie de reconna\u00eetre la maison. Une dame se confond dans toutes les lignes perdues de son regard, dresse la t\u00eate en r\u00e9ponse \u00e0 son salut. Pr\u00e9tend ne plus vouloir se raconter. Les z\u00e9brures d\u2019ombres sur le miroir permettent une pause ; reste encore de quoi penser l\u2019autre. Esprit qui voyage. Leurs silhouettes incertaines sur la page blanche.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Image : <em>Conditions in February<\/em> de Lidija Feren\u010dak<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il &#8211; mais rien n&rsquo;est moins s\u00fbr &#8211; est le sale gosse qui s&rsquo;agite sur la banquette, frotte son derri\u00e8re, forme des peluches sur sa culotte, choque son monde, attire les regards, d\u00e9couvre l&rsquo;ennui et l&rsquo;inconfort en lui, vit d\u00e9j\u00e0 plusieurs vies, tue \u00e0 mains nues un papillon. Quel \u00e2ge a t-il quand il descend sur le quai ? 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