{"id":33061,"date":"2021-06-24T23:13:26","date_gmt":"2021-06-24T21:13:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=33061"},"modified":"2021-07-26T09:21:39","modified_gmt":"2021-07-26T07:21:39","slug":"fenetres-sur-interieurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fenetres-sur-interieurs\/","title":{"rendered":"#P1 Fen\u00eatres sur int\u00e9rieurs"},"content":{"rendered":"\n<p>Les cris des martinets tournoient entre les fen\u00eatres grandes ouvertes. L\u2019air sec et chaud cr\u00e8ve par vagues les rideaux \u00e9carlates qui teintent la chambre d\u2019une intimit\u00e9 visc\u00e9rale. Dehors, la lumi\u00e8re est si limpide que je peux distinguer au loin la ligne d\u2019affleurement de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame les fen\u00eatres ferm\u00e9es, le vacarme de la circulation jette la chambre au niveau du trottoir. Les volets en persiennes ont d\u00fb \u00eatre verts un temps, ils sont aujourd\u2019hui vermoulus, branlants, crasseux de goudron. Ils laissent filtrer la lumi\u00e8re crue des r\u00e9verb\u00e8res du grand boulevard qui s\u2019\u00e9coule au pied de l\u2019h\u00f4tel.<\/p>\n\n\n\n<p>Il suffit d\u2019\u00e9carter les fins rideaux cr\u00e8me pour ouvrir le ciel. Bleu. Le balcon s\u2019offre un plongeon dans le lac. Bleu. Quelques canards. Tout est paisible. Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>La petite mansarde \u00e0 deux pas du boulevard S\u00e9bastopol. Si je me mets sur la pointe des pieds, coll\u00e9e contre le chambranle de la lucarne, j\u2019aper\u00e7ois, \u00e0 droite, la blancheur du d\u00f4me du Sacr\u00e9 C\u0153ur entre les toits de zinc et d\u2019ardoise.<\/p>\n\n\n\n<p>Allong\u00e9e l\u00e0, sur le matelas jet\u00e9 au sol, je pourrais presque toucher les deux murs en \u00e9tendant les bras. Tout au plus un grand placard sans m\u00eame une meurtri\u00e8re. Je repense \u00e0 un r\u00eave lointain de chambre secr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Les genoux contre mon ventre. La t\u00eate rentr\u00e9e. Il n\u2019y a qu\u2019ainsi que je tiens sur cette banquette coll\u00e9e dans le couloir. J\u2019ai d\u00e9gag\u00e9 quelques affaires pour m\u2019installer. La porte du dortoir est \u00e0 deux m\u00e8tres tout au plus, je n\u2019ai pas os\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9dredon semble si massif qu\u2019il pourrait m\u2019\u00e9craser\u2026 mais non, il enveloppe le lit immense et mon corps tout petit dedans d\u2019une \u00e9trange l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Je m\u2019enroule dans ses effluves de lavande et d\u2019antimite.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Allume la lumi\u00e8re&nbsp;!&nbsp;\u00bb\u2026 \u00ab&nbsp;Allume la lumi\u00e8re&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Je crie. Quand j\u2019ouvre les yeux, l\u2019obscurit\u00e9 est un mur. Les sanglots ont pris ma voix. Je ne sais pas o\u00f9 est l\u2019interrupteur, je sais seulement que le matelas est \u00e0-m\u00eame le plancher et que l\u2019escalier est un trou.<\/p>\n\n\n\n<p>Au pied du lit, \u00e0 quelques centim\u00e8tres au-del\u00e0 de la petite barri\u00e8re, le rideau, la fen\u00eatre, \u00e0 t\u00e2tons, je hal\u00e8te, je cherche la sortie, mes doigts sont mes yeux. Autour, en-dessous de moi des respirations. L\u00e0, la tringle, plus bas la poign\u00e9e\u2026 je respire.<\/p>\n\n\n\n<p>On entend les hurlements des chiens errants par la porte laiss\u00e9e ouverte tout au bout du couloir. L\u2019air est charg\u00e9 de ce que l\u2019on imagine \u00eatre l\u2019odeur aride du d\u00e9sert. Sur les lits superpos\u00e9s, une fait des abdominaux, d\u2019autres ont la naus\u00e9e de l\u2019inconnu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les cris des martinets tournoient entre les fen\u00eatres grandes ouvertes. L\u2019air sec et chaud cr\u00e8ve par vagues les rideaux \u00e9carlates qui teintent la chambre d\u2019une intimit\u00e9 visc\u00e9rale. Dehors, la lumi\u00e8re est si limpide que je peux distinguer au loin la ligne d\u2019affleurement de la M\u00e9diterran\u00e9e. M\u00eame les fen\u00eatres ferm\u00e9es, le vacarme de la circulation jette la chambre au niveau du <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fenetres-sur-interieurs\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P1 Fen\u00eatres sur int\u00e9rieurs<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":402,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2157],"tags":[],"class_list":["post-33061","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-1-perec"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/33061","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/402"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=33061"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/33061\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=33061"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=33061"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=33061"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}