{"id":33199,"date":"2021-06-25T14:37:30","date_gmt":"2021-06-25T12:37:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=33199"},"modified":"2021-06-26T22:28:21","modified_gmt":"2021-06-26T20:28:21","slug":"au-mouillage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/au-mouillage\/","title":{"rendered":"Au mouillage"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/IMG_3537-1024x768.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-33513\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/IMG_3537-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/IMG_3537-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/IMG_3537-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/IMG_3537-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/IMG_3537-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>La vitesse est bonne. Juste assez pour \u00e9taler la cha\u00eene sur le fond de sable. Elle jette l\u2019ancre dans l\u2019eau calme et se recule. Pas de pied ou de main sur le mouillage qui file, elle conna\u00eet le danger. Elle a rejoint le cockpit pour accompagner \u00e0 la barre le demi-tour du bateau quand il sera stopp\u00e9 dans sa course par les frottements du mouillage sur le fond. Une fois \u00e0 l\u2019arr\u00eat, reste \u00e0 affaler la derni\u00e8re voile, la ferler sans trop la ranger pour qu\u2019elle puisse remonter le plus rapidement possible en cas de besoin mais sans pouvoir prendre le vent et faire du bruit cette nuit. Le r\u00e9sultat la fait sourire, elle repense au r\u00f4ti savamment ficel\u00e9 des repas de famille. La m\u00e9t\u00e9o n\u2019annonce rien de particulier mais on ne sait jamais. Ici aussi la prudence. Et un peu les habitudes. Le jour commence \u00e0 tomber et avec lui l\u2019humidit\u00e9 s\u2019installe, se pose partout en pluie de cendres poisseuses. Le coucher de soleil n\u2019a rien de spectaculaire, pas de rougeurs ni d\u2019orang\u00e9s, pas de nuages pour donner du relief au ciel uni qui passe du bleu au noir en se donnant \u00e0 peine le temps du sombre. Il y aura des \u00e9toiles cette nuit. Elle a enfil\u00e9 sa grosse veste, celle avec le col qui remonte bien haut pour y blottir la t\u00eate. Elle mange dehors, pain un peu sec, un bout de fromage, une bouteille d\u2019eau. Et un verre de whisky. Juste un verre, pas la bouteille. Pas besoin de lumi\u00e8re, la lune sera pleine dans quelques jours, elle est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Dommage pour les \u00e9toiles d\u2019ailleurs, ce sera mieux vers la fin de la nuit, mais pas s\u00fbr qu\u2019elle ait le courage de se lever plus t\u00f4t. Pour l\u2019instant, elle guette les phares qui s\u2019allument, compte les \u00e9clats et les secondes. Elle se sourit \u00e0&nbsp;elle-m\u00eame, elle n\u2019a pas oubli\u00e9, elle les reconnait tous. Chausey le premier. Elle repose son verre sur le banc en alu recouvert de lattes en bois patin\u00e9es par les fonds de cir\u00e9s et r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9cap\u00e9es par l\u2019eau sal\u00e9e. C\u2019est poli et doux au toucher. Du bois, comme dans la for\u00eat qui commence \u00e0 gauche de la baie et vient presque jusqu\u2019\u00e0 la mer. Elle est assise d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et a cal\u00e9 ses pieds sur le banc d\u2019en face. Elle surveille le paysage. Tant que ses rep\u00e8res restent align\u00e9s, c\u2019est que le bateau ne bouge pas. Bient\u00f4t la pleine mer, la renverse de courant. Elle surveille. Le ch\u00e2teau d\u2019eau au fond et le pignon de la maison mang\u00e9 de vigne vierge avec la grande porte vitr\u00e9e qui ne donne sur aucun balcon. Cette porte du premier \u00e9tage qu\u2019on ne peut pas ouvrir mais qui ouvre une vue immense sur la mer depuis le grand canap\u00e9 noir install\u00e9 en face. Avec la fin du jour la vitre refl\u00e8te la lumi\u00e8re rasante. Pour arriver \u00e0 la maison elle sait le chemin dans les dunes, le sable sec qui retient chacun de vos pas en laissant juste un creux en guise d\u2019empreinte. Plus haut entre les ronces et les foug\u00e8res, \u00e7a sent l\u2019humus quand il pleut et \u00e7a a le go\u00fbt sucr\u00e9 et un peu \u00e2pre des m\u00fbres en \u00e9t\u00e9. Pass\u00e9e la chicane en bois qui ne permet l\u2019acc\u00e8s qu\u2019aux pi\u00e9tons, le chemin est plus large, plus solide que le sable de la dune. De quoi garer une voiture plaqu\u00e9e contre la haie toujours bien taill\u00e9e mais faite du m\u00e9lange des arbres qui ont bien voulu pousser l\u00e0 et accueillir les rosiers. Au bout de la haie, les deux solides poteaux et la porte bleue marine d\u00e9coup\u00e9e en forme de vague avec le trou sur le c\u00f4t\u00e9 pour y passer un antivol de v\u00e9lo, chang\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 cause de la rouille. La derni\u00e8re fois elle \u00e9tait rose. Le code n\u2019a pas d\u00fb changer. Pass\u00e9 le portail on est dans le jardin. La grande terrasse avec la longue table et ses chaises, le petit bout de potager ou jamais rien d\u2019autre que les artichauts n\u2019a d\u00e9pass\u00e9 le stade du maigrichon. Entre les deux hautes fen\u00eatres menac\u00e9es elles aussi par la vigne vierge, la porte, avec sa large vitre pour la lumi\u00e8re et pour \u00eatre autant dedans que dehors. La porte est toujours ouverte ou la cl\u00e9 est sous le deuxi\u00e8me pot de fleur \u00e0 gauche, celui avec les feuilles marrons d\u2019un ancien fraisier. On entre face au po\u00eale. \u00c0 droite la plante verte qui veille sur la table basse et quelques fauteuils fatigu\u00e9s. \u00c0 gauche la cuisine o\u00f9 on s\u2019accoude sur le fin comptoir surmont\u00e9 d\u2019une planche sombre pour pouvoir poser son verre et discuter avec celui ou celle qui d\u00e9coupe les l\u00e9gumes ou qui gratte les moules ramass\u00e9es sur les cailloux de la pointe qui termine la baie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une derni\u00e8re gorg\u00e9e pour finir son verre de whisky, tourbe mais pas trop, de la place encore pour l\u00b4iode et la chaleur du sherry. L\u2019\u00c9cosse des \u00eeles. La vaisselle est vite faite, le verre rinc\u00e9 \u00e0 l\u2019eau de mer, elle est fatigu\u00e9e, elle va se blottir dans les odeurs famili\u00e8res de son duvet, bien cal\u00e9 dans la couchette cercueil c\u00f4t\u00e9 table cartes. Cette nuit elle va peut-\u00eatre se lever pour profiter des \u00e9toiles. On verra.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vitesse est bonne. Juste assez pour \u00e9taler la cha\u00eene sur le fond de sable. Elle jette l\u2019ancre dans l\u2019eau calme et se recule. Pas de pied ou de main sur le mouillage qui file, elle conna\u00eet le danger. 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