{"id":33482,"date":"2021-06-26T20:15:54","date_gmt":"2021-06-26T18:15:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=33482"},"modified":"2021-07-25T12:38:04","modified_gmt":"2021-07-25T10:38:04","slug":"dix-dodos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/dix-dodos\/","title":{"rendered":"#P1 Dix dodos"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/134251102_3825752064144134_8366560023052112727_n-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-33487\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/134251102_3825752064144134_8366560023052112727_n-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/134251102_3825752064144134_8366560023052112727_n-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/134251102_3825752064144134_8366560023052112727_n-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/134251102_3825752064144134_8366560023052112727_n.jpg 1511w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dormir dans un seau de javel. L\u2019odeur, mais aussi le ressac dans le seau d\u00e9plac\u00e9 \u2014 tout l\u2019appartement chaque soir \u2014 et les plongeons r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de la serpilli\u00e8re. Les pieds cuits, l\u2019odeur, on ne peut l\u2019expliquer mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Dormir c\u2019est noir et blanc, face aux arbres. Une grande fresque. Floue, la prise de vue artistique, flou le regard qui se brouille, jouant avec l\u2019obturateur \u00e0 plusieurs reprises avant le noir complet, floue enfin la m\u00e9moire&nbsp;: les arbres sont nus dans l\u2019hiver du noir et blanc, les yeux de cet \u00e2ge sont ferm\u00e9s pour toujours et l\u2019image est captive dans la paupi\u00e8re m\u00eame. Retour de la couleur dans les r\u00eaves<\/p>\n\n\n\n<p>Dormir \u00e0 la 3. Le torrent ronronne au fond du ravin. C\u2019est le dragon de la famille, du village. Il berce. Trop souvent les cataplasmes de pommade menthol\u00e9e, un instant glac\u00e9e puis br\u00fblante comme la fournaise toute la nuit sur la poitrine. On les redoute, mais leur feu dans les bronches devient la marque certaine notre filiation de dragons. Avec la fi\u00e8vre, on se perd sans crainte dans le labyrinthe du grand lit qui s\u2019augmente des arabesques bleues du papier peint.<\/p>\n\n\n\n<p>Dormir \u00e0 la 4. Quelle id\u00e9e dans l\u2019h\u00f4tel vide\u2009? Dans le virage en contrebas, le passage des camions fait trembler \u00ab\u2009toute la maison\u2009\u00bb. Et les lits jumeaux disent une comptine cruelle \u00e0 l\u2019enfant unique. Celui o\u00f9 l\u2019on dort est contre le mur et le mur contre l\u2019escalier qui rapporte chaque arriv\u00e9e, chaque d\u00e9part, chaque passage. La 4 est une planque, une tour d\u2019observation et les toilettes sont tout pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dormir \u00e0 la 1. On dit indiff\u00e9remment une ou un. Jamais la nuit. Des siestes dans le bleu glacier des rideaux, sous la garde tut\u00e9laire des berg\u00e8res de la tapisserie. Alliance du matelas de laine et du conte du compte des moutons bleus. La vierge brille dans l\u2019obscurit\u00e9, on dort dans son clin d\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>Dormir au grenier. Dans la petite cabine en lambris sur-mesure pour l\u2019enfance et le lit \u00e0 rouleaux qui est une tente, un navire, un tra\u00eeneau, une \u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p>Dormir dans l\u2019auto, toutes fen\u00eatres ouvertes, traversant la canicule marseillaise. Le mouvement et la nuit contrefont la fra\u00eecheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dormir pendant un an dans la chambre impersonnelle d\u2019une maison de vacances. La Californie, c\u2019est tout \u00e0 la fois le nom du lotissement et le refrain d\u2019une chanson qui passe \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 dans la pi\u00e8ce d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Murs blancs comme l\u2019os d\u2019une seiche pour mieux que s\u2019en d\u00e9tache le noir des araign\u00e9es. On dit que le voisin s\u2019est fait tuer par le sac. On voit la mer au loin par la baie vitr\u00e9e. Le lapin bleu transfuge de Luna Park veille pourtant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dormir dans la fratrie infernale des cousins de La Chambre. Quatre dans la m\u00eame. Lits partag\u00e9s on ne sait trop comment, mais jamais sans disputes dantesques o\u00f9 se m\u00ealent les cris de leur m\u00e8re, de leur grand-p\u00e8re et du Bobby. Cette pi\u00e8ce ne sert que l\u2019\u00e9t\u00e9, pour nous. Elle est pleine de meubles trop lourds sur quoi se couvrir de bleus. Un m\u00e9lange troublant de solitude et de contentement dans tout ce foutoir. Comme avec la soupe du soir, dont on d\u00e9teste l\u2019odeur, mais qu\u2019on avale goul\u00fbment.<\/p>\n\n\n\n<p>Dormir dans un chalet aux gros rideaux beiges \u00e0 carreaux. On observe longuement, fascin\u00e9 les chenilles \u00e9normes qui se cachent dans les replis du tissu et que l\u2019ombre trahit. Elles bougent tr\u00e8s peu. On \u00e9lucide cette horrible \u00e9nigme \u00e0 chaque s\u00e9jour \u2014 l\u2019ombre est celle-l\u00e0 m\u00eame du tissu mass\u00e9 sur le rebord de la fen\u00eatre \u2014 et on oublie jusqu\u2019\u00e0 la prochaine fois. Mais quand on s\u2019en souvient, on voit simultan\u00e9ment l\u2019ombre du tissu et celles des \u00e9normes chenilles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dormir dans un seau de javel. L\u2019odeur, mais aussi le ressac dans le seau d\u00e9plac\u00e9 \u2014 tout l\u2019appartement chaque soir \u2014 et les plongeons r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de la serpilli\u00e8re. Les pieds cuits, l\u2019odeur, on ne peut l\u2019expliquer mieux. Dormir c\u2019est noir et blanc, face aux arbres. Une grande fresque. 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