{"id":34178,"date":"2021-06-28T23:44:46","date_gmt":"2021-06-28T21:44:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=34178"},"modified":"2021-07-06T23:10:39","modified_gmt":"2021-07-06T21:10:39","slug":"rites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rites\/","title":{"rendered":"#L2 &#8211; Rites"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/lorage-approche-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-34179\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/lorage-approche-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/lorage-approche-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/lorage-approche-200x200.jpg 200w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/lorage-approche-768x767.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/lorage-approche-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/lorage-approche-2048x2048.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>(1 &#8211; <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/avance\/\">Avance<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme assis l\u00e0 aux yeux qui fuient et cherchent. Sent-il comme nous le regardons&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Non. Il ne voit que ce qu\u2019il peut voir. Ses sens lui mentent. Il se trompe. Nous l\u2019avons vu avancer dans un silence absolu, un silence l\u2019\u00e9touffant. Le silence l\u2019a fait sursauter, tandis qu\u2019il avan\u00e7ait \u00e0 pas minuscules comme reculant. Quelque chose le retient qu\u2019il ne voit pas. Nous savons, nous. Sa r\u00e9alit\u00e9 s\u2019oppose \u00e0 la n\u00f4tre et ne veut pas s\u2019y confronter. La sienne est solitaire, tronqu\u00e9e, tr\u00e9buchante. La n\u00f4tre est universelle, l\u00e9gale, l\u00e9thale pour celui qui tente de s\u2019y soustraire.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons les r\u00e9ponses \u00e0 la moindre de ses questions. Nous connaissons le chien, qui tous les matins passe ici&nbsp;: 10 heures et 30 minutes. Son ma\u00eetre est assis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019avenue, \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un arbre. Casquette, lunettes, salopette respectivement noire, noires, noire. Un Pinscher nain, le chien, vieux chien, nous le savons car l\u2019histoire se raconte de nous-\u00e0-nous, comme un savoir pr\u00e9cieux qu\u2019il faut perp\u00e9trer, entre nous seulement&nbsp;: qu\u2019il prom\u00e8ne, sans doute l\u2019inverse, chaque jour, chaque matin, ici d\u2019abord, le long des r\u00e9surgences de la rivi\u00e8re ensuite, am\u00e9nag\u00e9e &#8211; trame bleue &#8211; qui relie l\u2019eau \u00e0 l\u2019eau, l\u2019humide \u00e0 l\u2019humide, le frais au frais, le liquide au liquide, qui sillonne et invite les vivants \u00e0 suivre son cours, r\u00e9seau aqueux, sanguin, d\u2019un c\u0153ur battant le syst\u00e8me. Un Pinscher nain, qui chaque matin cherche d\u2019ici les rats, b\u00e9nit les marches que lui l\u2019homme et chaque autre ont foul\u00e9, foulent, fouleront tant que l\u2019homme sera homme, tant que nous veillerons \u00e0 ce que l\u2019homme avance, s\u2019assoie, se l\u00e8ve, parle, r\u00e9ponde, regarde, se taise, reparte et revienne. Il n\u2019a pas vu l\u2019\u0153il du chien, hargneux l\u2019\u0153il qui de chaque visage entrant ausculte les fissures, les rides, les plis o\u00f9 se terre une autre histoire, celle qui ne se dit pas, celle qui s\u2019extirpe uniquement entre nos mains. De ce rite nous aimons la persistance, la puissance r\u00e9guli\u00e8re, horloge du monde soumis. Du chien nain, le rite. Du silence, le rite. Noble maison que nous tenons, l\u2019accueille, lui offre s\u00e9ant, attention et patience sur le banc assis.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 nous le pr\u00e9c\u00e9dons car de lui nous savons tout. Sa naissance, ses vices jadis, sa vie hier aujourd\u2019hui demain. Ses dessins, ses majuscules sur les enveloppes nous les savons. Nous avons lu les lettres qu\u2019il a \u00e9crites. Nous avons lu les r\u00e9ponses avant m\u00eame qu\u2019elles ne lui parviennent, l\u2019imagine-t-il seulement. Nous l\u2019avons vu retenir sa toux, \u00eatre \u00e9bloui par les dorures dont nous sommes les d\u00e9positaires. Des dorures, le rite. Il ne nous voit pas tandis qu\u2019il est assis transparent devant nous. Sent-il comme nous le transper\u00e7ons&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous poserons les questions et nous conna\u00eetrons les r\u00e9ponses. Il tentera peut-\u00eatre une omission, \u00e0 peine un mensonge croit-il mais nous savons tout. Les dates, les noms. Nous avons ouvert les portes, les fen\u00eatres silencieuses de son existence&nbsp;; nous scrutons m\u00e9ticuleusement l\u2019int\u00e9rieur, les charni\u00e8res, les recoins, la poussi\u00e8re, les odeurs, les traces de doigts dessus dessous. Les vieux papiers nous les avons vu. L\u2019homme assis l\u00e0 ne sait rien de tout cela. Il se d\u00e9bat dans son silence coinc\u00e9, sur ce banc il cherche un appui pour son esprit. Du banc solitaire, le rite. Il n\u2019entend pas comme nos voix et notre science bruisse autour de lui, en lui se sont insinu\u00e9es depuis longtemps d\u00e9j\u00e0. C\u2019est l\u00e0 que \u00e7a gratte, l\u00e0 o\u00f9 nous sommes en lui \u00e7a le gratte. Nous voyons la goutte de sueur sur sa nuque. Nous sommes la goutte. Nous voyons son corps ployer, le tremblement de ses mains moites pos\u00e9es sur ses genoux. Nous voyons ce qu\u2019il croit cacher, ses paumes \u00e9paisses. Il est innocent de tout cela, de cela seulement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(1 &#8211; Avance) L\u2019homme assis l\u00e0 aux yeux qui fuient et cherchent. Sent-il comme nous le regardons&nbsp;? Non. Il ne voit que ce qu\u2019il peut voir. Ses sens lui mentent. Il se trompe. Nous l\u2019avons vu avancer dans un silence absolu, un silence l\u2019\u00e9touffant. Le silence l\u2019a fait sursauter, tandis qu\u2019il avan\u00e7ait \u00e0 pas minuscules comme reculant. Quelque chose le <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rites\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L2 &#8211; Rites<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":346,"featured_media":34179,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2229],"tags":[],"class_list":["post-34178","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34178","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/346"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34178"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34178\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/34179"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34178"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=34178"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=34178"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}